De la réduction des coûts à l’optimisation du système d'information bancaire

Par 26 août 2003

Jean de Chambure (responsable éditorial à l’Atelier) et Dominique Piotet (directeur des études de l’Atelier) ont rédigé pour la revue Banque stratégie (juillet-août 2003), un article de fond sur les enjeux de l’optimisation des systèmes d’information ...

Jean de Chambure (responsable éditorial à l’Atelier) et Dominique Piotet (directeur des études de l’Atelier) ont rédigé pour la revue Banque stratégie (juillet-août 2003), un article de fond sur les enjeux de l’optimisation des systèmes d’information des établissements bancaires. En voici le texte principal. Le système d’information est aujourd’hui aux banques de détail, ce que l’usine est aux constructeurs automobiles. Devenu en trente ans un véritable usine de production, il représente des dépenses équivalent à 8 à 10 % des revenus des banques ! Dans un contexte d’optimisation des coûts, pour les banques, la rationalisation de leur système d’information représente donc un enjeu stratégique de plus en plus important. Une étude menée par l’éditeur SAP en mai 2002 auprès de 300 décideurs du secteur banque & assurance, a montré que ces derniers sont 83 % à penser que leur système d’information est le levier le plus important pour rationaliser leurs coûts . Or, trois éléments rendent ce système d’information difficile à faire évoluer. - Premier élément, ce dernier est constitué d’un existant important, souvent hétérogène. Le cœur du système est généralement ancien, développé dans des langages qui sont peu usités aujourd’hui. Pourtant, tout repose sur cet héritage. Les différentes fusions et rapprochements n’ont souvent pas simplifiés les choses. On parle fréquemment de plat de spaghetti pour évoquer ce système d’information bancaire. Ajouter de nouvelles applications, faire le ménage dans les anciennes peut alors relever du cauchemar, et faire table rase n’est tout simplement pas possible ! - Deuxième élément, ce système est de plus en plus sollicité. L’ouverture de banques multicanal multiplie à la fois les portes d’accès et le nombre d’utilisateurs. Dès lors, la maîtrise de la sécurité et la gestion simultanée d’un nombre important d’utilisateurs, deviennent des enjeux stratégiques incontournables. - Troisième élément, les banques sont soumises à de nouvelles contraintes réglementaires qui ont un impact informatique fort. Les normes comptables IAS imposent aux entreprises de repenser en partie leur modes de reporting, et les banques n’y échappent pas, bien au contraire. Et tout doit être prêt pour 2005 ! Par ailleurs, les nouveaux ratios prudentiels imposés par la conférence de Bâle 2, et notamment le ratio Mac Donough, impose d’intégrer le risque informatique dans les ratios. Dans un tel contexte, doublé d’un environnement économique toujours assez morose et de la nécessité de prévoir d’éventuels rapprochements (donc, de nouvelles fusions de système informatique…), maîtriser les coûts informatiques peut apparaître de l’ordre du casse tête chinois pour des dirigeants qui sont avant tout des financiers et des spécialistes de la gestion des risques. Luis Leamus, senior Vice Président du Cabinet Meta Group, disait récemment dans une interview « Il faut prendre en considération pour la réduction des coûts – informatiques ou non – la productivité, le marketing, le contrôle du risque, la planification à long terme, la compétitivité, l’amélioration des processus de l’entreprise… » Une conférence organisée par l’Atelier BNP Paribas avec IBM le jeudi 3 avril 2003, a permis de réfléchir sur deux leviers majeurs pour envisager ce sujet, dans une logique d’optimisation plutôt que dans une sauvage opération de réduction des coûts, dont les conséquences sont souvent incertaines. Deux axes peuvent ainsi être dégagés : d’une part l’optimisation de l’infrastructure, d’autre part une meilleure allocation des ressources, notamment dans le développement et la maintenance des applications métiers. L'amélioration des infrastructures : une prioritéAprès deux années de concentration des investissements informatiques vers la mise en place d’applications génériques ou métiers, accessibles via le réseau IP, la nécessité de faire évoluer l’infrastructure des systèmes d’information s’avère de plus en plus pressante pour les entreprises, et en particulier pour les groupes de services financiers. Ainsi, au niveau mondial, selon le cabinet d’études IDC, 50 % des budgets informatiques des grandes entreprises devrait être uniquement dédiés à l’amélioration des infrastructures ; du côté du secteur Banque/Assurrance, d’après une étude du cabinet Datamanitor, 68 % des dirigeants du secteur déclarent vouloir augmenter leur investissement dans l’infrastructure informatique. Que recouvre cette notion d’infrastructure ? D’une part, le matériel (serveurs, équipements de stockage de données, PC…). D’autre part, l’architecture informatique, la charpente interne : ce qui doit permettre aux applications, au moins de fonctionner, au mieux de pouvoir communiquer facilement entre elles. Notamment pour fluidifier les processus métier, et donc améliorer le temps de production des tâches opérationnelles. Dans ce domaine, les solutions EAI (Enterprise Application Infrastructure) ont un temps tenu le haut du pavé. Initialement conçus avec des protocoles de communications spécifiques, une architecture centralisée, des licences d’exploitation propriétaires et onéreuses, ces systèmes se sont souvent avérés trop ambitieux pour être terminés à temps et dans la limite des budgets alloués. A la manière des grosses applications ERP ou CRM, ces démarches semblent de plus en plus proscrites par les directions informatiques. Habituellement plus optimiste, le cabinet d’étude Forrester Research remarque ainsi que 35 % des projets EAI n’ont pas abouti à temps et ont dépassé le budget global qui leur était consacré au départ… Cependant, les enjeux restent plus que jamais présents. Faire coïncider les applications hétérogènes, dans un environnement commercial où la notion de services financiers globaux prend le dessus sur celle d’activité bancaire unique, cela devient même parfois urgent. Comment concilier ces impératifs sans s’embourber dans des projets d’infrastructure pharaoniques ? Et en se tenant à son budget de départ ? En misant sans doute sur la seconde génération d’EAI. Ces offres se nomment ESB (Enterprise Service Bus), SOA (Service Oriented Architecture), ou même encore EAI – peu importe les acronymes ! Ce qui compte, c’est de quelle manière celles-ci diffèrent des premières solutions EAI. Soutenues par des protocoles de communication de plus en plus universels (SOAP/HTTP, UDI, XML…), que l’on nomme web services, ces nouvelles offres donnent d’emblée deux avantages clefs aux directions informatiques : leurs standards « ouverts » sont accessibles à une partie des développeurs internes, et ne nécessitent donc pas de développements spécifiques ; ces derniers viennent souvent plomber les budgets informatiques internes. D’autre part, ces nouvelles architectures ont été conçues de manière distribuée, avec des « connecteurs intelligents » qui aiguillent les flux au bon endroit, sans engorger un système central. Il s’agit donc d’une architecture plus souple. Comme un jeu de Lego, cette dernière peut s’implémenter progressivement, sur plusieurs années. On relie d’abord les applications les plus usitées, puis on crée de nouvelles passerelles au fur à mesure des nécessités commerciales et des lignes budgétaires… Cette démarche, encore émergente en France, devrait être la tendance lourde des stratégies informatiques des trois prochaines années. C’est ce qu’il ressort de plusieurs études, à l’instar de celle produite par le cabinet spécialisé Zapthink (avril 2003), qui prévoit que le marché des « SOA » passera de 120 millions de dollars en 2003 à 8,3 milliards de dollars en 2005… Ceci, au détriment des premières offres EAI traditionnelles, condamnées à disparaître. Le développement des applications métiersSecond chantier pour optimiser ses coûts : le développement et la maintenance des applications métiers. Christian George, manager de l’offre Application Management Services (AMS) d’IBM, en Belgique et au Luxembourg, explique que « 70 % des coûts IT des entreprises proviennent du développement d’applications ». Comment optimiser ces dépenses ? En prenant le problème de manière globale, avec une méthodologie qui permette de prendre en compte le développement et/ou la mise à jour d’une mosaïque d’applications internes, tout en faisant appel à des partenaires externes offrant des développements jours/hommes plus compétitifs qu’en Europe de l’Ouest ou en Amérique du Nord. Résultats promis : sur sept ans, une baisse des coûts de plusieurs dizaines de pourcents. Cette délocalisation des services informatiques, ou off shore programming selon le jargon en vigueur, est particulièrement perceptible aux Etats-Unis. D’après le Meta Group, 30 % des prestations informatiques intègrent déjà un volet off shore. Selon le Gartner Group, ce type de service, inclus dans une offre globale de gestion d’application, va devenir une tendance de fond inéluctable pour le marché des services informatiques. Il contribuera grandement au 3,5 % de croissance mondial du marché prévu par ce dernier. D’ici deux ans, L’Europe aura rejoint le niveau des Etats-Unis, et la plupart des sociétés de services financiers devront s’adapter à cette tendance pour rester compétitives dans la gestion globale de leur budget informatique. Outre IBM, un bon nombre de SSII se sont déjà positionnées en France sur ce créneau. Parmi les plus importantes, on peut citer Cap Gemini et Unilog. Cette dernière adopte un concept progressif qui mélange prestations « off shore » (Inde) et « nearshore » (Maroc, Tunisie, Roumanie, Espagne, Russie). Mais au-delà du choix de proximité géographique des développeurs, ce qui paraît essentiel pour structurer correctement ce type d’offre, c’est la présence d’un intermédiaire qualifié, capable de faire le pont entre les demandes pressantes de l’entreprise, et les questions ou les réponses du groupe de développeurs russes, hindous, marocains ou roumains… Ce qui représente donc aussi un nouveau coût ! Mais ce dernier s’avère minime par rapport à la réduction globale des dépenses que permet la mise en place de tels projets sur plusieurs années. Les banques sont aujourd’hui confrontées à un système informatique (SI) qui ne représente plus seulement un enjeu technologique et économique, mais une nécessité stratégique. Face à la complexité de leur SI et la nécessité de réduire leurs coûts, il leur faut comme le dit René Char « Agir en primitif et prévoir en stratège ».

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