Ton collaboratif, tu me le paieras !

Par 10 février 2009 1 commentaire
Mots-clés : Europe

Paris, samedi dernier. Dans un bar désormais désenfumé de la capitale, je fais la connaissance de deux Allemandes. Inévitable question : Et toi... que fais-tu dans la vie ?

Et dans la vie, les deux déracinées s'avèrent être principalement étudiantes, accessoirement rédactrices Web. Pour un site franco-allemand, rencontres.de. Après une première mauvaise intuition - rencontres.de, le Meetic local ?- je me suis vue expliquer que ce site, moyennant 15 euros par an, permettait aux internautes de participer à la rédaction des articles... Euh, pardon ? En d'autres termes, cette plate-forme, qui par ailleurs s'avère réellement intéressante, demande aux internautes de payer, afin d'accéder au droit suprême de fournir le contenu du même site. Argument de vente ? Les apprentis journalistes acquièrent ainsi une première expérience et se constituent un book. Pour simplifier, les utilisateurs paient pour acquérir des références. Un raisonnement qui suit celui de nos voisins italiens, parfois non rémunérés durant leur première année dans le monde professionnel, car considérés comme des ignares à former ?

Dès lors, questionnement. Le collaboratif payant. Pourquoi s'inscrire sur un tel site, en lieu et place d'un bon vieil Agora Vox ? Pour sa ligne éditoriale, fondée sur les relations entre deux pays ? L'AFP publiait, il y a quelques mois, l'article : "Etats Généraux : Google en position d’accusé", afin d'alerter l'opinion publique des dangers que court la presse. Notamment face aux concurrents que sont les moteurs de recherche, dans la course à l'information. Messieurs les pontes de la rotative, ne cherchez plus de noises à Josh Cohen, responsable de Google News. Pour renflouer les caisses, voici une solution : ne faites plus payer les lecteurs, mais les rédacteurs ! Imaginez, si l'on pouvait débourser plusieurs milliers d'euros pour avoir le droit de rédiger un article dans la version numérique du prestigieux Monde... avant évidemment d'inclure l'information dans son CV !

Autre chose : existe-t-il une différence entre notre utilisation personnelle, certes parfois studieuse, d'Internet, et notre activité professionnelle ? Demain, pourrai-je, lors des entretiens d'embauche, me rengorger en déclarant l'air de rien d'avoir "560 followers sur Twitter" et que "c'est moi qui ai modifié l'article sur les Bisounours de Wikipédia, en précisant la date exacte du 1er épisode" ? D'autres ont d'ores et déjà sauté le pas, faisant de leur vie virtuelle leur force de frappe professionnelle : les fameux blogueurs influents. Je serais néanmoins curieuse de voir combien d'entre nous osent déjà, sous leur adresse dans le 17e et leur numéro de portable en 06, ajouter les liens vers leurs comptes Twitter et autres blogs sur leur CV.

Finalement, la question se résume à deux choses : à l'avenir, devra-t-on payer les sites collaboratifs pour nous fournir des références, comme on paierait le nom d'une école ? Et dans la vie, que faisons-nous ? Sommes-nous tous des rédacteurs Web, dès lors que nous commentons une vidéo YouTube ou lorsque nous publions le statut Facebook "is eating an apple" ?

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1 Commentaire

pas évident de trouver le bon moyen de survivre dans le journalisme!

les temps sont durs!

Soumis par pierre (non vérifié) - le 14 juin 2009 à 00h12

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