Le commerce électronique va-t-il créer des emplois ?

Par 30 mars 1999
Mots-clés : Future of Retail, Europe

L'OCDE vient de publier les résultats préliminaires d'une étude sur les "incidences économiques et sociales du commerce électronique". Pour sa part, le second rapport de la mission Lorentz pour le...

L'OCDE vient de publier les résultats préliminaires d'une étude sur les
"incidences économiques et sociales du commerce électronique". Pour sa
part, le second rapport de la mission Lorentz pour le commerce
électronique, remis à Dominique Strauss Kahn le 5 février dernier,
comprend un volet spécifique sur "l'emploi". D'autres études abordent
rapidement le sujet comme celle de Gemini Consulting pour la Commission
européenne, intitulée "Stratégies induites par le contenu et le commerce
sur les réseaux mondiaux".
Malgré leur abondance, l'incohérence de ces rapports est totale.
Selon Gemini Consulting "environ 500 000 emplois liés à l'économie des
réseaux seront probablement créés d'ici 2002", cependant "de nombreux
emplois vont disparaître également" sans davantage de précision. Les
auteurs concluent que "l'impact net à court terme de la révolution des
réseaux sur la création d'emplois dépendra de la réponse des individus,
des entreprises et des gouvernement en matière de formation et de
mobilité".
Le volet "emploi" de la mission Lorentz estime qu'il y aura trois millions
d'emplois supprimés entre 1998 et 2005, puis six millions d'emplois créés
entre 2005 et 2010 en Allemagne, en France, en Italie et au Royaume-Uni.
Animateur du groupe de travail "emploi" de la mission Lorentz, Yves
Lasfargue déplore "les études qui donnent des chiffres ne les justifient
jamais, ce qui prouve qu'il s'agit d'études idéologiques. En outre, elles
confondent souvent commerce électronique et nouvelles technologies de
l'information et de la communication (NTIC). On est dans le flou".
Basé sur des données américaines, le rapport de l'OCDE est, pour sa part,
très prudent. Le commerce électronique ayant pour conséquence la réduction
des stocks et des coûts de distribution, l'OCDE en conclut que l'on
pourrait craindre "des délestages massifs d'emplois". Toutefois, durant la
période où les entreprises expérimenteront le commerce électronique tout
en conservant la vente au détail traditionnelle, "il apparaît plus
vraisemblable qu'il y aura des créations nettes d'emplois à court terme"
"A plus long terme, la conjugaison de nouveaux produits, de l'accès à un
marché élargi, de gains de revenus et de prix plus faibles conduira à des
gains nets d'emploi". Selon le rapport, ces observations sont toutefois
"pure conjecture étant donné que le commerce électronique ne représente
encore qu'une part très réduite de l'activité économique générale".
Les agences de voyages, les bureaux de poste (menacés par les messageries
rapides), la vente au détail figurent parmi les secteurs sensibles où
l'impact sera au final "sans doute négatif sur l'emploi". Le secteur de la
finance et de la banque est aussi "susceptible d'être très affecté".
Le rapport de la mission Lorentz estime que les suppressions d'emplois en
France seront plutôt liées à "l'informatisation croissante des échanges
entre entreprises qu'à l'accroissement du commerce électronique avec les
particuliers". Selon Yves Lasfargue, les emplois administratifs,
particulièrement visés, pourraient être réduits de "25 à 30 % dans
certains services". Les créations d'emplois seront "surtout dues au
développement du secteur des matériels et logiciels nécessaires à Internet
(mais une grande partie n'est pas faite en France".
Le rapport souligne également que "le commerce électronique va provoquer
un bouleversement des compétences et des conditions de travail".
Yves lasfargue reconnaît "on ne sait pas du tout si le solde d'emplois
sera positif ou négatif. Mais tous les secteurs sont concernés. L'enjeu
social est donc très important. Or, pour le moment, les syndicats
réfléchissent très peu sur le sujet".
(Informatiques Magazine - 26/03 - Le Monde Economie - 30/03/1999)

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