"En Afrique, la vie médiatique se passe en ligne pour les digital natives"

Par 12 octobre 2009
Mots-clés : Future of Retail, Afrique

Les jeunes générations du continent s'informent principalement sur le web. D'où la nécessité de trouver les moyens de leur en faciliter l'accès, encore limité. Et de mettre au point de nouveaux modèles d'affaires.

Entretien avec Frank Windeck, directeur du programme média du KAS*, qui co-organisait la African Media Leadership Conference. Thème de la rencontre : s'interroger sur les moyens de fidéliser et monétiser les jeunes qui s'informent sur le web.
Quelle est la situation des médias en Afrique ?
Chaque pays fait face à des défis différents. Ce qui est sûr, c'est que globalement, nous espérons l'émergence d'une presse plus libre.
En ce qui concerne le web, dans certains pays, les "digital natives" sont vus comme une menace. L'accès aux réseaux sociaux et à certains blogs sont bloqués. Ce qui pose un problème à la popularisation du web, et à la presse en ligne.Et en règle générale, les services manquent. Mais les jeunes générations sont les preneurs de décision de demain. Les gouvernements ne se rendent pas service sur le long terme en ne trouvant pas les moyens de les laisser s'exprimer et s'informer sur le web. D'autant que l'expression "digital natives" implique bien le fait que ces individus ne sont pas seulement familiers des technologies, mais qu'elles font partie d'eux. Pour eux, la sphère médiatique se passe en ligne, pas ailleurs.
Internet peut-il être déjà considéré comme un support médiatique populaire dans les pays émergents ? Existe-t-il des interactions entre presse papier et pendant en ligne ?
De plus en plus de gens lisent les actualités sur le web en Afrique, et font partie d'une ou plusieurs communautés sur lesquelles ils échangent des informations. On peut également commencer à parler de connexions entre papier et web, avec le lancement désormais fréquent par les journaux d'une interface sur le Net. Mais cette dernière est encore souvent considérée comme un supplément du papier.
Quels seront les modèles économiques de la presse en ligne africaine ?
Les espoirs que le monde occidental a mis dans les solutions déjà envisagées sont souvent restés lettre morte. Le problème est le même en Afrique. Prenez le modèle de la publicité en pop-up : à peine affichée, elle est fermée par l'internaute. Ce que nous défendons, et qui est exploité en occident, est une solution comme le Fremium, une combinaison de "free" et de "premium". L'idée est d'offrir du contenu gratuit à la majorité, et de proposer à une plus petite base du contenu exclusif.
Pour le moment, la majorité des individus en Afrique ne dispose pas d'une connexion à domicile. Il est peut-être du coup un peu tôt de réfléchir à un modèle d'affaires des médias orientés vers Internet…
C'est vrai, la plupart des foyers africains est sans ordinateurs, mais cela ne stoppe pas les gens qui trouvent d'autres moyens de rester connectés au reste du monde. Spécialement les plus jeunes. Ils vont dans les cybercafés, ou utilisent leurs mobiles quand ceux-ci disposent d'un accès Internet. Il est du coup primordial de se préparer et de les préparer au monde numérique dans lequel ils vont être immergés.
Il ne faut pas oublier que ceux qui accèdent déjà au quotidien à Internet sont souvent ceux que l'on peut qualifier de preneurs de décisions. Ils font souvent partie de l'élite et de la classe politique. Il ne faut pas sous-estimer leur influence.
*La KAS (Konrad Adenauer Stiftung) Foundation est le co-organisateur de la conférence African Media Leadership avec le Sol Plaatjie Institute for Media Leadership de l'université de Rhodes. Cette année, l'événement s'est tenu à Accra, du 4 au 7 octobre.

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