Ariel Kenig: "la littérature restera plus forte que la machine"

Par 19 novembre 2012
Ariel Kenig I

Dans son opus paru au printemps dernier aux éditions de l’Olivier, Le Miracle, l’auteur Ariel Kenig prend le pouls de notre époque et interroge notre rapport à l’image et à ces drôles de canaux de communication, que sont les réseaux sociaux. On l’avait reçu à L’Atelier numérique. Il est temps de livrer quelques extraits de cette rencontre.

Votre roman est un peu écrit, comme on communique, nous. Par des instantanés.

C’est comme si j’avais recoupé mon expérience d’écrivain et d’internaute. Les deux évidemment sont liés puisqu’on ne fait qu’écrire sur Internet, ou on fait des images. Mais en l’occurrence, on m’a remis une série d’images du fils du président, Pierre Sarkozy en vacances au Brésil. Et à partir de là, je cherche à les vendre mais j’en profite surtout pour questionner la circulation des images. Dans le roman, en employant, oui, une sorte de logique de « copier-coller » qui est propre aux réseaux sociaux et qui est propre à notre façon de communiquer aujourd’hui. (...)
Depuis l’arrivée d’Internet, je m’interroge sur le fait que nous vivons aujourd’hui à travers toutes les époques, dans tous les pays du monde à la fois. Le roman est ce lieu où on pouvait rassembler à la fois des savoirs qui venaient de différentes sources, et interroger l’articulation ou la logique qu’il y avait entre, à la fois le réel et la fiction, mais à la fois la matérialité d’Internet et le discours produit par la médiasphère, et qui circule à l’intérieur de la médiasphère.

Est-ce à dire que dans le futur, on va avoir à subir une espèce de dédoublement via le Web, via les réseaux sociaux ?

Je n’ai pas vraiment fait un roman prospectif. J’ai d’abord essayé de chercher à comprendre ce qu’on avait vécu. Je voulais revenir sur la naissance d’Internet, sur l’apparition des différents réseaux sociaux, sur ce qu’Internet a changé dans nos vies. Ce que je décris comme une sorte de fracture entre le réel et la fiction.
J’essaie de raconter l’histoire intime d’Internet et de notre usage quotidien.
Je ne pense pas, non, qu’on aille vers un dédoublement. On est déjà habitué à manipuler nos avatars et à choisir qui on est sur la toile. Ce qui m’intéresse davantage c’était de rapporter cela à mon métier d’auteur et d’écrivain.

Et l’usage des réseaux par Ariel Kenig, la personne, pas l’auteur, quel est-il?

J’ai un usage très commun. J’essaie de rester étonné face au logiciel et je garde souvent à l’idée que nous sommes tous des prolétaires devant la machine. Un prolétaire à la base est quelqu’un de dépossédé de ses moyens de productions. C’est vrai que je ne suis pas capable de produire un logiciel et je ne sais même pas entrer une ligne de code. En revanche, cela m’intéresse de savoir quelle est la matérialité d’Internet, qu’Internet est avant tout quelque chose de matériel, avec ses fermes de stockage, ses réseaux, ses sièges sociaux.

Le Web comme mort de l’imagination ?

Non, pas du tout. Je ne pense pas du tout que le net soit la mort de l’imagination. Bien au
contraire, il y a tout un passage sur le fait que la littérature entame aujourd’hui un nouvel âge d’or, et je l’ai écrit à ce moment-là un petit peu comme une sorte de provocation. J’y crois. C'est-à-dire que par rapport aux différentes fictions qu’on nous propose, on peut en distinguer plusieurs et il y en a une qui est essentiellement numérique et mathématique. Finalement, on peut considérer les calques Photoshop comme des couches de fiction. Le roman en propose une autre qui ne dépend pas du chiffre. Je pense que la littérature a tout à gagner à savoir où elle se situe face à la machine. Et la littérature restera plus forte que la machine.

Le Miracle, d'Ariel Kenig. Editions de L'Olivier. 2012

 

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