Le 1er janvier 2000 sera-t-il la fin du monde informatique?

Par 25 août 1998
Mots-clés : Amérique du Nord, Europe

Jusqu'à une époque très récente, limités par la taille des mémoires, les ingénieurs se contentaient de réserver deux chiffres pour exprimer l’année. Le problème du passage à l’an 2000 aux Etats-Unis...

Jusqu'à une époque très récente, limités par la taille des mémoires, les
ingénieurs se contentaient de réserver deux chiffres pour exprimer l’année.
Le problème du passage à l’an 2000 aux Etats-Unis et dans les pays avancés
est reconnu comme une priorité nationale. Les programmes sont repris par
des équipes spécialisées avec des outils logiques performants capables de
retrouver les dates et de les corriger.
Des instructions ont été envoyées dans ce sens à toutes les agences du
gouvernement américain. Les banques et les organisations de Wall Street
ont commencé à tester leurs programmes en simulant le passage au 1er
janvier 2000. Les grandes sociétés rappellent leurs programmeurs partis à
la retraite, leur versent des salaires mirobolants, et engagent des
consultants spécialisés. Les sociétés les plus avisées remplacent leurs
ordinateurs, installent des systèmes où les dates ont quatre chiffres et
passent leurs nuits à les tester.
Toute l’économie bénéficie pour l’instant de ce regain d’activité.
Toutefois, le problème est si vaste que toutes les sociétés n’ont pas
encore trouvé de solution.
Lors d’un récent symposium à Chicago, James Robinson, président d’un
groupe d’investissement demanda “vos directeurs de l’informatique sont en
train de vérifier des milliers de ligne de code sur vos ordinateurs. Mais
qu’en est-il de vos ascenseurs, des systèmes d’alarme, des systèmes de
chauffage et de conditionnement d’air dans vos bâtiments”.
Certains experts restent sceptiques devant la lenteur des progrès, comme
John Petersen, président de l’Arlington Institute “les vint centres de
contrôle de vol aux Etats-Unis ont un ordinateur principal et un autre en
réserve. Or ces 40 machines remontent aux années 80. Pas étonnant, dans
ces conditions, que certaines lignes aériennes aient décidé d’annuler
leurs vols des premiers jours de l’an 2000. Et les trains? Les centraux
téléphoniques? Et la distribution du pétrole? chaque plate-forme de
forage comporte environ 4 000 puces dont certaines remontent à la
préhistoire de l’informatique. Lesquelles sont sensibles à la date? La
vérification des équipements est un problème dont on commence à peine à
réaliser l’ampleur.”
La quantité totale de puces est évaluée aux Etats-Unis à 24 milliards,
dans le monde entier, à plus de 40 milliards. Si certaines de ces puces ne
se préoccupent pas de la date, d’autres la consultent. Ces programmes sont
mal documentés.
Une voiture moderne contient une quinzaine de micro-ordinateurs.
Lorsqu’une Corvette, par exemple, est achetée aujourd’hui, le constructeur
prévient que plusieurs composants devront être remplacés en janvier 2000,
pour un coût probable d’environ 12 000 F.
Si les Etats-Unis, le Royaume-Uni et quelques pays avancés sont conscients
du problème, ce n’est pas le cas du reste du monde.
D’après un spécialiste d’Unisys, Philip Dodd, plus de 70 % des opérations
industrielles en Asie sera affecté par des pannes. Edward Yardemi, chef
économiste de la banque Deutsche Morgan Grenfell, évalue, quant à lui, à
50 % les chances d’une récession globale causée par ce problème.
Les seuls certains de profiter de la situation sont les avocats. En effet,
le problème étant prévisible, les sociétés prises en défaut en janvier
2000 n’auront aucune excuse.
(Le Figaro - 26/08/1998)

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