La blogosphère et le pic des "inflated expectations" (attentes démesurées)

Par 03 février 2006

Le Gartner Group, célèbre institut d'études dédiées à l'informatique et aux nouvelles technologies, propose depuis de nombreuses années une courbe décrivant le "hype cycle" des...

Le Gartner Group, célèbre institut d’études dédiées à l’informatique et aux nouvelles technologies, propose depuis de nombreuses années une courbe décrivant le " hype cycle " des technologies dans le temps (ou courbe de " la mode " des technologies). L’idée de cette courbe est de comparer le temps d’appropriation par le marché et les usages d’une technologie, aux attentes que ces technologies induisent.
 
Voici par exemple la " hype cycle " du e-business proposée par Gartner il y a déjà plusieurs années :
 

Le cycle du "Hype" selon Gartner(cliquez pour agrandir)

On y voit bien l’effet " hype ", ou de mode, qu’a pu avoir Internet sur le marché avant les années 2000, provocant des attentes démesurées (« inflated expectations "). Ces attentes créent l’effet de bulle, suivie d’une désaffection du marché sur le potentiel des ces technologies. Au final, Internet s’en sort, pour devenir un business rentable, voire même, du " business as usual ", du business normal…
 
Ce n’est ni Google, ni Amazon, ni Yahoo !, ni eBay, qui ont survécu à toutes ces phases du cycle, qui nous diraient le contraire. Ils font clairement aujourd’hui partie intégrante du paysage industriel et commercial mondial, avec des chiffres d’affaires, des ratio des rentabilité et des capitalisations boursières qui leur assurent une place de choix parmi les géants. Et personne n’aurait pu le prédire en 2000, au plus haut de la courbe du Gartner. Regardée avec le recul, la courbe du Gartner s’avère donc pertinente comme moyen d’analyse du cycle technologique appliqué à Internet.
 
Qu’en est-il si on applique cette même courbe au phénomène des blogs, avec un regard tourné vers le phénomène plus général du Web 2.0 ? On se trouve clairement au début de l’ascension vers le pic des attentes démesurées ! Et c’est particulièrement visible dans la Silicon Valley.
 
En effet, on ne trouve pas aujourd’hui d’exemples de blog ayant réussi à dégager un modèle économique significativement viable. L’échec de bayosphere.com en est une bonne illustration. Et on retrouve au moins une caractéristique commune avec " l’avant bulle " Internet : la croyance en un modèle basé sur la publicité ! Mais aujourd’hui, rares sont les sociétés du Web 2.0 qui parviennent à en vivre !
 
Pourtant, Google a construit un puissant moteur, qui permet à de nombreux sites de commerce d’attirer une clientèle qualifiée, qu’ils soient des e-marchands ou des sites de commerce plus traditionnels disposant de vitrines sur le web. Mais les blog n’ont rien à vendre pour le moment, que du contenu. Le modèle Google peut-il à lui seul drainer suffisamment de publicité sur des sites dont le contenu est encore souvent de qualité moyenne, avec une mise à jour aléatoire, et que le nombre de blogs (environ 30 millions) est probablement proche du nombre de lecteurs de blogs ? Insuffisant pour attirer une audience assez importante, permettant d’atteindre des revenus publicitaires significatifs. Même si le marché semble là, et que les investissements publicitaires sur Internet ne cessent de croître.
 
Quelques sites, comme Ubergizmo (http://www.ubergizmo.com ), l’excellent blog dédié aux gadgets publié à partir de la Silicon Valley, commencent à dégager des revenus. Mais pas encore assez pour permettre à ses deux fondateurs et éditeurs d’en vivre, et de renoncer à leurs autres activités professionnelles.
 
Nombreux sont les candidats, rares seront les élus. Et les attentes sont là ! Au final, quand le bruit sera retombé, que le marché aura fait le tri, que les utilisateurs auront affermi leurs usages, nous retrouverons la tendance du " business as usual ". Car les blogs et la blogosphere sont un phénomène de fond. Et il est probable que nous ne connaîtrons pas avec les blogs l’effet " bulle " de l’an 2000. Les valorisations de sociétés sont redevenues raisonnables, les investisseurs plus prudents, et les entrepreneurs plus réalistes. Mais l’excitation est là, palpable ! Et c’est peut-être cela qui crée ce sentiment d’attentes démesurées ! Un beau moment à vivre. Car les Google, Yahoo ! et eBay de demain se trouvent parmi toutes ses petites sociétés du Web 2.0, dont les blog font pleinement partie, et qui provoquent aujourd’hui des attentes qui demain nous sembleront peut être bien justifiées.
 
Dominique Piotet
A San Francisco pour l’Atelier
 
(Atelier groupe BNP Paribas - 03/02/2006)
 

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