La conception des robots n'est pas qu'une question de technologie

Par 05 septembre 2008

L'interaction homme / machine peut être entravée par les clichés que véhiculent notamment les films. Des ingénieurs proposent d'étudier notre perception des robots de SF pour optimiser la création des futurs humanoïdes.

 Aider les ingénieurs à concevoir des robots qui correspondent aux attentes de l'utilisateur final. C'est le but poursuivi par le roboticien Bill Smart et la chercheur en littérature Lara Bovilsky, tous deux enseignants à l'université Washington de Saint Louis. Ils ont animé un atelier de travail sur la façon dont les robots de fiction sont perçus par le plus grand nombre à la conférence RO-MAN 2008 qui s'est tenue à Munich. L'image des robots que véhiculent en effet des films tels que Terminator ou Matrix entrave le développement massif des robots et surtout la qualité de l'interaction entre l'homme et la machine. "La plupart des gens n'ont jamais vu un robot de leur vie. La seule expérience qu'ils en ont vient du cinéma ou des livres", explique Bill Smart au New Scientist. Cela influe la façon dont ils réagissent à de vrais robots. "Les gens ont une idée préconçue de la façon dont un humanoïde doit se comporter. Si ce n'est pas le cas, ils peuvent être déroutés".
La réalité ne dépasse pas encore la fiction
Bill Smart cite le cas d'un robot conçu par Smart qui se déplaçait dans une pièce et prenait des photographies des personnes s'y trouvant. "Celles d'entre elles qui n'y voyaient qu'un appareil photo monté sur un système mobile étaient ravies tandis que celles qui assimilaient ce robot à un véritable photographe étaient moins enthousiastes". Cette déception pourrait s'expliquer par l'ultra sophistication à laquelle la science fiction nous a habitués. "Dans Star Wars, C-3PO est proche d'un être humain. Mais en réalité, les robots ne sont pas aussi évolués". Plutôt que de demander au public de revoir ses exigences à la baisse, Bill Smart pense que l'étude des robots tels qu'ils sont représentés dans l'inconscient collectif devrait aider les ingénieurs à concevoir des machines qui répondent mieux à nos attentes.
Etudier l'inconscient collectif en matière de robots
"Notre objectif est d'arriver à la conception de robots avec lesquels les êtres humains puissent interagir dans la plus grande confiance possible". Un autre chercheur en robotique, Noel Sharkey, de l'université Sheffield, le confirme : " les chercheurs en robotique savent que le comportement des hommes face à des robots est influencé par la façon dont la science fiction les leur représente". L'idée d'étudier l'histoire de la robotique dans la littérature et au cinéma afin d'enrichir la conception des humanoïdes du futur lui semble donc prometteuse. Ce ne serait pas la première fois que la fiction influence la réalité. Le visage du robot du MIT, Kismet, censé exprimer des émotions, a pu être réalisé grâce à la collaboration d'une société hollywoodienne d'effets spéciaux. Noel Sharkey prévient cependant  qu'un tel programme de travail robotico-fictif n'en est qu'à ses prémisses.

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