Apprentissage : la high-tech n'a de sens qu'au service de l'humain

Par 01 juin 2010

Selon Liam Rourke de l'université de Calgary, le lien entre nouvelles technologies et amélioration des résultats de formation est à relativiser. L'important étant de privilégier les dispositifs pédagogiques.

"Il reste difficile d'établir un lien solide entre les nouvelles technologies et une amélioration sensible du niveau d'apprentissage", affirme à L'Atelier Liam Rourke, qui travaille sur le sujet à l'université canadienne de Calgary. Selon lui, les technophiles clament depuis plusieurs décennies que la radio, puis la télévision, les ordinateurs personnels, le numérique, et désormais les tablettes comme l'iPad vont profondément améliorer les méthodes de formation. Mais ces outils, aussi pertinents soient-ils, ne sont performants que dans un programme d'apprentissage prédéfini, juge-t-il. "De toute évidence, ce ne sont pas les technologies en elles-mêmes qui développent de nouveaux usages éducatifs ou de formation, mais bien la manière dont on les intègre dans un dispositif pédagogique", confirme à L'Atelier Philippe Portelli, directeur des usages du numérique à l'université de Strasbourg. "Mais plusieurs études démontrent malgré tout qu'une appropriation judicieuse des plus values apportées par ces technologies peut porter ses fruits et engendrer de nets progrès", précise-t-il.
Proposer une palette d'outils aux formateurs
Selon le spécialiste, l'essentiel est donc de se placer sur le plan de l'humain, "la couche technologique devant être au second plan". L'idée est davantage de proposer aux formateurs une palette d'outils. C'est ce qu'affirme le chercheur canadien : "en fin de compte, les professionnels qui ont les idées claires sur la formation qu'ils veulent délivrer aux apprenants parviennent à leurs fins", exprime-t-il. Le problème étant toutefois, avec les technologies récentes, qu'elles font apparaître leurs propres usages : "l'iPad en est un bon exemple", détaille-t-il. "C'est un objet sui generis, qui crée sa propre catégorie de produit". Et d'expliquer que l'objectif de la tabletteest même de faire apparaître des usages, non de résoudre des problèmes. A fortiori dans le domaine de la formation. C'est justement tout l'intérêt de ces nouvelles technologies, selon Philippe Portelli : "elles touchent à la fois les usages domestiques, et ceux de la formation", souligne-t-il.
Se préoccuper de l'humain
Pour le directeur des usages du numérique, ces outils permettent une certaine porosité entre les sphères éducatives et privées, et sont incontestablement un facteur de développement. A condition que l'on se préoccupe de l'humain, c'est-à-dire "à condition qu'il y ait un réel accompagnement pédagogique". Le but est aussi d'éviter un mélange des genres, en expliquant que l'établissement de formation doit proposer ses propres outils. Et en rappelant que ceux-ci doivent suivre certains codes similaires à ceux utilisés à domicile. "Le temps pédagogique - qui est le temps de l'appropriation des outils innovants - est un temps long, comparé à celui du développement des nouvelles technologies", conclut le spécialiste. "D'où la nécessité d'un accompagnement, et de placer l'humain au cœur du dispositif".

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