Drones et vie privée : le débat est ouvert

Par 08 décembre 2015
Un panneau indiquant une No fly zone

A la Drone world expo de San Jose, plusieurs experts étaient réunis pour discuter de la menace potentielle que représentent les drones pour la vie privée des citoyens.

Les drones n’en finissent plus de faire couler de l’encre. Il y a quelques jours, Amazon a dévoilé de nouvelles informations sur son programme Prime Air, qui prévoit l’usage de drones pour livrer des colis en un temps record (moins de 30mn). Sur son site, le géant de Seattle affirme que ses appareils seront dotés d’une technologie leur permettant de repérer et éviter automatiquement les obstacles et autres no fly zones. Affirmant tester actuellement de nombreux prototypes, Amazon mise sur une hypothétique autorisation de la législation américaine pour faire voler des drones à moins de 400 pieds, espace non utilisé par les aéronefs traditionnels.

L’entreprise a assorti son annonce d’un spot publicitaire dans lequel on peut voir un père de famille commander une paire de baskets pour sa fille censée disputée un match foot dans quelques heures, et recevoir sa commande livrée par un drone bleu azur dans son jardin en un clin d’oeil.

 

 

Le projet semble alléchant ; selon Wired, il est même nécessaire. Le magazine affirme dans un article consacré à la nouvelle que la population américaine va croître de 70 millions dans les trente prochaines années, pour atteindre 390 millions de personnes. Dans le même temps, le volume de marchandises transportées va s’accroître de 45%, notamment dopé par l’essor des achats en ligne, pour atteindre 29 miliiards de tonnes par an.

Le journaliste conclut en affirmant que son pays n’est pour l’heure pas équipé pour faire face à une telle hausse, les camions, qui gèrent actuellement 70% du fret, étant déjà trop nombreux sur les routes. Cette idée est également exprimée par Ariel Seidman, fondateur d’Hivemapper, récemment interviewé par L’Atelier. Le rôle des drones ne se cantonne en outre pas à la livraison, ce sont des plateformes multi-usages susceptibles d’améliorer le quotidien des citoyens par de nombreux aspects.

Drones et sécurité

Une question récurrente demeure toutefois en suspens pour que la législation accepte de laisser les drones fendre les cieux en toute liberté : celle du respect de la vie privée. Cette question a fait l’objet d’un vif débat à la Drone world expo de San Jose. Plusieurs individus issus de tous horizons ont débattu des utilisations potentielles de ces aéronefs sans pilotes et des différents problèmes concomitants que ces usages pouvaient causer pour la vie privée.

Les débats ont d’abord porté sur l’usage des drones pour assister les forces de l’ordre, aider au respect de la loi et garantir la sécurité des individus. « Les drones peuvent apporter un soutien très efficace. » a commencé Tom Madigan, capitaine au bureau du Sheriff d’Alameda County. « Ils peuvent barricader des suspects, les prendre en photo, effectuer des missions de repérage et de sauvetage… »

Il insiste néanmoins sur la nécessité d’informer le public de ces différentes initiatives, de faire preuve d’une parfaite transparence afin que les citoyens comprennent que les drones sont déployés pour les aider et non pour les espionner : « Il est capital de faire des sondages d’opinion, tenir des conférences de presse, accorder des interviews, débattre... Si l’on fait cet effort pour rassurer le public, et que les drones prouvent rapidement leur efficacité, il n’y a aucune raison pour que les réactions soient négatives. » conclut-il.

Konstantin Kakaes, membre de la New America Foundation, insiste de son côté sur l’importance d’utiliser les drones pour des usages bien spécifiques, où ils puissent faire montre de tout leur potentiel, et de communiquer là-dessus auprès du public : « Si un drone vous permet de prendre une photo d’un tireur retranché, qu’il aurait été impossible de prendre autrement, et qu’un logiciel de reconnaissance facial permet ensuite d’identifier l’individu, quelqu’un contestera-t-il l’utilité du drone dans ce cas précis ? »

Drones et livraisons

La conversation a ensuite porté sur l’usage commercial des drones, en particulier pour effectuer des livraisons. Tom Madigan a affirmé qu’en la matière, le principal risque n’était selon lui pas les atteintes à la vie privée, mais que les drones à usage commercial ne gênent des opérations de sauvetage et de sécurité, citant l’exemple de drones ayant handicapé l’intervention d’équipes de pompiers à Sacramento.

Don Roby, membre de l’Airborne Law Enforcement Association, a de son côté pointé le risque que les individus ne réagissent de manière violente si un drone non identifié devait pénétrer dans leur propriété : peut-on imaginer un monde où chacun se mettrait à tirer sur les drones qui survolent sa demeure ? Pour cela, il est selon lui capitale de faire preuve de pédagogie et d’indiquer au public la bonne attitude à adopter dans ce cas de figure.

Michel Latiner, président de Treehouse Adventures, a renchéri en soulignant l’importance de mettre en place des No fly zones, précisément pour éviter ce type d’incidents. Konstantin Kakaes a conclu en affirmant que les risques pour la vie privée ne résidaient pas seulement dans les possibilités d’espionnage, mais aussi dans les nuisances sonores considérables que peuvent produire les drones : « Comment faire voler une flotte de plusieurs milliers de drones au-dessus de quartiers résidentiels sans que le bruit ne devienne insupportable pour les habitants ? C’est une question à laquelle il faudra impérativement répondre avant de penser à utiliser massivement des drones de livraison. »

 

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