Draftback ou l’écriture mise en scène

Par 14 avril 2015
Mots-clés : Smart city, écriture
Lire par dessus l'épaule de l'auteur

Lire un texte comme il s’est écrit, c’est l’idée de Draftback. Cette extension de Chrome permet de voir l’auteur en train d’écrire. Pour changer la lecture ou pour bouleverser les méthodes d’écriture ?

C’est un peu le rêve des exégètes en littérature : voir l’auteur écrire en direct, lire ses brouillons, ses corrections, ses erreurs. Draftback propose désormais cela. Ce petit plugin greffé à Chrome et donc à Google doc enregistre tous les mouvements de l’écriture, comme une caméra filmant l’écran. On peut ensuite revoir le film de l’écriture en cliquant sur le bouton « Draftback » et intégrer la « vidéo » à une page web.

L’idée vient de James Somers, un des développeurs de Genius dont L’Atelier avait déjà parlé il y a quelque temps. La start-up comptait alors permettre aux internautes d’annoter le web dans son ensemble. Draftback poursuit un objectif tout aussi ambitieux : changer notre manière de concevoir l’écriture. Le texte fini, publié, relu, corrigé tel qu’on le lit habituellement deviendrait au contraire un processus, un travail, une sorte de palimpseste numérique. Le potentiel littéraire est donc immense.

Parchemins grattés pour réécrire par dessus, les palimpsestes inspirent Draftback.

Car en voyant le déroulé précis de son texte, on assiste aux innombrables fautes de frappe, aux remaniements et aux réécritures, en d’autres mots aux difficultés de l’écrit. Mais pourrait-on lire un texte de cette manière ? Il est peu probable que les lecteurs parviennent à suivre un tel ballet de caractères pour un livre dans son ensemble. Les e-books ne seront donc probablement pas affectés par cette invention même si James Somers en rêve.

En revanche d’autres envisagent une application plus intéressante : un outil pour apprendre les subtilités de l’écriture aux étudiants. Ces derniers pourraient ainsi identifier les changements effectués dans le texte et tenter d’en expliquer les raisons. Draftback deviendrait presque l’équivalent d’un microphone pour les musiciens ou les orateurs qui tentent de s’améliorer. Un outil pour apprendre à écrire et non pour changer la lecture.

D’autres encore y voient un outil d’espionnage. Il est vrai qu’il peut être perturbant de voir son texte et l’ensemble de ses mouvements enregistrés. Mais Draftback n’enregistre pas réellement les données. Google le fait. L’extension se contente de récupérer les mouvements de l’écriture pour les transformer en film.

Mentions légales © L’Atelier BNP Paribas