Sans culture d'entreprise, difficile de collaborer spontanément

Par 12 janvier 2012 2 commentaires
cooperation wheel

En transposant les résultats d'une expérience menée sur des étudiants sur le thème de la collaboration, au monde de l'entreprise, on observe que celle-ci dépend grandement de la culture de la société et de ses employés.

La coopération au sein d'un réseau social passe par la mise en place d'outils d'expression et d'information adéquats ainsi que par la présence préalable d'un terreau favorable. Des chercheurs ont mené une étude auprès de plus d'un millier d'étudiants espagnols, regroupés en un réseau social réel, afin de déterminer le taux de coopération entre eux autour d'un jeu orienté sur le dilemme du prisonnier. Les scientifiques ont ainsi pu constater que, même si le bénéfice à collaborer pour les deux parties est établi dès le départ, peu de personnes avaient tendance à le faire de manière régulière. On observe donc que 5% des individus collaborent systématiquement, 35%  jamais et 60% ne le font que suivant leur "humeur" (intérêt, historique de coopération avec les personnes concernées...). "On constate le même ratio de participation sur les plates-formes collaboratives des sociétés", décrit à ce sujet Pierre Milcent, consultant en réseaux sociaux d'entreprise chez IBM pour L'Atelier.

Des taux de coopération équivalents en entreprise

"Une petite portion des salariés contribuent activement, émettent de l'information, et une autre plus large agit comme un récepteur, s'implique pour recevoir cette information." D'autres enfin sont à l'écart de ce système. Les actions des employés ne seraient alors que le reflet d'une organisation sociologique, propre à l'espèce humaine. Si l’on en croit l’étude, la capacité à collaborer tient aussi compte d’autres critères : selon cette dernière, les filles coopéreraient plus que les garçons (de l’ordre d’environ 10%). Idem pour les étudiants en sciences humaines par rapport à ceux des disciplines technologiques (hausse de 4%). Reste que pour Pierre Milcent, l’engagement tient surtout à la culture d’entreprise ou du groupe. "S’il n’y a pas de volonté de diffuser et partager de l'information, un réseau social ne révolutionnera pas l'échange entre les salariés". 

La collaboration  forcée, inefficace sur le long terme

Mais au-delà de ces statistiques, existe-t-il des solutions pour pousser les gens à collaborer plus ? A priori non, les personnes ayant du mal à agir contre nature ou sous la contrainte. Les chercheurs espagnols évoquaient l’influence parfois bénéfique de la réprimande ou la possibilité d’établir des liens avec qui on le souhaitait. Des éléments peu en accord avec une vie d’entreprise. "Recourir à un système de valorisation grâce à des points ou des badges peut être efficace dans la phase tactique de démarrage du réseau", souligne Pierre Milcent. Un procédé qui marcherait très bien chez les anglo-saxons, qui apprécient d'avoir ce type de visibilité personnelle, mais beaucoup moins en France. Il est également possible de monétiser cette collaboration (créer du contenu, animer une communauté, partager des informations) mais pour la majorité des professions, il reste très complexe d'indexer la performance des employés sur ce type de critères.

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2 Commentaires

"Tu as quelque chose qui m'intéresse ... ou tu connais quelqu'un qui m'intéresse ... " Tel est le motif de la demande d'entrée en réseau. "Tu as quelque chose qui m'intéresse ... ou tu connais quelqu'un qui m'intéresse ... et je pourrais m'en servir maintenant ou demain." Voilà, selon moi, la motivation de la réponse à la demande initiale. Voilà pourquoi j'accepte une demande de connexion sur Linkedin, Yammer, BNPP People ou même Facebook. Le réseau est par nature demandeur, mais il devient par construction interactif losqu'il y a communauté d'intérêt ou réciprocité possible.
Les communautés (équipes) de projet sont des lieux de collaboration assurée car ils se fondent autour du but commun : la réussite du projet. La collaboration y est juste essentielle, vitale, même si chacun voit la réponse à ses intérêts personnels divergents dans le succès collectif du projet.
Les communautés de pratique s'efforcent de s'organiser avec pour objectif central : la progression individuelle à partir de la mise en commun de pratiques (les bonnes). La collaboration y est plus fragile, moins répandue et nécessite la remise en perspective permanente de son intérêt, à la croisée de l'intérêt commun et des intérêts individuels (même professionnels). Elle n'y est donc pas garantie.
Collaborer par nécessité ou par intérêt, j'observe que la collaboration, non seulement, ne se décrète pas mais elle ne peut pas être stimulée durablement par des incentives exogènes. "J'ai envie ou pas de collaborer" ; "j'ai besoin ou pas de collaborer (du moins je le ressent)": il en va de même pour celui avec j'aimerais collaborer.
Mes expériences de responsable du KM me montrent que finalement, pour développer la collaboration au-delà des frutsres outils IT dont nous disposons, nous pouvons mettre en place un community management avec des community managers dédiers (ce beau métier qui reste encore à construire); à charge pour eux de construire des passerelles par-dessus les égoïsmes et les réflexes égocentriques particulièrement cultures latines et dans les grosses entreprises, où le Je prime encore le Nous.
Dernière considération, si je collabore un peu au sin de mon entreprise, un peu dans ma famille, un peu sur FB, un peu en bénévole dans une association, un peu avec ... est ce que cela ne fait pas de moi un individu qui, au final, collabore beaucoup dans un cadre de multi-appartenance communautaire?. Par ailleurs, un individu comme cela ira collaborer là où il estime que c'est plus facile pour lui et plus gratifiant.
D'après moi, la collaboration en entreprise ne s'exerce qu'après l'adhésion aux valeurs et à la stratégie de l'entreprise, là où l'objectivation et la valorisation collectives l'emportent l'individualisation de la performance, si le management témoigne de sa motivation à collaborer au plus haut et quand les plaisirs du travailler ensemble et les fruits de l'entraide sont mis concrètement en avant.
Complexe, tout cela. Voilà ce qui fait de la collaboration et du Knowledge Management un sujet crucial et passionnant.

Soumis par Ian Poinsenet (non vérifié) - le 23 janvier 2012 à 14h41

Même si cette article date d'il y a plus d'un an, il reste toujours valable. Merci Mathieu pour ton insight sur la culture d'entreprise que je partage.
Personnellement je m'adresse plus à des petites structures que j'incite à créer cette culture d'entreprise dès le 1er jour car ça met les standards au niveau que l'entrepreneur veut deliver son produit/service et le jour il/elle veut développer son Business et servir plus de clients, il faudra s'entourer de personnes qui adhèrent à sa manière de voir les choses et aà comment il/elle veut servir ses clients.
Qu'en pensez-vous?
http://famactive.com/ressources/creation-entreprise/pourquoi-jai-refuse-des-articles-ecrits-gratuitement-dans-mon-magazine-authentik-famactive/

Soumis par asmaa - le 05 avril 2013 à 17h56

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