Le Courant Porteur en Ligne débarque en région parisienne

Par 24 novembre 2006

"L'investissement par foyer sera de 60 euros, contre une fourchette de 1000 à 2000 euros pour la fibre optique". Entretien avec Bruno Estienne, président de Mecelec, une société...

"L'investissement par foyer sera de 60 euros, contre une fourchette de 1000 à 2000 euros pour la fibre optique".
Entretien avec Bruno Estienne, président de Mecelec, une société ardéchoise qui vient de remporter l'appel d'offres international lancé par le Sipperec pour le déploiement et la commercialisation en région parisienne d’un réseau de télécommunications qui reposera sur la technologie du Courant Porteur en Ligne (CPL). Questions sur une technologie qui pourrait bientôt équiper 1,5 million de foyers.
 
L'Atelier : Bruno Estienne, bonjour. Pourriez-vous nous définir le CPL ?
 
Bruno Estienne : Le Courant Porteur en Ligne est une technologie qui fait transiter des données à haut débit sur la boucle locale électrique. Pour cela, elle utilise des techniques de modulation avancées.
 
L'Atelier : Comment est né le projet d'installation de réseaux en CPL en région parisienne ?
 
B.E : Les réseaux électriques appartiennent aux communes et non pas à EDF, qui a le statut d'exploitant ou de concessionnaire. Une partie de la région parisienne, constituée de 86 communes rassemblées dans un syndicat, le Sipperec, a décidé d'utiliser son réseau pour y faire passer des télécommunications. C'est pourquoi, afin de choisir les partenaires industriels qui l'escorteront, elle a lancé un appel d'offres en 2005, appel remporté en avril 2006 par Mecelec, équipementier réseau spécialisé dans les coffrets de raccordement entre les transformateurs basse ou moyenne tension et les abonnés.
 
L'Atelier : Dans votre communiqué de presse, vous faites part de votre objectif de couvrir 30 % du marché de la téléphonie fixe. Comment comptez-vous y parvenir ?
 
B.E : En France et en région parisienne, 50 % seulement des foyers sont équipés en micro-informatique. Pour les autres un saut culturel et financier est difficile à franchir. Pour ces familles, qui n'ont pas d'ordinateur chez elles, la seule solution de communication est leur ligne France Télécom. En installant un réseau en courant porteur en ligne, Mecelec et ses distributeurs proposeront une offre aux tarifs attractifs qui répondra à leurs besoins. Celle-ci sera axée sur la téléphonie. Quant à Internet (1 à 5 Mégabits par seconde), il n’est pas envisagé de concurrence frontale avec l'ADSL. Les 30 % du marché escompté correspondent donc à un secteur où il n'y a pas encore d'offres. Mecelec tâchera donc de répondre à un besoin mais n'entrera que marginalement en concurrence avec un marché préexistant.
 
L'Atelier : Le CPL pourrait donc apporter Internet aux foyers qui ont peu de moyens. Est-ce le seul enjeu de cette technologie ?
 
B.E : A terme, il ne devrait rester que deux technologies et demi : la mobilité totale avec le téléphone portable (utilisation du Wi-Fi et du Wimax), et le CPL, le "demi" étant la fibre optique qui se développera pour les gros débits (un Gigabit par seconde) et qui devrait trouver son utilité pour le transport de gros fichiers. En effet, la fibre optique, qui ne se plie pas à angle droit, revient très cher lors de son installation, la partie verticale (l'installation jusque chez l'abonné) représentant les deux tiers de l'investissement. Le CPL, en plus d'être économique et de proposer la VoIP à tout le monde, ouvre le champ de la domotique (télésurveillance...).
 
L'Atelier : Vous évoquez la fibre optique et la technologie Wi-Fi. En quoi le CPL se distingue-t-il de ces deux technologies ?
 
B.E : La fibre optique est une excellente technologie, mais elle est destinée à ceux qui pourront se la payer. Or cela ne concerne pas tout le monde. Pour ceux qui n'ont des moyens plus réduits, il faut déployer d'autres systèmes, par exemple on pourra utiliser la fibre jusqu'à un poste de transformateur puisle CPL par le réseau électrique. Quant au projet de Free (déployer son propre réseau de fibre optique d'ici 2012 – NDLR), il ne concerne que Paris, qui est facile à équiper en raison de la présence des égouts. Et si le FAI a évoqué l'échéance de 2012, il n'a pas précisé quand le réseau serait véritablement mis en place. Au contraire, le nôtre doit être opérationnel dans cinq ans au plus tard. Quant au Wi-Fi, il convient parfaitement pour les réseaux locaux, à l'intérieur de votre maison, ou quand vous ne vous éloignez pas de plus de 50 mètres de la borne.
 
L'Atelier : Y a-t-il déjà des déploiements du CPL en France et dans le monde ?
 
B.E : De nombreux projets sont déjà en cours, notamment aux Etats-Unis, en Allemagne, en Italie du Nord, en Australie et dans plusieurs pays nordiques. Là, la technologie n'est plus du tout expérimentale mais commerciale, et représente déjà 20 à 25 % de parts de marché sur le haut débit. Aux Etats-Unis par exemple, Current Technology, un équivalent de Mecelec, compte Google comme actionnaire. Et en Europe, la société devrait développer la technologie avec Ascom. En France, le projet Courbevoie (mené entre 2002 et 2004, NDLR), s'il a été expérimental, reste important, car il a permis d'apporter le CPL à 1500 familles. Et le CPL est déjà utilisé de façon ponctuelle dans des régions qui ne sont pas racordables en ADSL, comme la Dordogne ou la Seine-et-Marne.
 
L'Atelier : Une dernière question. Free a parlé de 1000 euros nécessaires par foyer pour l'installation de son réseau de fibre optique. Et l'Arcep a évoqué 2000 euros. En ce qui concerne le CPL, quel sera votre investissement global ?
 
B.E : Nous devrions investir environ 90 millions d'euros pour 1,5 million de foyers en région parisienne. Si vous voulez connaître le prix moyen par foyer, il vous suffit de diviser ! [pour les mauvais en calcul mental, cela fait 60 euros ! NDLR]
 
Propos recueillis par Mathilde Cristiani
 
 

 
(Atelier BNP Paribas – 24/11/2006)

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