En Afghanistan, le paiement mobile se heurte au contexte socio-historique

Par 30 décembre 2011
téléphone

Permettre à la partie la moins aisée de la population afghane de transférer de l'argent via mobile présente de nombreux avantages. Le principe peine toutefois à se répandre, par manque d'adaptation des sociétés conceptrices.

En Afghanistan, favoriser les transferts d'argent via mobile serait un bon moyen de sécuriser ces derniers, comme de stimuler l'économie locale. Le système "M-paisa", lancé conjointement par les sociétés Vodafone et Roshan à la fin de l'année 2008, vise d'ailleurs à rendre ce genre d'opérations possible. Le principe est simple: l'émetteur commence par ouvrir un compte auprès d'un agent mandaté par les sociétés, et à lui confier une certaine somme d'argent. Il peut dès lors envoyer un SMS spécifique mentionnant une somme d'argent et respectant des critères précis (établis par les créateurs du système) à une personne donnée. Ce dernier n'a alors plus qu'à se rendre auprès d'un agent mandaté par les deux sociétés et à lui montrer le message pour que celui-ci finalise le transfert.  Jan Chipsase, de FrogDesign, et Panthea Lee, co-fondtarice de Reboot, qui ont réalisé une étude sur le sujet (étude menée sur place au cours du mois d'août 2010 et dévoilée en 2011), soulignent le caractère rapide, peu coûteux et sécurisé d'un tel processus.

Un marché portable peu développé, et une culture très traditionnelle

Et ce notamment comparé au système traditionnel, dit "hawala" qui consiste à recourir à un intermédiaire indépendant qui transmet la somme d'argent d'un particulier à un autre, tel un coursier.  Une pratique très largement répandue au sein des classes les moins aisées. Toutefois, les promesses représentées par "M-Paisa" se heurtent en réalité à de nombreux obstacles, expliquent les auteurs. Le premier d'entre eux est un problème structurel, à savoir la faible pénétration des équipements mobiles au sein des populations à faibles revenus. A l'inverse, les populations à hauts revenus préfèrent recourir à des outils bancaires plus classiques plutôt qu'au paiement mobile. Apparaît ensuite un frein plus sociétal, qui se manifeste par une méfiance très forte à l'encontre du procédé. De fait, nombreuses sont les familles à avoir toujours utilisé les services des hawala, et à ressentir une certaine appréhension à l'idée de devoir s'en passer. Un ancrage traditionnel auquel vient se greffer un contexte historique complexe. 

Un  mode de diffusion et de sensibilisation qui se doivent d'être souples

Celui-ci a en effet, selon Jan Chipsase, "souvent vu les banques faillir dans leurs missions de sauvegarde monétaire", et a par-là-même poussé la population afghane à stocker ses économies "sous le matelas" plutôt qu'à recourir à des processus dématérialisés. Notons enfin l'existence de problématiques purement pratiques. Nombreux sont en effet les agents chargés de la diffusion du système qui émettent des plaintes à propos de la gestion de la maison mère, trop rigide, et non adaptée à un marché qui fonctionne généralement de manière informelle. Par exemple, la plupart des portables achetés sous le manteau ne sont pas compatibles avec un système nécessitant une carte SIM officielle et enregistrée. Les auteurs de l'étude concluent finalement en réaffirmant le potentiel du pays comme du système, tout en soulignant le besoin de sensibiliser la population à ces nouveaux usages, afin de détruire les barrières sociétales à l'œuvre.

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