Droit de surfer, permis de publier

Par 25 août 2010
Mots-clés : Amérique du Nord, Europe

Qui l'eût-cru? Ces jours-ci, pour qui veut embrasser (mais pas trop près quand même) une vie de blogueur, mieux vaut habiter dans le Grand Nord finlandais, qu'à Philadelphie, berceau de la déclaration d'indépendance américaine.

Et pourquoi donc? Oh! Pas pour de simples questions liées à la liberté d'expression. Dans ce domaine, les Etats-Unis, avec le Premier amendement de leur constitution demeurent la référence absolue. Non, là où çà coince, ce serait plutôt sur le volet financier.

Car au moment où la Finlande devient le premier pays au monde à faire de l'accès à l'Internet (haut-débit s'il vous plait et à un prix « raisonnable »), un droit pour tous les citoyens, le conseil municipal de Philadelphie s'apprête à mettre en place un « permis de bloguer », ou plutôt une taxe sans l'acquittement de laquelle aucun blogueur local n'aurait le droit de publier. 50 dollars (39,67 euros) par mois ou 300 dollars (238 euros) à vie. Le montant proportionnellement assez modique de l'abonnement-à-vie, devant se mesurer à l'espérance de vie, très relative, d'un blog ordinaire.

Officiellement, l'objectif est de générer de nouvelles rentrées d'argent pour « rendre la ville plus attractive pour les petites entreprises ». Mais on a beau chercher, on a du mal à distinguer le côté « attractif » de la chose...Puisque « le simple fait de choisir de gagner de l'argent avec la publicité, indépendamment de la somme qui pourrait être générée, transforme un blog en une petite entreprise » note un journal local.

Bref une taxe, un prélèvement, qui n'a de libératoire que le nom...Pour les blogueurs qui auraient du mal à contenir le flot de leurs posts, la Finlande offre un avenir radieux car à l'horizon 2015, ce sont tous les foyers finnois qui devraient être équipés en fibre optique. Quant à Philadelphie...un peu de storytelling, pour éviter le clash ne ferait pas de mal.

Dans Manhattan de Woody Allen, le personnage joué par Diane Keaton expliquait à qui voulait l'entendre « You know I'm from Philadelphia, We believe in God. We don't talk about these things». Aujourd'hui elle pourrait bien ajouter, « et puis vous savez, c'est là aussi qu'on taxe l'esprit d'entreprise »...Avant de prendre son billet (vert) pour Helsinki.

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