E-santé : de la place pour les grands groupes et pour les start-up

Par 08 juillet 2015
Les grands groupes s'attaquent à la e-santé

[Université d’été d’e-santé de Castres] Alors que les géants comme Samsung et Google multiplient les effets d’annonce en ce qui concerne leurs projets e-santé, quelle place pour les petites entreprises au sein des grands groupes qui ont le monopole ?

Après avoir bouleversé le monde numérique, les GAFA ébranlent le modèle économique des entreprises en provoquant l’établissement de nouvelles règles. Avec un modèle basé sur la création de valeur par le biais de l’acquisition de clients, les grands groupes oeuvrent pour faire gagner du temps aux consommateurs afin d’en acquérir le plus grand nombre. Il semblait donc logique que ces grands acteurs s’attaquent désormais à l’e-santé dans le but de développer de nouvelles technologies ainsi que de nouveaux services.

À l’image du géant Samsung, présent sur quasiment tous les fronts de la santé. Avec la création de Samsung medical centers (unités de soin), de futurs hôpitaux livrés clés en main, de logiciels pour les patients et les professionnels ou encore de dispositifs médicaux (scanners, matériels d’échographie, tables de radio), le titan coréen fait bien plus que s’imposer sur un marché déjà saturé « Notre but ultime est de transformer le modèle de prise en charge du patient en élaborant des technologies pour l’accompagner à son retour à domicile, post-hospitalisation » explique Carlos Jaime, directeur de la division santé chez Samsung, présent la semaine dernière à l’Université d’été consacrée à la santé à Castres.

Même ligne de conduite chez le chinois Huawei, qui décide d’oeuvrer dans le domaine de la santé du point de vue de la data cette fois-ci. « Avec l’e-santé, la quantité de données qui va circuler sur le réseau sera monstrueuse » explique Patrice Cristofini responsable Healthcare chez Huawei et également présent au centre de conférence. « Il va donc falloir les stocker, les analyser, et c’est pourquoi nous nous positionnons dans le cloud et dans le big data »

Quant à la collaboration avec les start-up, les deux géants ne l’excluent pas « nous apprécions la collaboration avec les start-up, et tout le processus d’accompagnement qu’implique ce partenariat, mais on se retrouve vite confrontés à un modèle économique contraignant », explique Patrice Cristofini. Une contrainte notamment due aux législations européennes mises en place, qui ne facilitent pas le bon développement des méthodes e-santé.

L'intérieur du Samsung Medical Center de Séoul

Du côté de l’historique laboratoire de recherche MSD, l’heure n’est pas à l’inquiétude face à ces concurrents de haute volée : « Dans l’industrie pharmaceutique, le big data est géré depuis très longtemps mais cette gestion n’est pas intégrée à une politique business » explique Thibaud Guymard, responsable des services digitaux chez MSD. Son constat quant à la gestion de ces mêmes données apparaît tout de même tranché : « Il y a un fossé à combler entre la manière scientifique de gérer les données et une gestion beyond the pill » ajoute-t-il.

Le problème majeur des laboratoires reste la combinaison temps et coûts résultants du développement de produits. Et c’est en cela que les géants réussissent là ou les laboratoires échouent : « Puisque les grands groupes disposent de nombre de ressources et de beaucoup de temps, ils prennent facilement le dessus sur les start-up » explique Thibaud Guymard. « Même si, rajoute t-il, les start-up sont clairement celles qui vont faire émerger de nouvelles solutions ». Un point de vue appuyé par le géant Samsung avec quelques modérations tout de même : « beaucoup de start-up annoncent des produits, mais parfois sans étude clinique ou même marquage CE. Si l’on veut que l’usage de dispositifs santé se développe, il est nécessaire de respecter les réglementations en vigueur. De tels agissements pourraient remettre en cause le développement des objets connectés » explique Carlos Jaime.

Lorsque ces mêmes géants se voient reprocher de vouloir être présents sur tous les fronts, leur réponse s’axe sur la collaboration : « Nous voulons simplement être une locomotive. Cela ne fonctionnera pas sans la créativité de toutes les entreprises disponibles » détaille Carlos Jaime de chez Samsung. Même son de cloche chez Huawei : « Nous souhaitons accompagner l’innovation disruptive car la révolution digitale va s'accélérer d’ici les 8 à 10 ans » explique Patrice Cristofini. 

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