"Le challenge est de trouver le bon équilibre quant aux emplois liés à l'innovation"

Par 13 avril 2011
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La mondialisation redessine les frontières des centres de compétitivité liés à l'innovation, affectant les politiques d'emploi notamment aux États-Unis et en Europe. Des transformations internationales à la recherche d'un nouvel équilibre.

Entretien avec G. Pascal Zachary, auteur, journaliste et chercheur à l’Université d’Arizona, spécialiste des politiques internationales d’innovation.

L’Atelier : Dans vos travaux, vous dénoncez une politique "d’innovation sans emploi" aux Etats-Unis. Qu’entendez-vous exactement par là ?

G. Pascal Zachary : Il y a en effet quelque chose de frustrant aux Etats-Unis : à chaque crise, les Américains appellent l’innovation à la rescousse et les gouvernements comme celui d’Obama appellent à d’importants investissements dans les nouvelles technologies, notamment d’information et de communication. Et on se rend compte que la Silicon Valley connaît aujourd’hui sa plus grande baisse d’emplois depuis dix ans alors qu’en Asie, Afrique du Sud ou encore en Russie et au Brésil, des centres de recherches très compétitifs apparaissent. Autrement dit, certains développements peuvent en tuer d’autres…

Quelles réponses peut-on alors apporter aux Etat-Unis ?

L’innovation sans emploi, c’est le résultat de la mondialisation où les pays développés forment de plus en plus de diplômés qui se demandent s’ils vont trouver un emploi, alors que les entreprises innovantes délocalisent des services dans les pays d’Asie. Il faudrait donc mettre en place des politiques qui encouragent les entreprises à offrir des emplois près des lieux de résidences, afin de contrebalancer ces inégalités sociales qui risquent de s’accroître. De plus, les inscriptions dans les formations de premier cycle de science de l’informatique sont en forte baisse et le système produit trop de personnes diplômées de cycle supérieur. Il faut donc également encourager et ne pas dévaluer la valeur des formations de premier cycle, pour réduire l’incertitude des jeunes quant à leur carrière.

Le constat est-il le même en Europe ?

Pas exactement puisque par exemple, les Français et les Allemands ont un sens de la responsabilité corporate différent, par exemple en cherchant à fabriquer leurs trains à grande vitesse sur le continent. C’est une manière de retenir les emplois créés par l’innovation. Les gouvernements sont par ailleurs plus proactifs dans les aides apportées aux industries. Mais où que l’on soit, on constate que certaines industries, notamment, ont des besoins en main d’œuvre moins importants que les "vieilles" industries, alors que si on prend l’exemple du ciment, les besoins en main d’œuvre sont importants et c’est un secteur qui reste très innovant. La question qu’on doit se poser est donc la suivante : qui profite du bénéfice social de l’innovation ?

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