La culture par objectif favorise le télétravail

Par 28 avril 2008

La mode des équipes virtuelles gagne t-elle les entreprises ? Le modèle, relativement répandu aux USA, est encore émergeant de ce côté de l'Atlantique.

"Toutes les entreprises et organisations s'appuient sur des équipes virtuelles", a déclaré Michael Beyerlein, chef du Département de leadership organisationnel et de supervision à l'université de Purdue (Etats-Unis). Selon la définition de l'expert, une équipe virtuelle se définit comme un groupe de travailleurs poursuivant un objectif commun et collaborant via des communications électroniques plutôt que des rencontres régulières. Un modèle reposant notamment sur des solutions d'e-mailing et de visioconférence, et que l'universitaire se propose d'évaluer dans l'étude "The Handbook of High Performance Virtual Teams : A Toolkit for Collaborating Across Boundaries". Pour le chercheur, l'expertise est dispersée à travers le globe. Aussi est-il nécessaire pour mener à bien un projet d'aller là où les gens sont. "Il n'est pas concevable de dépenser tant de temps et d'argent pour les faire se rencontrer physiquement", estime t-il.
Communications non verbales
"Ce fonctionnement est courant  aux Etats-Unis et dans le monde anglo-saxon depuis plusieurs années", explique Gabriel Cian, président et fondateur du fournisseur de prestations en services de télétravail Progonline. En France, le marché n'est qu'émergeant, poursuit-il. Un constat lié à des caractéristiques culturelles : "le management par objectif est moins développé chez nous, on est plus dans une logique d'obligation de moyens, de présence par exemple, qui est moins compatible avec la prestation à distance". Pour Michael Beyerlein, l'alternative de l'équipe virtuelle s'impose, avec son lot d'avantages et d'inconvénients dont "il faut être conscient pour générer des interactions productives". Avec au premier rang des difficultés : la disparition des signaux de communication dits non verbaux. "Lorsqu'un projet est en retard par exemple, la manifestation d'un mécontentement peut passer par des attitudes, un mode moins formel que l'écrit dont le caractère explicite peut s'avérer brutal", commente Gabriel Cian. La dépersonnalisation de la relation professionnelle et la sensation de "perte du lien social" seraient d'autres arguments en défaveur de la relation de travail à distance.
Vers plus de télétravail
Pour pallier ces ressentis négatifs, le rapport américain préconise notamment la tenue de réunions de lancement de projet "en personne". Un moyen de découvrir ses collègues, de fixer clairement les objectifs et les jalons. "Pour les initiatives complexes, il est plus efficace de se rencontrer",estime Gabriel Cian qui ajoute que "certaines solutions très réalistes de visioconférences ou de téléprésence sont toutefois de bonnes alternatives". Sur la question de l'avenir de la collaboration à distance, ce dernier avance que le développement de ces technologies rendra de moins en moins nécessaire la rencontre physique. Une évolution qui impliquera toutefois des changements importants de la culture managériale, notamment en France, où le télétravail ne concerne que des entreprises à taille réduite et au budget serré. "D'ici environ cinq ans, la collaboration et le travail à distance seront mieux ancrés", conclut Gabriel Cyan.

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