Quand le désir d'harmonie influence l'opinion collective

Par 06 juin 2011
Mots-clés : Smart city, Europe
Foule

Le principe de l'intelligence de la foule connaît une limite : celle de la volonté de consensus. Ainsi, la perception des idées des autres peut amener à modifier les siennes. Sur le web, ce constat se discute.

La "sagesse des foules", révélée au début du siècle dernier par le chercheur britannique Francis Galton, met en évidence le fait qu’une foule est toujours plus proche de la réalité qu’un individu seul. Pourtant, une récente étude conduite par l’institut ETH de Zurich tendrait à prouver le contraire : lorsque qu’une influence extérieure existe, même minime, le principe de sagesse des foules est remis en question. En clair : pour les chercheurs, le jugement individuel prévaut au départ sur le collectif. Mais l'opinion collective joue un rôle déterminant. Ainsi, le "désir d’harmonie" porté par la majorité des individus ferait que le désir d'un consensus serait plus fort que la recherche d’une bonne réponse. Un constat qui se prolonge sur le web : avec l’avènement du moi hyper connecté via les réseaux sociaux, les scientifiques reconnaissent qu’il est aujourd’hui presque impossible de ne pas être influencé.

Un désir d’harmonie

Ce qui a, selon eux, comme conséquence de biaiser les jugements. Pour Anthony Poncier, consultant et directeur en management et stratégie collaborative chez Uséo, cette étude n’est cependant pas forcément en phase avec la réalité d’Internet. "A priori, cette étude se base sur le fait que tous les intervenants ont le même niveau d’influence. Sur le Web ce n’est pas le cas", explique t-il à L'Atelier. Et d'ajouter : "En conséquence, la valeur d’une information varie en fonction du niveau de réputation de l'émetteur et du nombre de fois où elle est reprise". Et de noter qu'à son sens, ce qui est important n’est pas d’aligner un ensemble de points de vue uniques, mais plutôt de créer une co-construction dont l’objectif est de créer une synergie dans les communautés.

Une étude sous influence

Pour information, l'équipe de chercheurs pluri-disciplinaires a mené l'expérimentation auprès de 144 étudiants qui devaient indiquer la densité de population en Suisse et la longueur de la frontière entre la Suisse et l’Italie. Deux panels ont été constitués, le premier étant informé de la valeur moyenne des résultats. Le second ayant, lui, reçu un aperçu détaillé de chacune des réponses proposées. Ces résultats ont été comparés avec ceux d’un groupe de contrôle qui n’avait reçu aucune indication. Pour stimuler la performance des participants, une récompense financière était attribuée en fonction des bons résultats. Les résultats des deux premiers groupes montrent qu’une influence externe, ici les réponses des autres participants, a conduit vers un consensus ayant eu pour effet d’amplifier les mauvaises réponses.

 

 

 

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