[Digiworld Summit] “Le Digital Mall ultime, c’est le web”

Par 25 novembre 2013
Tristan Nitot

Alors que deux marketplaces dominent les applications à but ubiquitaire, Mozilla milite pour un nouveau monde digital.

Interview de Tristan Nitot, Principal Evangelist et fondateur de Mozilla Europe à la suite de son intervention dans la table ronde Digital Malls du Digiworld Summit 2013.

L’Atelier : Vous nous avez expliqué que votre concept est que Le Web est un espace ouvert où chacun peut participer et apporter une richesse et une diversité unique. Y ’a t-il une opposition avec l’environnement des marketplaces mobiles actuelles ?

Tristant Nitot : Il existe indéniablement de bons côtés au système des marketplaces dominantes. La monétisation est un facteur important. Je trouve plutôt sain d’utiliser une démarche impliquant des transferts de « cash » plutôt que les données personnelles. D’autre part, cela répond aux attentes actuelles des consommateurs mobiles, même si les tendances peuvent très vite changer. Mozilla possède également une marketplace mais son utilisation n'est pas requise pour les développeurs qui peuvent distribuer leurs applications directement depuis leur site. Par ailleurs, il est possible  d'effectuer une recherche depuis l'écran d'accueil et de consulter les applications les plus pertinentes grâce à la technology everything.me. Plutôt que de fouiller les rayons, la démarche permet de consulter et d’utiliser des applications sans au préalable installer quoi que ce soit. En fait si je devais faire un parallèle, il y a un aspect similaire à l’arrivée de Google sur les moteurs de recherche. Avant Google, le modèle dominant était celui de Yahoo qui proposait une arborescence à descendre avant de pouvoir trouver le bon lien. Google est arrivé avec simplement une barre de recherche et deux boutons.

Comment “émerger” pour un acteur comme Mozilla sur mobile ?

De manière analogue aux systèmes d’exploitation dans le monde du PC, il n’y a pas de place pour trois acteurs. Il en existe deux dominants aujourd’hui, et tout le monde se bat pour la troisième place. Mais en fait, personne ne veut être troisième mais plutôt chercher l’opportunité d’acquérir la deuxième place. Lorsque l’on est développeur, programmer une fois c’est difficile, le refaire une seconde fois est très ennuyeux et une troisième fois ce n’est tout simplement pas possible ! Même Apple a arrêté Safari pour Windows alors que Microsoft détient 85% de part de marché sur les systèmes d’exploitation. C’est exactement la même chose sur mobile. Il faut avant tout construire un écosystème viable. Nous sommes une organisation à but non lucratif, notre philosophie est donc tournée vers la construction du meilleur internet possible y compris sur mobile, ce qui constitue de fait un intérêt différent par rapport à une entreprise.  

Il n’y a pas de souci à ce qu’existent les marketplaces d’Apple et Google, nous militons seulement pour que soient disponibles les applications pour d’autres modèles. D’ailleurs, Firefox a développé un système permettant d’installer des applications HTML 5 sur Androïd. En ouvrant la porte vers le numéro 1, nous supposons que tout le monde y viendra.

Mais alors quel lien avec les Digital Malls qui était le sujet de la table ronde à laquelle vous avez participé  ?

Les Digital Malls seront les endroits dans lesquels on consomme du contenu, des produits. L’inconvénient est qu’il s’agit d’une sorte de “plateforme propriétaire”. Quelqu’un détient un emplacement, le gère, peut éviter qu’il n’y ait trop de concurrents… Le Mall ultime, c’est le web. Le Web, c’est la rue dans ce qu’elle a de plus libre. Dans ses principes, il n’est pas besoin de négociation avec un propriétaire, on ne peut pas refuser la concurrence. De plus, le Web est lié à l’innovation. On part d’une idée et émerge alors au bout d’un processus l’innovation technologique. Il est désormais rarissime que de grosses entreprises sortent beaucoup d’innovations comme ont pu le faire Dropbox, Evernote ou Twitter. S’il y a beaucoup de “morts”, il y a surtout plus de richesse créée. Cependant, cet écosystème innovant et dynamique suppose qu’il n’y ait pas de barrière à l’entrée.

Vous avez évoqué durant votre intervention la construction d’un monde digital à léguer à nos enfants. Comment imaginez vous celui-ci ?

Il s’agirait d’un monde plein d’opportunités pour tous ceux qui veulent créer. Ce serait également un espace de contrôle par l’utilisateur. Qui dit contrôle dit personnalisation et contextualisation mais par l’initiative de l’utilisateur. Mon pire cauchemar serait de voir l’émergence de la télévision 2.0 où l’on consommerait de façon passive et où l’on est surveillé. La question des données personnelles est donc primordiale. Pour cela, il faut que le web devienne la plateforme unique. Dans ce monde, Mozilla ne serait bien sûr pas le seul à fournir des applications, tout le monde pourrait le faire. Ainsi, le mobile pourrait répondre à n’importe quel type de besoin, émanant de n’importe qui et sur n’importe quel device.

Pour favoriser le contrôle des données faut-il réguler, encourager les bonnes pratiques ?..

On peut légiférer sur des choses comme la neutralité du net. Il s’agit d’un fondement essentiel du web et cela doit perdurer. Mais légiférer sur des points précis est à la fois difficile et dangereux. De toute façon, la technologie est plus rapide et plus souple que le circuit législatif mais un cadre trop dur freinerait tout de même l’innovation. Le Web comme vraie plateforme constituerait un premier pas mais ne serait pas suffisant. Beaucoup d’autres choses restent encore à inventer. Mêmes les acteurs de la publicité le disent, il existe une vraie défiance par rapport au pistage. Il faut donc continuer à innover, à imaginer pour que l’utilisateur reprenne le contrôle.

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