Le Big Data ira t-il jusqu’à détecter les entrepreneurs ?

Par 01 octobre 2014 3 commentaires
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L’analyse des données permet dorénavant d’isoler des profils de primo-entrepreneurs types aux Etats-Unis, au grand bonheur des fonds d’investissements.

Le MOOC lancé récemment par Y Combinator, prestigieux incubateur américain, en partenariat avec l’université de Standford, vient confirmer l’engouement pour l’entrepreneuriat qui prend désormais une vraie ampleur. Preuve en est : la toute jeune startup MatterMark,  spécialisée dans la collecte de données et l’analyse quantitative, et le groupe Bloomberg ont pour leur part combiné leur savoir-faire pour aboutir à une étude poussée sur les entrepreneurs. Ceux-ci ont ainsi réussi à isoler plusieurs centaines d’individus qui, selon eux, seront les plus à même de se lancer dans l’aventure entrepreneuriale dans les quatre ou cinq années à venir. Compte tenu de leurs connections (LinkedIn), de leur formation initiale ou encore de leur secteur d’activité, une centaine de professionnels a reçu un email de la part de Bloomberg les prévenant à l’avance de leur riche potentiel.

Un profil d’entrepreneur avant l’heure inattendu

En dehors de cette enquête hors norme, MatterMark s’est spécialisé dans la mesure des signaux de croissance des startups existantes. La startup a donc utilisé une méthode désormais très courante de récupération de données depuis les réseaux sociaux traditionnels (Linkedin) et spécialisés (Angel List, Crunch Base) dans l’univers des nouvelles technologies, avec une contrainte géographique forte (la Bay Area et New York). S’appuyant sur ces données récoltées, elle a produit des statistiques surprenantes et contre-intuitives sur les fondateurs de startups qui ont levé de l’argent (c’est-à-dire "venture-backed") permettant ainsi d’effectuer un écremage de profil d’innovateurs potentiels. Ainis, contrairement à l’accent mis sur le jeune âge des fondateurs très reconnus, Mattermark aurait constaté que 38% des fondateurs de startups ont plus de quarante ans. Plus important, le travail occupé par un fondateur avant qu’il ne se lance : les consultants en management ont deux fois plus de chance que les ingénieurs et, subsidiairement, il n’y a pas de corrélation entre le temps passé à un même poste (c’est-à-dire l’immobilisme relatif dans la vie professionnelle) et le lancement d’une entreprise réussie. Enfin, la moitié des primo-entrepreneurs travaillaient juste auparavant dans une startup "venture-backed". Mais le portrait ainsi dressé est loin d’être terminé car MatterMark insiste sur l’importance des connections sociales avec le milieu des technologies.

Les aspects performatifs de l’étude

Les investisseurs s’intéressent donc aux startups avant qu’elles ne se lancent. La compétition des levées de fonds aux Etats-Unis, et plus encore dans la Bay Area de Californie, incite les investisseurs à varier les moyens de découvrir des fondateurs de startups potentiellement prometteuses. En effet, le business model d’un investisseur repose sur la réussite d’une startup qui vient rembourser l’échec de plusieurs centaines d’autres. Ni MatterMark ni Bloomberg Beta (le nom du programme dédié) n’ont pris la parole concernant la présence d’investisseurs "early stage" parmi les organisateurs des événements de networking déjà lancés à New York et San Francisco pour réunir les mieux classés. Bien sûr, MatterMark reconnaît dans son communiqué que le libre arbitre continu d’exister et plonge ainsi au cœur du débat entourant l’utilisation des Big Data. Comment imaginer que l’étude de Bloomberg et MatterMark n’influence pas les professionnels contactés par emails dans leur choix futurs ? Enfin, il est paradoxal d’imaginer qu’une méthode aussi analytique, avec la redondance intrinsèque des données, puisse découvrir des entrepreneurs censés casser les règles du jeu des marchés existants.

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3 Commentaires

Ca "dirupte" fort dans le rédactionnel quant aux connexions ;-) : "Compte tenu de leurs connections (LinkedIn), de leur formation initiale..." puis "car MatterMark insiste sur l’importance des connections sociales..."

Soumis par Jean-Claude Marquette (non vérifié) - le 02 octobre 2014 à 16h55

And the selection is based on the capability to raise money? So convenient for institutional investors! So if I understand well, Y-combinator and bloomberg want to invest in companies led by good sales(we)men who can raise money from external sources... Tell me it is not true

Soumis par John Forge (non vérifié) - le 04 octobre 2014 à 02h38

Si c'est pour démontrer qu'avec un bon diplome, d'une bonne école et une expérience dans le domaine on a plus de chances de réussir, ça ne nous apprend pas grand chose

Soumis par Pampagnin (non vérifié) - le 04 octobre 2014 à 19h35

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