[Convergences] “L'open innovation sociétale fait passer la R&D en Connecter et Développer”

Par 18 septembre 2013
open innovation

L’open innovation s’adresse-t-elle à des problèmes plus large que le développement de simples produits et services ? C’est en tout cas ce que pense les groupes Suez et Poult avec le concept d’open innovation sociétale.

Interview croisée de Jean-François Caillard, Directeur innovation de Suez Environnement, et Jérôme Introvigne, Manager de l'Innovation du Groupe Poult, à l'occasion de la conférence qu'ils donnaient sur le sujet de l'Open Innovation Sociétale lors du Forum mondial Convergences 2015.

L'Atelier : Pourquoi votre entreprise s'est-elle tournée vers ce que vous appelez l’open innovation sociétale?

JF Caillard : En ce qui nous concerne, sur le marché de l'eau, nous faisions déjà de l'open innovation sociétale (OIS) avant qu'elle soit baptisée ainsi : notre processus de fonctionnement basé sur la co-conception avec nos clients nous a permis  d’inventer de nouvelles relations contractuelles, comme par exemple à Alger où elle est basée sur le transfert de savoir-faire. Nous cherchons maintenant à aller plus loin en construisant notre travail avec la collectivité afin d'en assurer l'efficacité au fil des ans. L'OIS est pour nous l'ouverture vers des collaborations externes, que ce soit l'échange technologique avec les startups ou l'échange d'idées avec nos clients et usagers. En plus d'investir dans les startups nous pouvons travailler avec elles en lançant des tests technologiques en collaboration. C'est par ailleurs cette dynamique d'émulation qui nous permet de rester très réactif sur nos marchés.

J. Introvigne : Pour notre part, nous sommes partis du constat que l'entreprise du futur sera ouverte et qu’il est déjà nécessaire d'être constamment très innovant, notamment en ce qui concerne l'innovation rupture. La majorité des talents dont nous avons besoin pour construire l'avenir se trouve donc à l'extérieur de l'entreprise. Il nous est nettement plus simple de collaborer avec des acteurs extérieurs que de penser pouvoir recruter tout le monde. D’une certaine manière, nous ne faisons plus de la “Recherche et Développement” à proprement parler, mais plutôt du “Connecter et Développer”. Nous essayons de connecter l'écosystème le plus large et divers pour atteindre la plus grande capacité d'innovation.

L'Atelier : La multiplicité des acteurs permet-elle vraiment de favoriser l'innovation au sens large ou se concentre-t-elle sur de nouveaux types d'innovation, comme ce qu'on appelle l'innovation frugale en opposition aux innovations lourdes ?

JF Caillard : Pour nous, l'OIS est une approche plutôt ancrée dans les besoins des clients, que ce soit des besoins d'adaptation, de développement ou de transparence par exemple. Nous basons notre démarche sur une concertation importante entre notre entreprise et nos clients et surtout nous développons de nouveaux partenariats qui nous permettent d’ impliquer plus fortement les collectivités dans la gouvernance. Nous adoptons notre relation contractuelle en fonction des attendus de la société, que ce soit au moyen d'innovation légère ou plus lourdes. Nous avons des partenariats avec des startups certes, mais nous avons aussi mis en place des programmes collaboratifs de long terme avec des laboratoires tiers sur des problématiques nettement plus lourdes comme le dessalement ou le recyclage du plastique.

J. Introvigne : Que ce soit lourd ou frugal, la méthode de l'OIS ne change pas, seulement la façon de la mettre en place. L'OIS n'est pas tant une technique qu'un ensemble de valeurs : permettre la collaboration du privé et du public, se rapprocher d'étudiants sans tabou car n'ayant pas encore intégré les problématiques entrepreunariales, surtout plus simplement permettre des collaborations entre entreprises de tailles et visions différentes. Avec les startups comme avec les laboratoires, le but est de ne pas racheter mais de travailler en partenariat. Et pour les startups c'est particulièrement efficace, nous activons notre écosystème pour elles et en retour elles nous enrichissent avec la souplesse de leur système.

L'Atelier : Vous représentez tous deux des entreprises de taille importante, est ce que ce système d'OIS peut être viable sans justement le support d'un grand groupe ayant les capacités administratives et l'expérience pour centraliser et encadrer les projets?

JF Caillard : Je pense clairement que les grands groupes ne sont pas le terreau unique del’OIS, et nous avons vu de nombreux exemples d'entreprises sociales de taille réduite qui réussissent. Nous avons certainement été dans les premiers sur le sujet mais ce n'est pas l'apanage des grands groupes, toutes les méthodes que nous avons évoquées sont utilisables quelle que soit la taille de votre entreprise.

J Introvigne : C'est évidemment possible car les outils sont disponibles et très peu coûteux : mettre en place un réseau d'entreprise pour les faire collaborer peut ne pas coûter beaucoup plus cher qu'un drive en ligne et une messagerie. Effectivement si l'entreprise est trop petite, les pouvoirs publics ne suivront peut-être pas, mais l'OIS ne nécessite pas d'autre compétence que celle de la gestion de projet!

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