Carte d’identité numérique, vote en ligne… l’exemple de l’Estonie

Par 24 février 2015
Les Estoniens peuvent voter en ligne depuis leur domicile.

Pays pionnier pour l’usage du numérique dans l’administration, l’Estonie attribue à chacun de ses citoyens une carte d’identité digitale. Un système qui permet de voter depuis son ordinateur ou son smartphone.

La présence toujours croissante de la sphère internet dans l’économie et le quotidien pose un défi majeur : celui de l’identité sur la toile. En effet, que ce soit sur une plateforme e-commerce, un site de rencontre ou une banque en ligne, le fait de ne pas pouvoir connaître avec certitude l’identité de son interlocuteur expose à de nombreux risques. Un problème qui entrave le développement de l’économie sur le web et impose de fastidieuses procédures (scans de documents…) pour prouver son identité. Mais cet obstacle est peut-être en passe d’être résolu, et on ne le doit ni aux Etats-Unis, ni au Japon, ni même à la Norvège, mais à un petit pays Balte d’un million trois-cent mille habitants : l’Estonie. Dès sa naissance, chaque estonien se voit attribuer un identifiant national en ligne, l’hôpital lui fournit un certificat de naissance électronique et son assurance santé démarre automatiquement. Dès l’âge de quinze ans, il bénéficie d’une carte  électronique qui permet de l’identifier sur internet. Pour le volet sécurité, seul un minimum de données figure sur la carte, et il est très facile de l’annuler en cas de perte. Chaque estonien possède deux codes PIN, un pour l’authentification (qui permet au porteur de prouver son identité) et un autre pour donner son accord (pour signer un document ou effectuer un paiement). Un service d’authentification vérifie auprès d’une base de données centrale que la carte et le code correspondent. En dix ans d’application, aucune faille de sécurité n’aurait pour l’heure été recensée.

                   L'Estonie met le numérique au service du fonctionnement de son administration.


Tous aux urnes… en ligne

Achats en ligne, opérations bancaires, signature de contrats, création d’une entreprise… les domaines d’utilisation de cette carte sont multiples. Les Estoniens peuvent remplir leur feuille d’imposition sur la toile en un temps record, obtenir rapidement un remboursement et monter leur entreprise en un quart d’heure. Au total, l’Etat estonien offre pas moins de 600 e-services à ses citoyens et 2 400 à ses entreprises. Mais ce système permet également de renforcer le processus démocratique et réduire l’abstention, en permettant aux Estoniens de voter en quelques minutes depuis leur domicile. Un logiciel d’authentification permet en effet aux citoyens de poster leur bulletin en ligne. Les votes sont ensuite encryptés, pour préserver l’anonymat, et transférés aux bureaux de vote. A l’aide d’une carte SIM spéciale, permettant d’authentifier l’utilisateur, il est même possible de voter depuis son mobile.  Cette option séduit un nombre croissant d’Estoniens : 31% des personnes ayant voté aux élections parlementaires de 2014 l’ont fait sur internet. Aux élections locales de 2005, ceux-ci ne représentaient encore que 2% du total.

 

Le premier ministre estonien explique à ses concitoyens comment voter en ligne.


Un système imité et controversé

Le vote en ligne a d’ailleurs fait des émules ailleurs. Ainsi, l’Alaska expérimente actuellement un système qui permet aux électeurs  de remplir un bulletin électronique, l’enregistrer comme PDF et le transmettre au bureau de vote local. Néanmoins, ce dispositif soulève des critiques quant à sa sécurité. Car en dépit de son caractère pratique, le vote en ligne continue de susciter une certaine défiance. Des chercheurs de l’université de Michigan, qui ont minutieusement étudié la sécurité du dispositif estonien, ont ainsi jugé celle-ci insuffisante. Tout en reconnaissant que le système d’identité numérique adopté par le pays rend la tâche des hackers bien plus complexes, il subsiste selon eux un risque non négligeable pour qu’un esprit malintentionné parvienne à voler des voix et trafiquer les résultats, sapant ainsi la légitimité du processus démocratique. Dans la conclusion de leur rapport, ils vont jusqu’à recommander au pays de renoncer à ce système. Que le risque soit acceptable ou non, l’Estonie fait aujourd’hui preuve de pragmatisme et d’innovation dans l’usage du numérique. Au point de se voir rebaptiser E-stonie.
 

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