La bourse nuit-elle à l’innovation ?

Par 25 août 2015 4 commentaires
La bourse et l'innovation : deux mondes à part ?

Quels effets produit l’introduction en bourse d’une entreprise sur sa politique en matière d’innovation ? Rien de bien, si l’on en croit l’étude de deux chercheuses.

La bourse ou la création. C’est un peut le choix cornélien qui semble s’imposer aux entreprises à la lecture de la dernière étude de deux chercheuses : Simone Wies et Christine Moorman des universités de Frankfort et Duke en Caroline du Nord. Les deux universitaires ont en effet passé au crible près de 40 000 nouveaux produits lancés par 207 sociétés entrées en bourse entre 1980 et 2011. En analysant les innovations produites avant et après l’introduction en bourse, elles ont constaté une augmentation des nouveaux produits et services après l’entrée sur les marchés financiers.

En revanche, si elles sont plus nombreuses, les innovations sont beaucoup moins créatives et « disruptives » selon les chercheuses. « Après une introduction en bourse, les entreprises tendent à lancer un grand nombre d’innovations  et une grande variété dans chaque innovation (différents parfums, tailles, packaging, etc.). Mais dans le même temps, ces innovations ne sont pas les percées qui conduisent les entreprises dans de nouvelles directions ou vers de nouveaux marchés » écrivent les universitaires.

 
Le nombre d'innovation (à droite) avant et après l'entrée en bourse face au nombre de d'innovation de rupture (à droite) en déclin après l'intoduction sur les marchés.
 

Quelle(s) raison(s) pour expliquer cette influence des marchés financiers sur l’innovation ? Selon les chercheuses, l’apparition des actionnaires – plutôt tournés vers le court-terme – nuirait à la créativité des services de recherche et développement notamment. De plus, la nécessité de livrer des rapports financiers lourds liés à l’entrée en bourse inciterait les entreprises à ne plus prendre de gros risques en matière d’innovation.

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4 Commentaires

Une étude très intéressante à l'heure où nombre de start-ups et autres "licornes" projettent d'entrer en bourse. La question est:
Comment ces chercheuses ont-elles évalué le caractère de rupture des innovations ?
Y a-t-il un lien vers l'étude ?

Soumis par Bastien C (non vérifié) - le 25 août 2015 à 15h46

Bonjour,
Voici le lien vers l'étude : https://faculty.fuqua.duke.edu/~moorman/Publications/Wies%20&%20Moorman.pdf

Soumis par guillaume scifo (non vérifié) - le 25 août 2015 à 18h13

Intéressant : logique des investisseurs et logique des créateurs difficiles à concilier. Sauf erreur le commentaire est inversé par rapport au schéma (à gauche - à droite). Merci

Soumis par Stéphane CHABRIDON (non vérifié) - le 26 août 2015 à 09h39

Cette étude est intéressante...mais sa conclusion n'a rien de surprenant ! Au moment où une entreprise rentre en bourse, c'est pour financer le développement de l'innovation qu'elle a faite avant. Une entreprise, ce n'est pas une machine à innover, mais une machine a transformer les innovations en produits qui se vendent. Par ailleurs, les innovations vraiment "disruptives" sont rares...et quand un chercheur ou une équipe en fait une une fois dans sa vie, c'est déjà énorme...qu'ils n'en fassent plus ensuite, c'est normal. C'est pour ça que les grands labos pharmaceutiques, par exemple, achètent les start ups qui, elles, ont fait une innovation majeure...L'étude vient donc confirmer une évidence....

Soumis par Thierry Giron (non vérifié) - le 26 août 2015 à 10h05

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