DRM: un modèle économique en bout de course?

Par 12 avril 2007
Mots-clés : Future of Retail

Depuis quelques semaines, le front des anti-DRM s'organise: le mythique patron d'Apple, Steve Jobs, a décidé de militer contre ces verrous numériques en adressant, en février dernier, une lettre ouverte aux grandes maisons de disques...

Les DRM remis en question
 
Depuis quelques semaines, le front des anti-DRM s'organise: le mythique patron d'Apple, Steve Jobs, a décidé de militer contre ces verrous numériques en adressant, en février dernier, une lettre ouverte aux grandes maisons de disques et aux internautes. Quelques jours avant lui, VirginMega et FnacMusic avaient décidé de proposer en téléchargement entre 150 000 et 200 000 titres sans DRM (Digital Rights Management).
Dernière mesure en date: la major EMI vient d'annoncer l'abandon total de DRM et met à disposition des plates-formes de téléchargement qui le souhaitent son catalogue sans protection numérique: iTunes, VirginMega, FnacMusic et le Zune MarketPlace sont très intéressés... Comprenez: les morceaux de musique estampillés EMI se retrouveront bientôt sur ces sites de vente en ligne. Les autres majors du disque que sont Universal Music, Sony BMG et la Warner finiront-elles par suivre le même chemin? Pour le moment, rien ne les y empêche.
 
Mais si elles ne le font pas, EMI risque de prendre une longueur d'avance en séduisant un plus grand nombre d'internautes, inévitablement attirés par cet accroissement significatif de l'interopérabilité... "C'est une chose que tous les labels devront prendre en compte [...] en raison de l'état global du marché", souligne Mark Mulligan, analyste pour le cabinet Jupiter Research. Et l'enjeu économique est loin d'être anecdotique. "EMI a déclaré qu'il voulait tirer 25% de ses revenus de la vente de musique en ligne d'ici 2010 et nous pensons que cette décision va agir comme un coup d'accélérateur par rapport à cet objectif", a déclaré à l'agence Reuters Patrick Yau, analyste chez Bridgewell. D'ailleurs, EMI avait déjà confirmé, en janvier dernier, avoir cessé d'intégrer des DRM sur ses plus récents CD's.
 
 
DRM : un système qui ralentit le développement du téléchargement légal
 
Et la décision d'inclure des morceaux EMI sans DRM devrait permettre à l'iTunes Music Store, la plate-forme de téléchargement légal de musiques dédiée à l'iPod, de redorer son blason: celle-ci a en effet été de nombreuses fois fustigée par les consommateurs et par la Commission européenne pour son manque de compatibilité avec les autres baladeurs numériques du marché.
"La plupart des récents succès d'Apple ont été obtenus en se focalisant sur les appareils capables de gérer au mieux les contenus numériques afin d'amener les utilisateurs à un niveau de satisfaction supérieur", ont souligné les analystes du cabinet Ovum. "Télécharger de la musique sans DRM est ainsi une situation gagnant-gagnant pour Apple".
 
Bref, les grands noms de la musique se disent de plus en plus favorables à l'abandon des DRM, même si le mouvement n'en est qu'à ses débuts. Un sondage du cabinet Jupiter Research a ainsi révélé que 62% des professionnels de la musique estiment que l'abandon des verrous numériques stimulerait le téléchargement légal. Et Rob Glaser, P-DG de RealNetworks, de prédire: "L'année où l'industrie du disque mettra son contenu à disposition, en se débarrassant des DRM, sera celle d'une véritable explosion du numérique".
 
 
Vers un juste milieu ?
 
Pourtant, ce système des protections numériques n'a pas toujours eu des détracteurs et partait d'une intention tout à fait louable: éviter la copie pirate et faire respecter le droit d'auteur. Mais la mise en place d'un tel système n'a en rien facilité la vie du consommateur et a même eu tendance à empêcher le téléchargement légal de musique en ligne de véritablement se développer. En effet, quand on sait que tous les morceaux achetés et téléchargés sur un baladeur numérique, comme un iPod, risquent de ne plus être lus si on décide de basculer vers une autre marque, l'achat d'un titre sur une plate-forme spécialisée fait réfléchir...
 
Pour satisfaire les deux parties, la meilleure solution serait encore de trouver un juste milieu entre la suppression totale des DRM et son utilisation à tout crin. Ainsi, les producteurs et les distributeurs de contenus pourraient d'ores et déjà penser à proposer une compatibilité totale entre tous les systèmes de DRM existants. Mais l'idée est encore loin de faire son chemin. Apple propose sur iTunes, qui monopolise 75% du marché de la musique numérique, des morceaux de musique verrouillés par sa technologie Fairplay et ne souhaite pas proposer cette technologie à d'autres éditeurs.
 
Il semble que le système des DRM risque encore de bénéficier d'un sursis de quelques mois. A suivre...
 

Anne Confolant, pour L'Atelier
 
(Atelier groupe BNP Paribas – 13/04/2007)

Mentions légales © L’Atelier BNP Paribas