Les drones s’imposent dans le secteur médical

Par 23 février 2016
Mots-clés : e-Health, Amériques, drone, Asie, EMEA
Un droneport sera construit au Rwanda

Drones-ambulances, drones-défibrillateurs ou drones livreurs de produits médicaux : la santé a désormais ses robots volants. Retour sur des initiatives prometteuses.

Les drones sont les nouveaux livreurs. De grands groupes comme Amazon, Google, Walmart ou encore Domino’s pizza utilisent déjà ou envisagent de se servir de drones à cette fin. Mobisol également, pour acheminer des panneaux solaires dans les zones enclavées d’Afrique et leur apporter ainsi l’électricité. Mais c’est dans le secteur de la santé que ces drones-livreurs commencent à s’imposer, dans les pays en voie de développement comme ailleurs.

En effet, après des catastrophes naturelles comme le séisme d’Haïti, des drones ont permis de distribuer des petits kits de secours en 2012. En Papouasie-Nouvelle-Guinée, c’est l’association Médecins sans frontières qui a exploité ces véhicules aériens sans équipages (UAV) pour remettre les prélèvements des patients aux centres de santé, les faire analyser et lutter ainsi contre la tuberculose. De même, en Inde par exemple, le drone-transporteur d’organe est désormais une réalité. Une étude a révélé que le transport aérien d’échantillons médicaux n’altérait pas les résultats de manière significative, ce qui ouvre une foule de possibilités pour des drones dans ce domaine.

Pour illustrer cette tendance, focus sur deux projets en particulier, parmi une multitudes d’initiatives. Le premier est un prototype de drone-ambulance ou drone-défibrillateur mis au point il y a quelques temps par un étudiant de l’université de technologie Delft aux Pays-Bas. Le deuxième consiste en un vaste programme de drones-livreurs de fournitures et produits médicaux, en train d’être lancé en Afrique de l’Est et, plus particulièrement, au Rwanda. Ils sont conçus dans la même optique : celle de venir en aide plus rapidement aux blessés par la voie des airs.

Droneport et drones-livreurs de matériel médical dans la région des Grands-Lacs

Près de 800 millions de personnes dans le monde ont un accès limité aux soins. Cela concerne principalement des populations rurales, dans des régions reculées, qui manquent de moyens de transport et d’infrastructure. Pour les désenclaver, le gouvernement rwandais projette d’utiliser des drones comme livreurs de matériel et produits médicaux. La startup de robotique américaine, Zipline, qui vient de signer un contrat avec l’Etat, propose de transporter par les airs des poches de sang aux hôpitaux à un prix défiant toute concurrence puisqu’il devra être inférieur à ce que la livraison coûterait en moto.

Le Rwanda envisage même d’organiser tout un écosystème autour de cette idée, en partenariat avec Redline. Le cabinet d’architecture Foster + Partners fait également partie de l’équipe. Après avoir conçu l’un des plus grands aéroports du monde à Pékin, Lord Norman Foster s’apprête à construire le plus petit en 2016, près du lac Kivu : un droneport (aéroport pour drones), pour le prix d’une station d’essence et qui sera opérationnel en 2020. Le projet prévoit également la fabrication de drones. A sa tête, le fondateur de Redline et directeur du centre de recherche Afrotech à l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL), Jonathan M. Ledgard, a bien voulu apporter un éclairage.

Les routes sont en mauvais état c'est la raison pour laquelle un drone port est construit en hauteur

Les drones seront d'autant plus utiles que les routes sont en mauvais état, en haut à droite de l'image: le futur droneport. 

Le drone Redline fera trois mètres d’envergure et sera capable de transporter 10 kilogrammes de matériel sur une distance de 50 kilomètres. “On s’attend à ce que nos drones atteignent les 100 km/heure. La vitesse effective sera en réalité bien plus élevée parce que l’appareil va survoler les collines et évitera ainsi les retards dus à la circulation, aux routes embouteillées et aux chemins sinueux”, précise le fondateur de l’organisation caritative. En effet, les routes, quand elles existent, sont en mauvais état, parfois impraticables et souvent dangereuses. D’après Jonathan Ledgard, seulement 16% des routes africaines sont pavées et 50 000 personnes meurent chaque année des suites d’accidents de la route sur le continent. C’est la troisième cause de mortalité en Afrique, après la Malaria et le Sida. De plus, 60 000 mères africaines décèdent par manque de soins lors de leur accouchement. L’objectif de Redline est donc de sauver certaines de ces vies en évitant aux premiers de prendre la route et en apportant le matériel médical nécessaire aux seconds.

 

Comparaison entre les drones Redline et Blueline, le premier est plus petit

Les drones Redline et Blueline ambitionnent de désenclaver les zones reculées d’Afrique

Le besoin au Rwanda est en réalité bien moindre que dans d’autres pays. Les services de santé sont bien gérés, la taille du pays est réduite, mais cela permet à Redline et à des start-up comme Zipline de tester la technologie et de prouver son utilité.” Le directeur d’Afrotech explique que le projet n’a pas vocation à être disruptif mais complémentaire : “Parfois il sera peut être plus efficace de transporter les marchandises dans un camion. Les drones Redline ne seront pas compétitifs pour le dernier kilomètre dans les routes principales, mais le seront concernant le kilomètre du milieu : en volant d’un droneport à l’autre, et en reliant des villes secondaires, ils peuvent être vraiment efficaces”. 

Il compare cette technologie au téléphone portable et assure qu’il faudra envisager qu’une communauté puisse avoir accès à un robot volant sans avoir l’eau courante. “Ce dont nous parlons ici concerne les cinq à quinze ans à venir. Des infrastructures seront construites en parallèle mais cela pourra et devra inclure des technologies avancées, et en particulier robotiques. Avec Redline ce que nous essayons de faire c’est de prendre une 2CV et de l’associer à un vaisseau Star Wars : le drone cargo Redline en sera la progéniture”, ambitionne Jonathan Ledgard.

Après le Rwanda, Redline a l’intention de conclure des accords avec d’autres gouvernements de la région, “personnellement je serai ravi de développer un projet similaire en Angola, au Congo et en Ethiopie parce que les opportunités de créer un réseau de droneports peu coûteux là-bas sont vraiment extraordinaires. Mais le choix dépend surtout de la vision futuriste de ces gouvernements”. Le concept peut effectivement être exportés dans d’autres économies émergentes : “des jungles du Pérou amazonien aux montagnes du Tadjikistan en passant par les hauts-plateaux d’Indonésie.

Mais pour l’instant, Redline se concentre sur l’Afrique et les petits drones de livraison médicales. Quid de la suite? “On voudrait construire des drones plus grands qui voleraient sur un réseau déterminé composé d’entrepôts intelligents pour les industries pharmaceutiques, les e-commerçants et les vendeurs de pièces-détachées.” À travers cette technologie et cet écosystème, Jonathan Ledgard souhaite en effet participer au développement du continent, en sauvant des vies mais aussi en créant des emplois.

Drones ambulances ou drones défibrillateurs aux Pays-Bas

Sauver des vies est également l’objectif des drones ambulances. Alec Momont, a conçu ce projet dans le cadre de ces études à la faculté de génie et design industriels. Ces sortes de boîtes à outils médicales compactes et volantes, ont vocation à être utilisés en urgence.

En effet, dans certaines situations, le temps est la clef. Après un accident par exemple, plus les soins sont prodigués vite et meilleures sont les chances de survie. Ainsi, en cas d’arrêt cardiaque de plus de cinq minutes sans action, le risque de lésions cérébrales est irréversible. D’après Alec Moment, en Europe, près de 800 000 personnes par an en sont victimes et seulement 8% d’entre eux survivent. Le massage cardiaque et l’usage d’un défibrillateur sont essentiels. C’est la raison pour laquelle le défibrillateur est justement le premier appareil à trouver sa place dans le drone-ambulance.

Le jeune étudiant belge a en effet créé un prototype de drone-ambulance, un véhicule aérien sans équipage (UVA) très rapide (environ 100km/heure) capable de transporter du matériel médical nécessaire en cas d’urgence. Le défibrillateur en est un bon exemple mais le temps étant décisif dans d’autres circonstances, d’autres dispositifs sont prévus. Ainsi, en cas de noyade, de problèmes respiratoires ou de traumatisme, un drone ambulance équipé de médicaments, d’un antidote ou d’une aide à la réanimation cardio-pulmonaire peut préserver des vies.

Le drone inventé au sein de l’université hollandaise Delft est pliable et portable. Il peut surtout se rendre sur les lieux de l’urgence dans une zone de 12km2 en une minute, ce qui augmenterait les chances de survie en cas d’arrêt cardiaque de 80%. Par ailleurs, l’engin est doté d’une caméra pour faciliter la communication avec un professionnel et améliorer les premiers soins. Grâce aux instructions personnalisées, le taux de survie peut augmenter à 90%. La technologie est actuellement testée en Belgique, dans le pays d’origine d’Alec Momont. A 24 ans, il fait désormais partie de la fameuse liste 30 under 30 du magazine Forbes, dans la catégorie Santé.

 

 

Les drones sont donc bel et bien les nouveaux outils à prendre en compte dans le domaine de la santé, reste à savoir si les législations des Etats suivront et accepteront ces nouveaux usages.

 

 

 

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