[Convergences] “Dans les marchés émergents, plus que des technologies, il faut une structure forte”

Par 20 septembre 2013 1 commentaire
agrobusiness

Le groupe Agasha a mis en place une plateforme de communication auprès des fermiers et professionnels de l'agriculture en Ouganda qui permet de désenclaver les producteurs agricoles.

A l’occasion de sa venue au Forum Convergences, Sharon Againe, fondatrice et directrice d'Agasha Group Limited, nous parle des mérites de l'innovation pour les PME dans les pays émergents, à travers son projet, AgroBuisness Directory qui met en relation les acteurs du monde agricole ougandais.

L'Atelier : Développer l’innovation dans le secteur agricole n’est pas chose facile, et ce d’autant plus quand on s’adresse à un pays émergent. Quel est le plus grand obstacle à son déploiement ?

S. Againe : Ma formation universitaire dans le domaine de l'agronomie m’a permis de constater un manque criant dans le secteur agricole ougandais : celui du réseau. La question n'était pas tant celle des techniques agricoles ou des cultures choisies mais bien le fait que la production agricole est extrêmement fragmentée en Ouganda. Nous avons une multiplicité de petites exploitations, et une structure d'échange encore traditionnelle. Si on recherche une production et une quantité particulière, il est très difficile de rentrer en contact avec les producteurs. Dès 2008, l'idée a germé de mettre en place une plateforme qui permette de renseigner clients et acheteurs sur l'état de l'offre du produit recherché. Où ? Quand ? Combien ? Les informations basiques nécessaires à la mise en place d'une structure d'échange. Cependant nous n'avions pas de fonds à ce moment là. Après avoir laissé mûrir l'idée, je me suis présentée au prix Orange de l’entrepreunariat social en Afrique en 2011, et nous avons gagné un financement qui nous a permis de commencer à faire vivre notre projet. Dès 2012, nous avons lancé notre premier annuaire AgroBuisness. Pour cela, il nous a fallu récupérer auprès des producteurs les information de contact et  de les centraliser en un annuaire. Et l'idée a pris : nous avons environ 600 fermiers cette année et plus de 1400 pour l'année prochaine. Notre but était simple, faciliter les échanges, et les acteurs de l'agrobuisness l'ont bien compris et nous soutiennent.

L'Atelier : Vous parlez d'un annuaire, est-ce une plate forme en ligne, un réseau de networking pour les acteurs de l'agriculture?

S. Againe : Effectivement, c'était notre but premier. Et nous avons travaillé avec plusieurs entreprises informatiques sur cette question. Mais nous nous sommes heurtés à un obstacle insurmontable pour le moment : le réseau internet en Ouganda est encore trop peu développé. Notre annuaire est en version papier, mais la plateforme en ligne reste notre but, et nous entendons pouvoir la mettre en place à l'orée 2020, quand notre base de données sera encore plus complète et l'état du réseau le permettra. L'innovation dans les pays émergents, c'est aussi savoir s'adapter à notre marché, et notre annuaire papier, plus traditionnel, s'avère nettement plus efficace et utile aujourd'hui qu'une plateforme internet.

L'Atelier : Justement, comment est-ce que vous voyez les effets de l'innovation dans les pays émergents?

S. Againe : Comme vous voyez, c'est loin d'être si simple. Quand on dit innovation, on entend souvent nouvelles technologies, numérique et digital. Mais dans les marchés émergents, il s'agit souvent d'abord de mettre en place une structure forte pour permettre les échanges. Cela se fait par étapes et, comme pour notre initiative, cela n’a pas à être révolutionnaire mais encore faut-il y penser et le mettre en place. Mais bien sûr, et particulièrement dans les marchés émergents qui sont très morcelés, aussi bien au niveau des acheteurs que des producteurs, les innovations, quelle que soient leur niveau, peuvent créer un effet d'accélération auprès des PME.

L'Atelier : Comment, dès lors, analyseriez vous votre impact potentiel sur le marché ougandais?

S. Againe : En Ouganda, 80% des entreprises sont des PME, et les 20% restantes sont principalement des grandes entreprises étrangères dont les profits ne restent pas en Ouganda. En accélérant le marché agricole en Ouganda, en facilitant le renforcement d'un vrai marché local, nous pouvons avoir un impact social plus qu'enviable. Les fonds restent dans les campagnes et permettent à qui d'envoyer son fils à l'école plutôt que de le garder à la maison, à qui d'embaucher ou de réinvestir dans la communauté.

L'Atelier : Pensez-vous à l'expansion au dehors de vos frontières?

S. Againe : Nous avons eu déjà des propositions de la part du Rwanda, car notre système, aussi simple soit-il, est adaptable à d'autres secteurs de marché et d'autres localités. Mais au delà de nos voisins qui partagent une situation similaire à la nôtre, il serait inefficace de chercher à s'étendre trop. Nous avons des problèmes structurels spécifiques que nous consolidons mais, bien sûr, l'idée d'un grand marché agricole avec le Rwanda serait une excellente chose.

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1 Commentaire

Cette expérience ougandaise me semble très intéressante, car elle décrit une situation qui est semblable dans d'autres pays africains dont la République démocratique du Congo. La situation de entrepreneuriat agricole composée des PME agricoles (Fermes) qui se recherchent encore et des Grandes entreprises agro-industrielle essentiellement aux capitaux étrangers, ne favorise pas encore l'émergence d'une vie sociale meilleure.
Nous recherchons encore les voies et moyens d'améliorer l'organisation et la gestion des PME qui peuvent réellement avoir un impact sur le développement de meilleures conditions de vie des populations paysannes. Nous sommes donc intéressés d'en savoir davantage sur le réseau qui se développe en OUganda pour améliorer les marchés agricoles locaux.

Soumis par michel kika (non vérifié) - le 23 septembre 2013 à 10h47

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