Cisco dope Copenhague aux objets connectés

Par 14 juin 2016
Mots-clés : Smart city, Copenhague, IoT, Europe
Les objets connectés participent à faire de Copenhague une smart city

Comment l’internet des objets participe à faire de Copenhague une ville plus verte ? Bas Boorsma, directeur Internet of Everything & City Digitization Europe du Nord chez Cisco, répond à cette question.

Zéro émission de CO2 en 2025, c’est l’objectif ambitieux que s’est fixée Copenhague. Pour l’atteindre, la Ville a conclu un partenariat avec Cisco en 2014. Rencontré à l’occasion des Greater Copenhagen Smart Solutions, Bas Boorsma, directeur Internet of Everything & City Digitization Europe du Nord de l’entreprise technologique, explique comment les objets connectés favorisent le développement de la smart city danoise. Poubelles intelligentes, outil de mesure de la qualité de l’air, smart parking, luminaires connectés… Adoptés par les citoyens ou par la municipalité, ils améliorent le quotidien des habitants. Entretien.

L’Atelier : Comment travaillez-vous avec Copenhague et qu’est-ce qui la distingue en tant que smart city ?

Bas Boorsma : Copenhague est une ville phare, une référence pour les autres villes. D’abord parce qu’il y a un super leadership. Quand il s’agit d’innovations, le leadership ne se résume pas à des power points, c’est une question de prise de risques, de courage d’innover. Deuxièmement, Copenhague est très concentré sur son programme environnemental, l’objectif c’est d’être vert, vert et encore vert. En 2025, ce sera probablement la seule ville neutre en carbone. Ce n’est pas la seule raison mais l’angle environnemental a probablement déclenché le projet et la coopération avec Copenhague. Depuis mai 2014, Cisco l’aide à se digitaliser et à digitaliser tous les services associés à la ville. Comme la gestion des déchets, l’éclairage public, la sécurité physique, la mobilité dans la ville et plus largement tous les services au citoyen.

Dans le développement de la Smart City à Copenhague, y a-t-il selon vous un domaine prioritaire ?

C’est toujours par définition multi-sectoriel (cross-vertical), vous n’allez jamais déployer une seule solution pour le transport seulement, il y a toujours plusieurs services qui vont ensemble. Mais on se concentre plus particulièrement sur l’environnement et la mobilité. Pour l’environnement, des capteurs connectés permettent de mesurer la qualité de l’air, les particules virales, la quantité de NO et NO2... On sait précisément quels sont les niveaux de pollution en temps réel. Par ailleurs, l’installation de poubelles intelligentes dotés de capteurs permet aux éboueurs de savoir quand elles sont pleines et d’éviter ainsi de faire le tour de la capitale en permanence. C’est plus écologique, c’est une meilleure façon d’utiliser ses ressources pour la Ville et c’est plus propre pour les citoyens.

La mobilité est aussi un secteur clé. 30% de la circulation en ville correspond à des gens qui cherchent à se garer. C’est la raison pour laquelle on soutient les smart parking. Être capable de proposer à ses citoyens automobilistes de leur trouver une place de parking, de les identifier, de faciliter le paiement, cela aide à la fois les conducteurs et les citoyens en général. Les deux secteurs sont en fait étroitement liés.

Vous disiez que Copenhague sert d’exemple, avez-vous reproduit des initiatives danoises ailleurs ?

La détection de la qualité de l’air est une première, on ne l’a jamais fait ailleurs. Les citoyens y accordent beaucoup d'importance. Je pense que c'est un bon exemple de ce qu'on peut faire et qui fait vraiment sens. Pour mettre en place la technologie on a travaillé avec une start-up danoise qui nous a permis de développer ce cas d’utilisation (use case)  et maintenant on peut les aider à s’étendre à d’autres villes du pays voire peut-être du monde. C’est une bonne chose pour cette jeune-pousse qui n’aurait peut être pas eu ce même accès au marché et cette capacité à grossir sans une entreprise internationale comme la nôtre comme partenaire. C’est une bonne nouvelle pour nous aussi parce que la start-up avait la technologie, l’innovation qu’il fallait, pour nous et pour la ville. C’est un bon exemple de coopération réussie.

Lors d’une conférence aux GCSS, un maire a expliqué que pour construire une smart city, la technologie restait moins importante que le citoyen. Qu’est-ce que vous en pensez ?  

Ce n’est pas raisonnable d’opposer les deux. On ne peut pas non plus dire que la technologie n'est pas importante parce que cela concerne l'humain, cela n'a pas de sens. Oui la smart city concerne l'humain mais cela concerne aussi la technologie. Sans cela, difficile de proposer une solution. Je suis d'accord en revanche avec l’idée que la technologie juste pour la technologie est inutile. Parce que si le vrai usage de la technologie n'est pas adopté, s'il n'y a pas d'acceptation populaire, si les gens n'aiment pas les solutions que l'on crée, cela n’a pas d’intérêt et il n'y aura pas de marché.

Mais j’aime beaucoup la citation d’Henri Ford qui dit qui si à son époque on avait demandé aux gens ce qu'ils voulaient ils auraient répondu « des chevaux plus rapides ». De la même manière, si on avait demandé aux gens d'inventer un nouveau téléphone, ils n'auraient pas créé l'iPhone. Steeve Jobs était un génie. Vous pouvez appeler cette vision « top-down » si vous voulez, ce qui est important c'est qu'il a inventé un superbe outil auquel les gens n’auraient pas forcément pensé. En revanche une fois que ça a été inventé et que les gens l'ont utilisé ils vont avoir des idées d’ajustement, et c'est là que les partenariats public-privée-citoyens interviennent. C'est là que les gens participent au processus technologique. Dire que ce doit être un procédé démocratique avec plusieurs personnes qui se réunissent dans la rue pour parler technologie ça ne fonctionne pas. C'est une vraie conviction que j'ai là.

Je pense en revanche que c'est important d'apprendre des réactions des gens. Je crois fortement à l'idée de demander leur avis aux citoyens. C'est quelque chose qu'on fait dans une certaine mesure puisqu'on n'est pas orienté B2C. On demande par exemple aux restaurateurs qui ont des terrasses quelle intensité de lumière ils souhaitent avoir, on demande à la police à quel point les gens se sentent en sécurité. Et si on ne le fait pas, nos partenaires le font. Je crois que l’approche qui correspond à la smart city n’est ni top-down, ni bottom-up, c'est un effort commun qui est plus ou moins horizontal.

Les citoyens réagissent soit activement, soit passivement, parce que s'ils ne sont pas contents cela impacte de fait le service. On peut le voir pour les applications smartphone par exemple, il y en a 10 000 nouvelles toutes les semaines, dont moins d'1% qui dure. Ce sont les gens qui décident par leur comportement lesquelles sont pertinentes. Les citoyens ont donc la capacité de décider, même passivement. Ou alors ils peuvent écrire à leur maire, comme ils l’ont fait pour se plaindre des caméras dans un parking de Copenhague. Les citoyens sont donc pleinement impliqués dans la smart city, et c'est légitime.

On peut penser que les solutions smart city sont coûteuses et que toutes les villes n’ont pas les moyens de Copenhague. Comment cela se passe-t-il dans les pays en développement ?

Nous sommes en Afrique, en Inde, en Chine... Et vous seriez surpris de voir leur rapport à la technologie. Il y a moins d’accès fixe à internet mais beaucoup plus de téléphones mobiles. L'autre chose est qu’en Inde par exemple, il y a la possibilité d'implémenter directement une technologie récente sans forcément transiter par les précédentes. Vous n'êtes pas obligés de repasser par les anciennes techniques, vous pouvez avancer plus vite.

Si on parle des lumières intelligentes d’extérieur par exemple, Sao Paulo a accès à la même technologie que Copenhague. Grâce à des capteurs, on peut réduire l'intensité de la lumière s'il n'y a pas de mouvement dans la rue. De même si vous pensez à des solutions pour améliorer la qualité de l'eau, avec des capteurs pour la mesurer, ou être capable de prévoir les inondations, on pourrait construire certaines technologies dans les pays développés mais cela fait plus de sens et aura plus d'impact dans les pays émergents : en Inde, en Indonésie, au Brésil... Ce ne sont pas des solutions pour les pays riches. Ce qu'on a construit ici à Copenhague il y a un ou deux ans déjà, sera pleinement pertinent là-bas.

En même temps, ils font les choses tellement vite en Inde par exemple qu'on peut apprendre d'eux. Rendez-vous compte qu'une ville comme Bangalore croît d'un millier de personnes par jour, en comptant ceux qui y naissent et ceux qui quittent les campagnes pour s’y installer. Ils savent qu'en continuant à grossir à ce rythme, ils ne pourront pas construire le nouvel hôpital dont ils ont besoin tous les deux ans, ils doivent penser à la manière de subvenir aux besoins médicaux, à la manière d'assurer les services de santé. Et pour cela ils pensent numérique. Ils digitalisent leurs sociétés de plusieurs manières qui peuvent être instructives pour nous. En résumé, les pays en développement ne sont pas loin derrière, parfois ils nous devancent même.

À quoi ressemble la smart city du futur selon vous ?

La smart city de demain est une ville dans laquelle la vie est durable, en terme d'énergie. Une ville où les gens ont réussi, où les gens sont en meilleure santé, où l'air est propre et où on ne voit pas beaucoup de technologie. La technologie sera intégrée dans les infrastructures et invisible. Dans dix ans, le smartphone ne ressemblera pas à ceux qui existent aujourd'hui. Ce ne sera plus un objet que l'on garde trop près de sa main. Cela pourra être une interface comme dans le film "Her". Grâce à la technologie, la smart city du futur sera une ville plus réussie, plus durable, plus compétitive et plus mobile.

Vous parlez du film "Her", pouvez-vous imaginer qu'une intelligence artificielle dirige en quelques sortes la smart city?

C'est une question très difficile. il y a deux niveaux. Il y a l’intelligence artificielle qui peut assister, apporter un soutien, c'est déjà là. Prenez l'exemple des robots qui aident les patients japonais ou les personnes âgées qui vivent seules, il y a même un attachement croissant à ces technologies. Ce type d’intelligence artificielle fait partie du quotidien de certaines et continue d’évoluer. Quand à savoir si on va avoir des intelligences artificielles qui seront conscientes d’elles-mêmes... à titre personnel, je n'en suis pas sûr. J'aimerais continuer à penser qu'on a une âme, et qu’il faut être un être vivant pour avoir certaines capacités. Et puis qu’un capteur ou une machine ne pourront jamais faire certaines choses. Mais ce n'est que mon point de vue personnel... pas forcément celui de l’entreprise.

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