Le diplôme universitaire est-il mort?

Par 05 novembre 2015 4 commentaires
Diplômes universitaires

Face au succès grandissant des MOOCs et au coût prohibitif de certaines écoles, la tentation de se former seul en ligne peut-elle être une menace pour les universités et grandes écoles ?

Alors que les formations dans les grandes écoles sont de plus en plus coûteuses sans offrir d’assurance d’embauche à l’issue de celles-ci, les mentalités commencent à évoluer et certains se demandent si le jeu en vaut vraiment la chandelle. La déferlante des MOOCs, à partir de 2012 notamment, a rendu l’accès à différentes formations très aisé, il suffit d’une connexion internet pour suivre des cours des meilleures universités mondiales sur des plateformes comme Coursera

Cependant, jusqu’à récemment, ces formations en ligne n’étaient pas vraiment reconnues ni même tout simplement connues par les employeurs. Comme l’explique Clément Lhommeau, auteur de L’apprentissage à l’épreuve du numérique : “Un recruteur préférera souvent un candidat sortant d’une Grande Ecole ayant pignon sur rue mais n’ayant pas fait de MOOC face à un candidat venant d’une petite école ou autodidacte mais ayant suivi dix MOOCs d’HEC et d’Harvard.

Des certifications en ligne qui commencent à être reconnues

La tendance actuelle est aux badges et aux certificats de cours en ligne. On peut par exemple après une session d’exercices sur l’application Duolingo afficher un badge sur son profil LinkedIn donnant une estimation de son niveau dans la langue étrangère pratiquée. Des initiatives venant de tiers se développent afin d’assurer toutefois l’impartialité du badge en ligne, Open Badges de la fondation Mozilla en est un bon exemple.

 

open badges

Quelques exemples de certifications sur Open Badges de Mozilla

Il en est de même du côté des programmes dits “bootcamps” comme l'offre de General Assembly pour apprendre à coder en quelques semaines. Depuis 2015, General Assembly propose d’obtenir un certificat vérifié. Intéressant quand on sait que ceux qui suivent ces programmes ont un taux d’embauche de 75 à 95% à la sortie.

Cependant, Clément Lhommeau tempère ce constat: “la plupart des certificats délivrés à l’issue des MOOCs ne sont que des certificats de validation du bon suivi de ceux-ci, ils sont par contre loin d’être sûrs à 100% car ils ne permettent pas de prévenir la triche en ligne.”  

Les cours en ligne, l’alternative alliant flexibilité et crédibilité

Le compromis concernant le risque de fraude et l’aspect certifié pourrait venir des universités. En effet, de plus en plus choisissent le format des cours en ligne qui autorisent l’étudiant à étudier depuis chez lui sur son ordinateur mais avec un format d’examen en présentiel surveillé.

La prestigieuse université américaine Georgia Institute of Technology permet par exemple à ses étudiants de suivre entièrement en ligne un Master of Science d’informatique et d’en obtenir les crédits, le tout pour un coût réduit de 7000$ soit trois fois moins que le coût du même master sur place. Dans d'autres universités, pour éviter les fraudes, des services de surveillance des étudiants à distance émergent en complément. On peut ainsi suivre l’étudiant pendant qu’il passe le test par webcam pour suivre son regard ou encore traquer sa vitesse de frappe pour s’assurer qu’il est bien l’auteur d’un texte même si aucun système seul n’assure une fiabilité totale. ProctorU est une entreprise qui permet de réaliser des examens à distance avec l’alliance de toutes ces méthodes pour assurer une cohérence entre identité physique et identité numérique. Cependant, le titre obtenu n’est encore qu’un certificat non reconnu par l’Etat.

Cours en ligne

Le format “blended” est par ailleurs très prisé, les étudiants ont accès au cours en ligne depuis chez eux et viennent ensuite aux cours pour échanger, poser des questions ou encore faire des cas pratiques. Clément Lhommeau le confirme: “Le présentiel reste essentiel à l’apprentissage. Les étudiants auront toujours besoin d’interagir avec les enseignants, la formation ne se limite pas qu’à une mémorisation de contenus.” Le MOOC reste plutôt quant à lui une preuve de la motivation de l’étudiant à apprendre sur de nouveaux sujets et de son autodiscipline s’il le termine. Les services de ressources humaines continuent souvent à favoriser les grandes écoles qu’ils connaissent bien pour éviter de prendre des risques même si les mentalités évoluent.

Alors est-ce vraiment la fin du diplôme ?

A l’ère du Big Data où tout est chiffré et analysé, chaque compétence d’un potentiel candidat pourra donc elle aussi être ramenée à un score facilitant le travail des recruteurs et donnant une meilleure visibilité à ce lui qui postule. Mais face à un monde du travail toujours plus difficile pour les jeunes, les diplômes universitaires vont probablement coexister avec les certificats en ligne vérifiés pour les années à venir.

En attendant pendant cette période de transition, des start-up comme I-Def(x) proposent une “traduction” diplôme/compétences et poste/compétences à destination des jeunes et des entreprises. Le but : trouver une solution aux titres de diplômes obscurs ou trop généralistes pour les entreprises, et aider les chercheurs d’emploi à comprendre la réalité que recouvrent certains intitulés de poste.

Le marché de l’éducation valant aujourd’hui mille milliards de dollars, c’est sur un segment attractif que se lancent tous ceux qui travaillent autour des MOOCs et des cours en ligne dont une part toujours plus importante devient payante.

 

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4 Commentaires

Bonjour Constance et merci pour cet article !

Si je peux me permettre une petite correction :

En fait, le MASTER de Georgia Tech est entièrement en ligne sur le principe des Mooc mais tutorés, non hybride. Il n'est cependant pas accessible à tous, il y a une vraie sélection à l'entrée (contrairement aux Mooc qui sont ouverts à tous).
Lancé il y a 2 ans, les premiers diplômés de ce programme particulier sortiront cet hiver.
Contrairement à ce qui est écrit, c'est un vrai diplôme de Georgia Tech qui sera délivré, reconnu dans le monde entier.
Le site : http://www.omscs.gatech.edu/#np-855

C'est le MIT qui propose son Master Supply Chain, numéro 1 des Master dans le monde en supply chain, de façon hybride. Les étudiants suivent 5 Mooc (correspondant au premier semestre) sur 18 mois et un examen supplémentaire.
Si l'apprenant est très bon, il pourra prétendre à faire le deuxième semestre sur le campus du MIT et sortir avec un vrai diplôme de Master Supply Chain.
En général, les diplômés de ce cursus travaillent pour des entreprises comme Apple, Amazon, Dell, Deloitte...
Les premiers diplômés sortiront en juin 2018.
Le site : http://micromasters.mit.edu/

Soumis par Guillaume LAURIE (non vérifié) - le 06 novembre 2015 à 00h08

A travers les exemples cités dans l'article et le commentaire de Guillaume, on voit bien l'intérêt d'une possible articulation entre les certifications des MOOCS et les diplômes universitaires existants. Mais on voit également les risques de confusion possible.

Soumis par Yves LE DUC (non vérifié) - le 06 novembre 2015 à 09h10

Le diplôme Universitaire est mort ! Vive le diplôme universitaire !
En effet, peut être une (longue) transition vers de nouveaux formats de diplômes universitaires plus adaptés aux enjeux et contraintes d'aujourd'hui ?

Pour répondre à l'histoire des certificats : dans la mesure du possible, il faut essayer de distinguer "attestation" et "certificat" ; ce dernier ayant une notion de certification de l'identité et des compétences (donc souvent payant du aux exigences de contrôle).

Quand au présentiel, il est souvent pertinent mais pas toujours essentiel. D'autant qu'aujourd'hui, ce n'est pas la seule modalité pour interagir. J'ai par exemple suivi un master 2 100% à distance, sans présentiel. Les interactions avec les enseignants ont pour autant été très présentes. Il y a aussi des thèmes qui peuvent être assimilés en totale autonomie, où l'obligation d'interaction peut même devenir contraignante. Bref, un MOOC reste un format pas une finalité, qui donc en fonction de la cible, objectif, thématique sera plus ou moins adapté.

Voilà pour ma modeste contribution :)
Leslie

Soumis par Leslie HUIN (non vérifié) - le 06 novembre 2015 à 23h14

Bonjour,

Ce n'est pas encore la fin des diplômes, surtout en France où ils revêtent une importance majeure pour les recruteurs et les employeurs.
Quant à l'auto-apprentissage, seul devant son ordinateur, la recherche a montrée depuis longtemps déjà, qu'elle n'est pas possible pour tous les apprenants. Tant que les MOOC et autres acronymes de la même famille ne disposeront pas d'une véritable pédagogie numérique, et d'un encadrement au plus près, les taux d'abandons et les échecs seront toujours stratosphériques.

Bien Cordialement

Soumis par Jean Frayssinhes (non vérifié) - le 09 novembre 2015 à 10h23

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