Vous avez dit disruptif ?

Par 22 avril 2015
Mots-clés : Smart city, vocabulaire
Disrupter ou ne pas disrupter telle est la question

Petit mot, grand voyageur, « disruptif » est-il rééllement l’affreux anglicisme qu’on nous décrit souvent ?

Rappelons-le : « disruptif » est français (« disrupter » et « disrupteur » en revanche…). Pour ce qui est de l’adjectif, la base de données Atilf (Analyse et traitement informatique de la langue française) de l’université de Lorraine et du Centre national pour la recherche scientifique (CNRS) dénombre deux occurrences dans les textes entre le XVIe et le XXe siècle. Un mot oublié donc que semble faire revivre le monde des nouvelles technologies depuis plusieurs années.

La plupart des dictionnaires actuels ne comptent qu’une acception pour l’adjectif : en électricité, « se dit d’une décharge qui éclate avec étincelle » nous explique le Larousse. Car même s’il est français « disruptif » est un emprunt sémantique. Il avait perdu sa signification ancienne de « qui tend à une rupture ». Un peu comme les mots « illustration », « sentimental » ont pris leur sens moderne de l’anglais, on a repris le sens ancien de l’adjectif par imitation de l’anglais « disruptive ». Notamment avec la théorie du professeur Clayton M. Christensen sur les « disruptive technologies ».

Doit-on donc lutter contre ce genre d’évolution linguistique ? L’anglais et le français ne cessent de s’échanger des mots, de s’influencer, de se combattre quelquefois. On pourrait citer le substantif « manager » par exemple : il vient du vocabulaire équestre français du XVIe siècle avec le mot « manège ». Passé outre-Manche, sa signification évolue et il repasse désormais au français avec son sens moderne : diriger une équipe. Les mots voyagent donc entre France et Grande Bretagne, et lorsqu’ils reviennent, ils en sont changés. Un Erasmus linguistique en quelque sorte.

Loin d’être un barbarisme, le terme « disruptif » est donc un témoin – un acteur même – des échanges entre les cultures françaises et anglophones. Il est la preuve des liens qui unissent les différentes langues et leur peuple ;  il est, par son étymologie, le symbole des nouvelles technologies, transfrontalières, évoluant au gré des découvertes partout dans le monde, en bref, progressant en voyageant.

Illustration par Manon Taillefer

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