Création sur Internet : "La question du téléchargement est trop limitative"

Par 01 février 2010

En marge du contenu sur les plates-formes, une partie de celui qui s'échange a un statut hybride. Cela pose la question des droits du public, à un moment où on parle de celui des auteurs, producteurs et diffuseurs.

Entretien avec Laurence Allard, sociologue etmaître de conférence à l’université de Lille III.
L’Atelier : A l’heure où on parle beaucoup de droits de diffusion et d'accès, quelle est la réalité du contenu culturel qui s’échange sur Internet ?
Laurence Allard : Les contenus sur Internet viennent en majorité des internautes, de ce qu’on appelle le "user generated content". Cela dit, on trouve aussi énormément de remix ou de reprises de morceaux connus. Cet usage qui est fait de contenus culturels copyrightés est très important et on a vu apparaître beaucoup d’objets culturels hybrides. Juridiquement, c’est un no man’s land. Rien n’est dit sur les droits du public.
Quelle incidence cela a-t-il sur la qualité du contenu ?
La révolution culturelle que l’on connaît actuellement donne un nouveau rôle à chacun. On ne peut plus appréhender la question de la qualité avec la même grammaire que celle qui existait jusqu’alors. Le culte de l’art est devenu une sorte de religion sécularisée. Ce rapport n’est pas adapté au bazar du contenu sur Internet. Il faut faire table rase de cette conception des choses. La conception de l’art qui domine actuellement est héritée des Beaux Arts. On a réussi tant bien que mal à l’adapter à la culture de masse du 20ème siècle, mais elle n’est pas adaptée à Internet. Ce modèle est dépassé.
La mise en place d’une licence quelle qu’elle soit va-t-il y changer quelque chose ?
Quand un internaute écrit un billet sur son blog à propos d’un artiste qu’il apprécie et qu’il accompagne d’une vidéo de l’artiste, il y a tout un travail derrière. On n’est pas dans la simple copie. Le débat sur les licences globales ou légales ne règlera pas ces questions. Cela ne donnera pas de statut à ces objets hybrides. L’idée d’une licence d’usage telle que l’a formulé Lawrence Lessig est intéressante. La guerre du copyright finit par s’en prendre à la créativité du public, même quand il n’y a pas d’usage commercial des oeuvres en question.
Alors les maisons de disques ou d’édition n’ont plus de raison d’être ?
Les maisons de disques ont un problème avec Internet parce qu’elles n’ont pas maîtrisées l’innovation technique, cela dit elles restent pourvoyeur de contenu y compris de celui qui est transformé par les internautes. On est dans une phase de transition où on a du mal à voir des figures substitutives émerger mais il y en a, comme mécénat global (Mymajorcompany, par exemple). Il y a beaucoup d’expérimentations, y compris sur mobile. Il est tout à fait possible que plusieurs modèles cohabitent. Ce serait dommage de trop vouloir rigidifier ces évolutions. Les tentatives qui vont dans ce sens interviennent ou trop tôt ou trop tard. Elles vont régler le problème pour une partie des acteurs seulement. Le problème a été pensé, articulé par et pour une certaine partie des acteurs. Il faut pluraliser le problème.

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