"Le crowdsourcing ne correspond qu'aux entreprises déjà innovantes"

Par 13 juillet 2010 2 commentaires
Mots-clés : Smart city

Faire émerger des idées en interne ou auprès de professionnels extérieurs est un concept à exploiter par les sociétés. Mais cela seulement si cette dernière a déjà les compétences nécessaires pour les mettre en oeuvre concrètement.

Klaus-Peter Speidel est co-fondateur d'Hypios, qui propose aux entreprises de faire appel à des individus (experts ou non) sur une plate-forme en ligne pour résoudre leurs problèmes de recherche & développement.
L'Atelier : Est-ce que le crowdsourcing peut être utile aux entreprises qui cherchent à innover ?
Klaus-Peter Speidel : Oui. Notamment parce qu'il valorise le collaboratif, perçu par Jeff Howe, créateur de la notion, comme l'élément le plus essentiel du crowdsourcing. C'est ce que l'on retrouve avec Wikipédia, où chaque contribution participe au résultat final. Le nombre faisant d'une certaine manière la qualité de l'article. Mais le crowdsourcing, pour les entreprises, c'est aussi et surtout être en mesure de récupérer les bonnes idées. Il ne s'agit pas de réinventer la roue, mais de faire émerger des solutions pour des problèmes bien précis en mêlant des univers différents, parfois au sein-même de l'entreprise. En particulier lorsqu'il s'agit de grands comptes, avec des structures implantées dans différentes zones géographiques. L'innovation est un terme à relativiser : ce n'est pas tant de créer ex nihilo un concept révolutionnaire, que d'appliquer à un domaine précis une solution qui se limitait jusque là à un autre domaine. Et l'intérêt du transfert de solutions d'un secteur à un autre, c'est que ces solutions ont la plupart du temps déjà fait leurs preuves dans ce précédent domaine.
Y a-t-il des pré-requis pour que cela fonctionne, pour qu'une entreprise s'approprie une solution avec succès ?
Effectivement. Le crowdsourcing est un moyen pour les entreprises - en particulier pour les PME - d'avoir accès à un potentiel global, en utilisant notamment Internet. La seule difficulté, c'est que ces petites et moyennes entreprises doivent avoir les ressources internes suffisantes pour évaluer la qualité des solutions qu'elles trouvent sur la Toile. Et pour les mettre en place concrètement, d'autre part. Ainsi, le crowdsourcing ne correspond en un sens qu'aux entreprises déjà innovantes. Non pas celles ayant déjà toutes les idées à leur portée, mais celles possédant l'ensemble des compétences techniques pour les réaliser une fois qu'elles ont émergé. Certaines entreprises externalisent aussi la réalisation, mais en l'occurrence on s'éloigne du crowdsourcing. L'idée, c'est surtout de faire émerger l'idée pour ensuite la mettre en œuvre. En faisant appel à différents publics, appartenant idéalement à différents domaines. Grâce à un tissu de liens entre les services, ou en organisant des compétitions en interne.
La compétition est-elle essentielle au crowdsourcing ?
C'est une question délicate. On oppose souvent la collaboration et la compétition. Dans certains cas, le collaboratif prévaut indéniablement. Mais certains phénomènes, comme l'alignement des différents protagonistes derrière une idée principale, posent problème. En ce sens, la compétition est peut-être plus efficace, puisqu'elle assure une certaine indépendance des idées. Chaque individu travaille de son côté à résoudre tel ou tel problème, à y apporter une solution. L'entreprise fait remonter ces idées, les compare, les analyse, et met en œuvre celles qui s'avèrent les plus pertinentes.

Haut de page

2 Commentaires

Cher Klaus,

En réalité le crowdsourcing peut s'appliquer a tous les types d'entreprises et/ou de marques.
Le crowdsourcing n'est pas particulièrement destine aux PME.
Le crowdsourcing n'est et ne sera jamais une manière outsourcer la R&D dans une optique lowcost. Ça reste une démarche complémentaire permettant d'ouvrir et d'enrichir une réflexion tout en posant des jalons de communication.
Si une entreprise entame une démarche de crowdsourcing, elle doit le faire avec humilité mais aussi avec authenticité ! L'essence du crowdsourcing est de donner la parole a des gens qui souhaitent la prendre, apporter leur pierre a l'edifice pour les écouter.
Nul besoin d'être une entreprise innovante par nature pour entreprendre ce type de démarche lorsqu'elle est encadrée par des professionnels dont c'est le métier.
Évidemment si une entreprise le fait seule ou avec des gens qui s'improvisent experts du crowdsourcing.... Il vaut mieux que ce soit une entreprise innovante si elle veut avoir une maigre chance de succès !

Soumis par Ludovic delaherche (non vérifié) - le 20 juillet 2010 à 15h38

Cher Ludovic,

Merci pour vos commentaires et précisions. Je suis tout à fait d'accord avec la plupart de vos affirmations. Aussi y-a-t-il nécessairement des raccourcis lorsqu'un entretien de 25 minutes est transcrit... .

Ce sont aujourd'hui les (très) grandes entreprises qui utilisent le crowdsourcing avec le plus de succès.

Le crowdsourcing n'a rien à voir avec le outsourcing et encore moins avec le low-cost (les grands concours peuvent avoir des primes qui vont jusqu'à plusieurs millions de dollars!). Si le crowdsourcing permet la réduction de coûts, c'est notamment parce qu'il évite la réinvention de la roue et parce que plus d'yeux voient mieux.
Pour moi, des sites comme amazon turk, odesk, cloudcrowd qui mettent à disposition des petites mains pour des tâches sur le web se rapprochent davantage du outsourcing que du crowdsourcing.

Aussi ne crois-je pas que la collaboration et le crowdsourcing soient liées. Les deux choses peuvent aller ensemble (ou pas).

Quant à la question de savoir si les entreprises doivent déjà être innovantes ou pas, il faut bien lire la précision : il faut que les entreprises aient les compétences techniques en interne pour implémenter les solutions qui viennent de l'exterieur. Dans la plupart des cas (mais pas dans tous), on ne peut pas remplacer une équipe d'ingénieurs ou de chercheurs en interne. Et "les professionnels dont c'est le métier" d'innover ne pourront pourtant pas combler des ressources techniques qui manqueraient en interne. Cela, encore, montre bien qu'il ne s'agit pas de remplacer des ressources en interne.

Soumis par Klaus-Peter Speidel (non vérifié) - le 22 juillet 2010 à 12h23

Mentions légales © L’Atelier BNP Paribas