Denis Ettighoffer : "le principal écueil des TIC : le travail en miettes !"

Par 09 septembre 2005
Mots-clés : Smart city

Depuis plus de 15 ans, Denis Ettighoffer, consultant spécialisé sur l'impacts des TIC, réfléchit sur la meilleure façon de faire coïncider au sein des entreprises l'ouverture aux innovations des...

Depuis plus de 15 ans, Denis Ettighoffer, consultant spécialisé sur l'impact des TIC, réfléchit sur la meilleure façon de faire coïncider au sein des entreprises l'ouverture aux innovations des TIC et bonne gestion du temps !

Penseur actuel de l'organisation face aux nouvelles technologies, Denis Ettighoffer a connu l'époque où "les gens sérieux" pensaient que les usages de la micro-informatique seraient cantonnés au simple traitement de texte ! Pour l'Atelier, il évoque les principaux écueils face aux TIC, et revient sur les principes essentiels pour mieux gérer son temps face aux TIC. A bon entendeur…

L'Atelier - Bonjour, Denis Ettighoffer. Les TIC nous font gagner du temps, mais parfois elles nous amènent à mal l'utiliser… Face ce problème, quels sont les pièges récurrents auxquels sont confrontés les entreprises ?

Le principal effet pervers de l'utilisation quotidienne des TIC, c'est le travail en miette ! L'on est distrait par des informations souvent périphériques à ses activités professionnelles, l'on se montre de plus en plus impatient à recevoir, envoyer ou répondre à des courriels qui viennent tout au long de la journée sur votre messagerie constamment ouverte…

Autant de sollicitations dont il faut savoir se détacher pour les gérer avec bon sens, c'est-à-dire en les hiérarchisant. Savoir dire non, s'isoler pour produire plutôt que constamment communiquer… Avec l'addiction de plus en plus fortes que procurent les TIC (emails, terminaux mobiles, téléphones fixe, Web, outils collaboratifs…), c'est de plus en plus dur !

Sur ce sujet, les solutions sont simples, mais délicates à mettre en œuvre. Premier point, les recrutements RH axent de plus en plus leur sélection sur le profil psychologique du futur employé afin de déterminer si "c'est une personne solide", si elle est en mesure de guider sa vie professionnelle sans se diluer dans des actions non essentielles. Les TIC donnent par principe à tous les collaborateurs d'entreprise une très forte autonomie. Reste à savoir s'ils sont au départ en mesure d'en tirer parti…

Second point, les guides de bonne pratique, les règles à suivre et les actions à éviter ! Un bon guide, court mais complet, et intelligemment diffusé, vaut mieux qu'une série de colloques !

L'arrivée d'Internet dans les entreprises a-t-elle accentué ces risques de perte de temps ?
Internet est d'abord un fantastique outil de productivité : recherche d'information optimisée, amélioration des processus de travail, meilleur partage de l'information… L'on peut même réussir soi-même à résoudre certaines "pannes informatiques" grâce au téléchargement souvent gratuit de solutions sur mesure.

Lorsque l'on se souvient qu'au début des années 80, les "gens sérieux" des entreprises ne voulaient voir dans l'informatique qu'un nouveau mode de traitement de texte ! Que les premiers réseaux informatiques d'entreprise étaient limités à l'automatisation des processus, sans autres formes de collaboration : gestion de projet, échanges d'idées… Pas mal de chemin a donc été accompli.

Toutefois, l'arrivée d'Internet a accentué les possibilité de se distraire de son travail : que se soit en se perdant dans des recherches sur la Toile, en consultant des sites non rattachés à ses activités professionnelles, en attendant frénétiquement le moindre email, ou en écrivant un courriel à tous ses collaborateurs dès lors que l'on a accompli une tâche !
Face à cette sorte de "grippe Internet", que doivent faire les entreprises ?
Il faut responsabiliser plutôt qu'interdire. Quelle serait l'image d'une entreprise qui interdirait le Web à ses collaborateurs ? Limiter son utilisation en "black listant" des mots-clefs et/ou des sites personnels, c'est aussi une erreur. D'une part, parce qu'il existera toujours un moyen technique de contourner ces limites. D'autre part, parce que cela infantilise les employés. Mieux vaut une charte d'utilisation rappelant que des contrôles sur l'usage d'Internet peuvent être effectués… Cela responsabilise davantage.

Le télétravail est-il advenu et nous fait-il gagné du temps ?
Il y a d'abord un problème dans la définition du "télétravail". Le télétravail, ce n'est pas le fait administratif qu'un salarié soit admis à travailler chez lui. Ce critère de calcul est limitatif et insignifiant. Le télétravail doit être considéré comme une "rupture des espaces de travail spécialisé". Cette "dé-spécialisation des espaces de travail" va de paire avec une forme d'abolition du temps de travail limité. Cela peut être très efficace pour l'entreprise et son collaborateur, mais aussi dangereux pour ce dernier s'il ne sait pas mettre ses propres limites.

Jean de Chambure, pour l'Atelier

(Atelier groupe BNP Paribas - 09/09/2005)

Pour en savoir plus :

http://www.eurotechnopolis.com/
http://www.ettighoffer.com

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