BNF & Google Print : revue des arguments (suite)

Par 16 juin 2005

Acte III – La réflexion : les quatre points clef du débat 3/4 - Google et service d’intérêt général ? Si l’ambition de Google Print repose sur...

Acte III – La réflexion : les quatre points clef du débat

3/4 - Google et service d'intérêt général ?

Si l'ambition de Google Print repose sur « l'idée fondatrice du système américain, selon laquelle une société démocratique repose sur l'accès libre et gratuit des personnes à la culture et à l'information » (Paul LeClerc, président de la New York Public Library, cité dans le dossier Télérama du 18 mai 2005), Google est une société privée dont l'objectif est de numériser le fonds mondial des livres. Ce qui renforcera encore davantage la fantastique indexation du Web qu'il a déjà entrepris.

Malgré les conditions posées par Google : principe de la double version pour les bibliothèques, respect du copyright pour les éditeurs, gratuité d'accès pour les internautes… Google Print inquiète par sa puissance. Celle-ci sera renforcée d'ici six ans lors de l'achèvement de la 1 ère étape du projet. Quel pouvoir de négociation restera-t-il aux éditeurs et aux bibliothécaires ? L'accès en ligne aux livres passera-t-il uniquement par la porte Google ? Autant de questions qui préoccupent les professionnels.

PDV Atelier : Le modèle économique de Google semble a priori bénéfique aux professionnels puisqu'il ne devrait taxer que les libraires en ligne. Et si Google décidait de passer dans 6 ans à un système d'accès à l'abonnement, par exemple 10 dollars/mois pour tous les livres ? Ces derniers étant dans le domaine public, cette crainte paraît infondée.

4/4 - Fin des bibliothèques ? Fin des éditeurs ? Non !
L'ambition de Google Print, couplée aux progrès constants des résolutions numériques, amène plusieurs questions : Quel sera le rôle des bibliothèques lorsque tous les ouvrages publiés seront numérisés et accessibles sur le Web ? Comment les éditeurs vont-ils ajuster leur modèle économique entre un intermédiaire omniprésent comme Google et la croissance des revenus des librairies en ligne ? Comme Napster pour l'industrie du disque, Google Print sonne-t-il le glas de deux professions ?
Les bibliothécaires partenaires de Google Print sont optimistes. "C'est une situation gagnante pour tous" explique Paul LeClerc, président de la New York Public Library, "rendre nos collections accessibles à un large public, et ce gratuitement, est au coeur de notre mission (…) Google Print ne réduirait pas le rôle des bibliothèques, au contraire, celles-ci deviendraient pour les visiteurs "un service d'information plutôt qu'une simple collection".
PDV Atelier : Outre le plaisir de tenir un livre dans ses mains, celui d'être au calme dans une salle de lecture, la valeur ajoutée des bibliothèques serait davantage dans les orientations et les conseils de lecture qu'elles seront à même de donner, que dans les recherches simples d'ouvrage. Les premiers tests effectués sur Google Print confortent ce point de vue. Mais l'accès direct aux livres en ligne est-il vraiment de nature à encourager les visites dans les salles de bibliothèques ? Les compétences des bibliothécaires seront plus que jamais au cœur de la réussite des grandes bibliothèques.
Pour les éditeurs, la présence d'un intermédiaire comme Google entre leurs publications et les librairies en ligne est-il une bonne chose   ? Cette évolution serait une opportunité pour les éditeurs, selon John Wilkin, de l'Université du Michigan : "Jusque-là tout a montré que quand un livre est rendu accessible sur Internet, les ventes montent". Toutefois, l'AAUP (Association of American University Presses), association des éditeurs de presse universitaire américains représentant près de 125 membres, a fait savoir à Google dans une lettre envoyée fin mai que toute numérisation de livres sous copyright sans l'accord explicite de l'éditeur serait une atteinte lourde au droit de ce dernier.
PDV Atelier : La place sera pour les maisons qui sauront innover face à la mise en ligne inéluctable du contenu des livres sur Internet avec une ligne éditoriale et des stratégies multimédias audacieuses : partenariats, référencements, publications d'extraits, blogues… Donnant aussi envie d'acheter le livre !
Jean de Chambure

(Atelier - groupe BNP Paribas - 17/06/2005)

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