"Le développeur va s’impliquer de plus en plus dans les problématiques de business"

Par 07 juillet 2014
Emmanuel Gueidan FocusMatic

Le rôle du développeur va au-delà de la simple correction de "bugs" informatiques. Celui-ci doit davantage interagir avec les utilisateurs et les grands groupes gagneraient à décloisonner ses compétences.

En complément de l’enquête "Comment la France cherche-t-elle à valoriser les développeurs ?" entretien avec Emmanuel Gueidan, concepteur et développeur, ergonome et designer, co-créateur de la startup FocusMatic, spécialisé dans les solutions analytiques pour aider les clients à gérer les Big Data, "la montagne d’informations" laissées sur le web.

L’Atelier: Quel est le quotidien d'un développeur ?

Emmanuel Gueidan : En parlant du développeur, de toute évidence, on pense à l'écriture du code, son activité première. Ecrire du code, ça veut dire corriger des "bugs", développer de nouvelles fonctionnalités ou simplement améliorer l'outil créé. Mais son travail ne se limite pas au code. On n'évalue pas un développeur au volume de code qu’il compose mais bien à la qualité des fonctionnalités qu'il livre. En tant que développeur, on met un point d'honneur à prendre le temps de passer par l'étape conception avant de se lancer dans la programmation car le code doit vraiment être la réalisation de tout un processus...

Au quotidien, les développeurs dans le milieu startup sont aussi amenés à avoir beaucoup d'interactions avec des utilisateurs ou leurs représentants afin de mieux comprendre les fonctionnalités à implémenter. L’interaction et le travail en équipe sont également primordiaux, notamment pour une question de complémentarité des compétences.

En outre, un développeur lit beaucoup, se documente sur l’évolution des nouvelles technologies ce qui fonctionne bien ou mal, des études de cas… C’est utile pour évaluer si les techniques sont transposables dans d'autres contextes, etc…

Comment voyez-vous l'avenir du métier de développeur ?

Dans les startups, l'avenir du développeur sera de moins en moins cloisonné. Il sera plus impliqué dans les problématiques de business, ce que ne permettent pas les structures hiérarchiques des équipes R&D qui existent dans les grandes entreprises. Le développeur sera plus proche des utilisateurs et du besoin final. L'avenir c'est également plus de variété technologique, et donc plus d'agilité. Le développeur devra plus que jamais se maintenir au goût du jour dans les nouvelles technologies à la fois pour améliorer son travail au quotidien mais aussi ses perspectives de carrière.

On parle de plus en plus des développeurs à cause de la place de l'informatique dans notre société. Si le développement paraît tant à la mode, c'est à mon sens parce que les startups sont très en vogue et touchent souvent le public via le développement de sites web, d'applications mobiles, etc... Le corollaire de cette médiatisation des startups est que le grand public est très à l'affût des nouvelles idées, et ne peut pas ignorer le rôle du développeur et celui du designer dans la réalisation de ces outils.

Au regard de votre expérience, que pensez-vous de la différence entre une startup et un grand groupe dans la mise en valeur des talents des développeurs ?

La fiche de poste est souvent plus riche dans une startup que dans un grand groupe, et cela est directement lié au manque de personnel qui n'incite pas à se cantonner dans son titre au sein de la startup. On y est donc moins cloisonné, on touche à plus de domaines, on peut laisser libre cours à sa créativité et ses talents. Dans des activités de développement au sein de grandes entreprises, on est confronté à plus de lourdeurs et de restrictions. Les responsabilités du développeur y sont parfois assez restreintes et ne présentent pas un enjeu transcendant, laissent peu de place à la créativité et à l'interaction avec l'utilisateur final. Cela dit, de grosses entreprises visent à s'inspirer des avantages de la startup de ce point de vue. Les "journées libres" lancées par Google, laissent les développeurs réaliser ce qu'ils veulent et valoriser ainsi leur créativité.

Pensez-vous que des événements médiatiques comme Le Meilleur Dev de France permettront à terme la compréhension de la dimension "artistique" du code au grand public ?

Ces initiatives permettent en effet de médiatiser ce métier, tout comme les hackathons, ces concours où on enferme des développeurs et designers dans un même lieu pendant 24h à l'issue desquelles on désigne les meilleurs projets. S'ils sont bien relayés, ces événements permettent de montrer la valeur de ces gens capables d'avoir des idées brillantes et de les traduire très rapidement en quelque chose d'utile. Je pense en effet qu'ils contribuent à améliorer la visibilité du métier.

En revanche, la perception de la dimension artistique reste une question délicate. On a tous déjà utilisé une application où l'on s'est dit : "les mecs qui ont fait ce truc là, ils sont vraiment très très forts parce que cette application est géniale !". Mais de là à savoir si cela permettra de comprendre l’art du code, ce n’est pas si évident. Pour beaucoup de gens, le développement reste un peu abscons, quelque chose qui se passe sur des ordinateurs et un peu difficile à appréhender. Mais il y a peut-être aussi quelque chose de générationnel, à l'ère du web, ces outils paraissent de plus en plus essentiels et dans un contexte où l'exigence est de plus en plus haute, ils se doivent d'être bien développés. Si les développeurs et les designers sont bons, leurs travaux peuvent avoir un impact positif sur l'usage quotidien de ces technologies.

Dans une perspective de sensibilisation du grand public à l'art du code, que pensez-vous de l'idée d'un enseignement de la programmation dans un cadre scolaire ?

C'est un bon outil d'apprentissage car cela enseigne la logique, aide à structurer sa pensée et se révèle un bon moyen pour exprimer sa créativité. Par ailleurs, le développement a un aspect extrêmement gratifiant car le retour en investissement peut être immédiat : en écrivant une ligne de code, on voit apparaître un bouton. Après, je ne pense pas qu'il faudrait que tout le monde sache coder, de la même manière que tout le monde ne doit pas nécessairement être bon en maths… Cela reste plus important de savoir parler anglais.

 

Retrouvez l'enquête de L'Atelier "Comment la France cherche-t-elle à valoriser les développeurs ?"

 

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