Afrique : l'accès à la Toile se généralise, mais pas la prévention

Par 08 juillet 2010
Mots-clés : Smart city, Afrique

Si les populations sont de plus en plus connectées, le manque de sensibilisation aux risques entraîne une hausse des opérations d'hameçonnage et des virus. L'utilisation de logiciels piratés pose aussi problème.

Alors que l'accès aux réseaux d'informations se généralise en Afrique avec la mise en place d'infrastructures spécifiques, il est urgent de sensibiliser les populations aux risques qu'elles courent en matière informatique. C'est ce point de vue qu'a défendu Barry Irwin, chercheur au département des sciences informatiques de l'université sud-africaine de Rhodes, dans son intervention au sommet 2010 sur la sécurité du Web qui s'est récemment tenu à Sandton. Dans cette déclaration, le spécialiste a insisté sur l'imminence des menaces dans plusieurs pays du continent. "Alors qu'un travail important est mené pour propager l'accès à la Toile auprès des populations non connectées, rien n'est fait ou presque en matière d'éducation", confirme-t-il à L'Atelier. Et de préciser : "il faudrait faire beaucoup plus pour prévenir les risques liés au hameçonnage, aux virus, aux failles de confidentialité etc.". Et d'insister sur les défis liés à l'ignorance des dangers de la part des populations pauvres.
Une croissance importante des opérations de hameçonnage
Citant une étude du cabinet IDC, le spécialiste précise ainsi que 90 % des logiciels utilisés au Zimbabwe sont illégaux. Ce qui pose problème car les "patchs" de défense ne sont pas compatibles lorsque les programmes à protéger ne sont pas régularisés. Autre point important : des nations comme la Zambie, le Nigeria, la Tunisie ou le Kenya ont selon ce même rapport des taux de piratage supérieurs à 80 %. "Nous avons constaté une croissance importante des opérations de hameçonnage en Afrique du Sud ces huit derniers mois, pour récupérer des informations bancaires notamment", confie-t-il à L'Atelier. Opérations lancées depuis des états africains voisins, contrairement aux attaques précédentes, moins nombreuses, et provenant la plupart du temps d'états européens.
Les TPME particulièrement vulnérables
Point positif : les acteurs du marché semblent avoir pris en compte l'ampleur des risques. "Les opérateurs, les équipes technologiques, et les professionnels commencent à percevoir les menaces informatiques", souligne-t-il. Mais si les grandes entreprises sont désormais attentives, les TPME demeurent vulnérables. "Elles n'ont ni le budget, ni les capacités, ni les informations nécessaires pour faire face à ces dangers, et se concentrent la plupart du temps sur le cœur de leur métier", déplore le chercheur. Plusieurs campagnes de sensibilisation ont du coup été menées sur les chaînes de télévision sud-africaines pour avertir les professionnels et le grand public sur les risques informatiques encourus. Mais des efforts restent à fournir, selon le spécialiste : "les gouvernements doivent impérativement faciliter la mise en place de CSIRT (computer security incident response teams)", conclut-il.

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