Les avatars ne sont pas à l'abri de la ségrégation

Par 10 septembre 2008
Mots-clés : Smart city

Nous nous comportons dans les environnements virtuels comme dans la vraie vie : nous avons les mêmes réflexes, rapports sociaux mais aussi apparemment les mêmes préjugés raciaux et physiques.

Le comportement des avatars dans les environnements virtuels est-il identique à celui que nous pouvons avoir vis-à-vis de nos semblables dans le monde réel ? Pour des psychologues de la Northwestern University, la réponse semble être oui. Ces environnements véhiculent généralement une image de liberté totale : il est possible de voler, de créer un personnage fantasmagorique, de dépasser certaines limites... Et pourtant, outre ces différences de fait, les chercheurs estiment que nous y reproduisons les mêmes rapports sociaux que ceux que nous entretenons "en vrai". Ainsi que les mêmes discriminations : selon eux, les préjugés raciaux se prolongent en effet dans les univers immersifs. Pour parvenir à ces conclusions, ils ont réalisé un test psychologique auprès d'internautes, ou plutôt auprès de leurs avatars, qui devaient leur ressembler. Le but étant de proposer à un des personnages virtuels de tenter d'en pousser un autre à accomplir une action.
Une méfiance envers les avatars noirs
L'avatar leader, animé par les responsables du test, a formulé auprès de chacun des volontaires une requête relativement contraignante à effectuer : réaliser une copie d'écran d'eux-mêmes dans cinquante endroits différents du monde virtuel. Demande suivie d'une autre, plus modérée : réaliser ce même cliché, mais dans un seul endroit. Résultat : les avatars penchent en toute logique pour la seconde demande. Et ce d'autant plus si celle-ci est précédée de la première. C'est ce que les chercheurs appellent une tendance psychologique à la concession, généralement constatée dans le monde réel : si l'on me propose deux alternatives, je préfèrerais forcément celle qui me semble la moins difficile à réaliser. Alors que si on me l'avait proposée immédiatement, je l'aurais refusée. Mais ce qui a surtout été intéressant à constater, c'est que les avatars cobayes ont eu plus tendance à se plier à la demande de celui qui leur a proposé ces différentes tâches quand celui-ci était blanc : 20 % des participants ont accepté le défi quand l'avatar leader avait la peau blanche, contre 8 % seulement quand sa peau était noire.
Privilégier les moyens de communications
"Cela ne me semble malheureusement pas choquant", souligne Pascal Levy-Garboua, co-fondateur de Virtuoz. "Les gens gardent leurs préjugés, même en ligne". Résultat : malgré toute la liberté et la créativité que permettent ces environnements, les individus restent influencés par des caractéristiques physiques comme le genre, la beauté et l'origine. Le responsable business et développement, cependant, tempère. Sa société, Virtuoz, propose des avatars qui représentent une société, une marque. Or, explique-t-il, "nous avons remarqué que la réaction d'un internaute face à un avatar est assez similaire, que ce dernier soit un homme, une femme ou un personnage un peu fantasmagorique". Selon lui, ce qui compte le plus, ce sont les moyens de communication instaurés pour dialoguer avec l'agent virtuel. "Les gens se comportent de manière plus humaine quand ils peuvent discuter avec l'avatar via un système de messagerie instantanée, que quand ils sont face à une représentation".

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