Drones civils : «​ L​’​H​omme a toujours eu besoin de voir depuis le ciel​ »

Par 18 mars 2016
Bart Remes au Re.Work Connected City Summit

Dans quelques années, comment les drones auront-ils conquis la société ? Réponse avec Bart Remes, chercheur au Micro Air Vehicle Laboratory de l’université de Delft, aux Pays-Bas.

Depuis quelques années, la fabrication et la vente de drones explosent. Selon Drone Volt, le CA du marché français est passé de 93 millions d’euros en 2013 à 288 millions en 2015. Et qui dit croissance dit emplois : 150 000 postes ont en effet été créés sur cinq ans en France grâce à ces engins volants.

En parallèle, le drone se démocratise. Les secteurs qui en utilisent le plus ne sont pas la surveillance ou la topographie, mais bien des domaines grands publics comme le journalisme, la photographie, le cinéma et les loisirs. Alors, le drone serait-il en passe de dépasser le monde des industriels et des passionnés d’aéromodélisme pour être adopté par un public plus large ? Comment la société accepte-t-elle cette nouvelle technologie ?

Pour le savoir, nous sommes allés rencontrer Bart Remes au Re.Work Connected City Summit de Londres, le 17 mars dernier. Ce chercheur hollandais travaille à la miniaturisation des composants des drones. Si on peut résoudre des problèmes à l’échelle d’un millimètre, selon lui, l’on pourra plus facilement répondre à ceux posés par des engins plus gros. Bart Remes, qui oeuvre à l’université de Delft, nous montre avec entrain son petit drone carré qui évite tout seul les obstacles. Rien de tel qu’un passionné pour livrer une expertise acerbe mais néanmoins très positive du marché des drones et de leur intégrations dans la société d’aujourd’hui.

En novembre 2015, le Parlement Européen a annoncé sa volonté de légiférer sur l’usage et la conception des drones civils. Quel en sera, selon vous, l’impact sur le marché ?

Grâce aux pays eux-mêmes, qui ont légiféré très tôt sur les drones civils, les fabricants ont rapidement su quelles règles appliquer sur leurs machines. L’évolution des drones a été rapide, de nombreuses compagnies sont sorties de terre et de simples jouets, nous sommes passés à de véritables outils de travail - qui servent notamment aux agriculteurs à mieux gérer leurs plantations par exemple, et ceci leur procure un certain profit. Le fait que l’Europe veuille harmoniser les lois des différents pays est une bonne chose pour le marché. Chacun a désormais une idée claire de ce qu’il doit faire et peut s’exporter dans les pays voisins.

On remarque une certaine réticence envers les drones, notamment de la part du public et des médias lorsque ceux-ci survolent illégalement le ciel des agglomérations. Que pensez-vous de ces réactions négatives ?

Tout comme lors de l’arrivée des voitures et des smartphones, les gens ont peur parce qu’ils ne connaissent pas. Quand ils se seront adaptés et en auront compris les bénéfices, leurs appréhensions disparaîtront. Plus personne ne se préoccupe de savoir si il faut se méfier des smartphones aujourd’hui, simplement parce que les gens en tirent leur avantage. Bien sûr, certains pourront toujours braver la loi avec leur drone comme d’autres provoquent des accidents en vélo car ils ont grillé un feu rouge.

Avons-nous peur de perdre le contrôle de la machine ?

Je pense surtout que les gens ont peur de ce qui est nouveau ! (rires)

Lors de votre intervention au Re.Work Connected City Summit, vous disiez que dans le futur, les drones deviendraient les nouveaux smartphones…

Oui, c’est une image. Les capteurs utilisés par les petits drones sont exactement les mêmes que ceux contenus dans les smartphones - les caméras, le détecteur de proximité, le gyroscope, le magnétomètre, etc. Et, franchement, combien de fois se sert-on de son téléphone pour appeler, aujourd’hui ? Très peu. Qui sait si les drones ne serviront pas à transmettre des messages ? Aujourd’hui, on voudrait rendre palpable tout notre monde digital. C’est ce qui arrive avec l’impression en 3D, par exemple. Donc, peut-être que demain, on utilisera un drone pour apporter un trousseau de clés à son voisin ou pour offrir une rose à sa compagne.

Quel sera alors leur champ d’action spatial, puisqu’il est interdit de survoler l’espace public avec un drone civil ?

Le vol intérieur n’est vraiment utilisé que par les chercheurs. La plupart des gens utilisent leur drone à l’extérieur. Concernant les lois, je suis persuadé qu’elles vont changer si le gain économique est réel. On pourra donc faire voler des engins là où l’on pourra faire des bénéfices. Amazon investit beaucoup dans la livraison par drones et en Allemagne, on a déjà vu ces machines délivrer des médicaments. Preuve que la société est déjà en train de s’adapter.

Les drones d’Amazon seront utilisés dans un but professionnel. Qu’en sera-t-il des drones personnels ?

Je vois les drones un peu comme les voitures. Dans dix ans, nous n’utiliseront plus notre véhicule personnel mais emprunterons des voitures appartenant à des grandes firmes qui nous emmèneront d’un lieu à un autre. La même chose pourrait se passer avec les drones. Quand vous aurez envie d’envoyer un colis, vous appellerez un drone qui ne sera pas le vôtre et qui fera partie de tout un nouveau système.

Bien sûr, il y aura toujours des jouets - les drones de loisirs. Car même s’il ne connaissait pas ces engins volants, l’Homme a toujours eu besoin de regarder depuis le ciel. Il n’y a qu’à voir les plans d’architectes ou ce que l’on ressent quand on gravit une montagne : on veut toujours aller observer la terre depuis le plus haut sommet.

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