"Les contenus s'adressent à un public de plus en plus ciblé"

Par 01 février 2010
Mots-clés : Smart city

Et hormis la question actuelle de la création sur Internet, qu'en est-il du contenu qui circule sur la Toile ? Trois questions à Philippe Astor, bloggueur spécialiste de l'industrie de la musique et du web.

Philippe Astor est bloggueur et co-fondateur d'Electron libre.
L’Atelier : Quid de la qualité du contenu en circulation sur Internet ?
Philippe Astor : Les contenus sont de plus en plus ciblés sur un public en particulier. Cela crée un paradoxe : d’un côté il y a moins de moyens pour produire du contenu et de l’autre on observe une augmentation de la production ciblée.
Par exemple il y a une sorte de dérive dans le web journalisme. L’information sur Internet est reprise sans valeur ajoutée par des gens souvent sous payés qui n’ont pas le temps de faire un travail de fond. Elle devient de mauvaise qualité. Mais à côté de cela, il y a des blogueurs, qualifiés ou non, qui s’investissent pleinement même sans être payés. Et là le contenu  prend de la valeur.
Dans la musique c’est un peu différent, il y a certes moins de moyens pour la production mais il y a une explosion de celle musicale et le contenu gagne en qualité. D’une part parce que les contenus sont de mieux en mieux mis en avant par la facilité d’accès aux informations parallèles : l’avis de ses "amis" et internautes est devenu plus fiable que celui de la radio et des médias et plus accessible. D’autre part parce que les contenus s’adressent à un public de plus en plus ciblé.
L’Atelier : Qu’est-ce que ce constat représente pour les majors?
Philippe Astor : Les majors perdront le contrôle du marché : ils ne pourront plus vendre énormément avec seulement quelques titres. On le voit déjà avec les ventes en supermarché qui étaient de 50 % à une époque et qui disparaissent au profit des ventes en surfaces spécialisées. Aujourd’hui il n’y a plus que quelques titres au supermarché. Les titres se vendent de plus en plus à un public plus petit et plus ciblé. Le mass market essaye de survivre mais il tend vers la fin.
L’Atelier : Est-ce que le constat est la même pour le cinéma ou la littérature ?
Philippe Astor : Personnellement, je n’ai pas peur pour l’industrie du cinéma. Il y a une expérience de la salle qui est prédominante. Regarder un film à la maison même avec un très bon équipement ne produit pas le même effet que la salle de cinéma.  En plus aujourd’hui, les salles proposent toujours plus en technique comme on l’a vu avec Avatar et le cinéma 3D. Même si le marché du DVD souffre des mesures peuvent être prise. Il va falloir raccourcir les délais de mise à disposition par exemple.
Avec Internet il y a un nouveau dessin : ce qui a de la valeur ce n’est pas le contenu en lui-même, mais le contexte dans lequel il est diffusé. On paye le fait de recevoir du contenu au moment où il va nous apporter quelque chose. Le contexte est roi. Par exemple on a plus besoin de stocker tous les albums d’un artiste juste pour l’écouter un soir lors d’un dîner avec des amis.  Le contenu prend aussi de la valeur avec le gain en mobilité. Avec l’iPod par exemple on voyage avec une quantité considérable de CD dans la poche. Avant c’était impossible.

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