[Convergences] “Un téléphone en soi ne sauve pas des vies, il faut l’intégrer à une structure qui marche”

Par 20 septembre 2013
téléphone santé

Dans des pays où l’avancée technologique n’est pas la plus développée, quelles alternatives sont nécessaires pour dépasser les barrières et faire enfin surgir l’innovation ?

Interview de Stella Luk, Directrice déléguée de Dimagi, une entreprise sociale basée à Boston qui propose des logiciels pour améliorer les systèmes de santé des différents marchés émergents. L’Atelier l’a rencontrée à l'occasion du Forum Convergences, où elle a participé à la conférence "Innovation technologique : quel apport pour les OMD?"

 

L'Atelier : D’après votre expérience, quelle est la part de l'innovation dans le développement de programmes d’aide médicale s’adressant à des pays émergents ?

 

S. Luk : L'innovation prend de nombreuses formes, mais dans le cas de l'innovation technologique, notre but est d'observer les programmes qui fonctionnent bien et de réfléchir aux moyens d'en améliorer l'efficacité par le biais des technologies. Un téléphone en soit ne sauve pas des vies, il doit être intégré à une structure qui marche : un superviseur qui contrôle et du personnel sur le terrain, auprès des populations. Une fois seulement que les technologies sont en place, on peut alors penser à faire évoluer le mode de fonctionnement de ces programmes. Dans le cas des technologies mobiles, la mise en place d'un système de communication permet de renforcer exponentiellement les structures existantes, comme le montre particulièrement le domaine de la santé. La problématique qu'induit la technologie mobile est surtout pour nous celle de la transparence, ce qui devrait permettre de pousser à créer des programmes qui fonctionnent vraiment plutôt que d'autres qui apparaissent efficaces. C'est une grande opportunité pour le travail que nous faisons.

 

L'Atelier : Face aux obstacles liés au manque de moyens et d’infrastructure, quelles solutions s’offrent à vous pour percer sur les marchés émergents ?

 

S. Luk : Tout d’abord, nous utilisons une approche inspirée du secteur privé mais nos valeurs et buts sont sociaux : l'impact de nos technologies sur le monde de la santé et l'amélioration du bien être des populations, en second lieu la qualité de notre travail et seulement ensuite la problématique du profit. Mais pour vraiment toucher ces marchés, nous avons miser sur le fait que toutes nos technologies doivent etre basées sur l'Open source, ce qui pour nous reflète l'importance de l'ouverture et de la collaboration dans le partage de ce que nous produisons. Aujourd'hui, nous nous focalisons sur la création de plateformes ouvertes que les organisations peuvent utiliser afin de développer des technologies mobiles pour améliorer l'efficacité de programmes sociaux, et notamment dans le domaine de la santé publique. Nous travaillons également beaucoup avec les ONG en leur fournissant l'expertise technologique mobile dont elles peuvent avoir besoin, développer des plateformes mais aussi aider à les mettre en place et proposer des formations informatiques.

 

L'Atelier : Vous développez des applications mobiles mais comment appréhendez vous leur utilisation quand la couverture réseau est faible dans ces pays et qu’il existe une méfiance du point de vue de la protection des données ?

 

S. Luk : Nos outils sont construits de façon à fonctionner automatiquement. Même sans réseau, nos applications sont utilisables. Elles permettent d'enregistrer des informations ou de conseiller ses clients, et nous avons mis en place un système automatique permettant aux applications, dès lors qu'elles détectent un réseau, de s'y connecter pour échanger les informations dont nous avons besoin. C’est le cas notamment de CommCare qui est un de nos programmes ouverts permettant de créer facilement des applications pour tous les programmes de santé publiques, afin de faciliter le travail du personnel médical. Pour ce qui est de la sécurisation des données, nous sommes bien conscients des problèmes qui émergent sur le sujet, et c'est pour ça que nous utilisons la régulation américaine comme base lorsque nous développons nos applications, et jusque là nous n'avons eu très peu d'incidents.

 

L'Atelier : Dernière question, avez vous des conseils à donner à ceux qui souhaiteraient monterdes entreprises sociales dans les marchés émergents?

 

S. Luk : Je crois qu'il y a deux points importants, le premier est de ne pas rester uniquement dans les bureaux mais d'aller directement observer la réalité du terrain afin de construire notre approche depuis la base. Et surtout il ne faut pas avoir peur d'essayer, ne pas se formaliser des échecs mais constamment se renouveler jusqu'à trouver ce qui peut marcher.

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