Economie de partage ne rime pas forcément avec altruisme

Par 09 mars 2015 2 commentaires
sharing economy

Comment peut-on définir l'économie collaborative ? Qu’est-ce qui en motive ses adeptes ? Lyft, Airbnb, Fiverr, Yerdle, Bridj, Shareable, ‘BrellaBox et consorts revendiquent leur appartenance à cette forme d’économie mais le sont-ils vraiment ?

L'économie collaborative a puisé dans des tendances liées à l'évolution de notre société et notamment le partage du poste de travail. Elle est née de la notion de qualité de services, ont ainsi rappelé les nombreux experts et acteurs de la  "sharing economy" lors de la Collaborative Economy Conference de San Francisco. Quand les marchés étaient de taille modeste, des services de qualité étaient fournis à tout le monde. Au fur et à mesure de leur développement, leur qualité a chuté sous le poids de la masse. Ils sont devenus impersonnels.

Mais face à la hausse de la démographie mondiale, Neil Gorenflo, fondateur de Shareable, une plateforme d'information et de connexion pour la transformation par le partage,  recommande "d'apprendre à partager pour ne pas périr". Et la génération du millénaire  joue également un rôle important, déclare Micha Kaufman, CEO et cofondateur de la start-up Fiverr, un marché en ligne sur lequel chacun peut offrir des services à partir de 5 dollars, tout en bénéficiant d'une évaluation de son travail. Et de préciser que la plupart de ses membres appartiennent à la génération des "enfants du millénaire",  et cherchent à créer des connexions. De nombreuses études ont montré que la génération X s'est centrée sur son « moi » alors que la génération Y qui a suivi se concentre sur le "nous", qu'elle considère comme collaboratif. De telle sorte que  les nouvelles technologies ont permis à ces marchés de se reconnecter et de gagner en importance. Pour autant, se concentrer sur le  "nous" n’est pas synomyme d’altruisme et  le partage n'est pas forcément motivé par l'altruisme. 

L'économie collaborative renforce le travail indépendant

Plus que l’altruisme, le partage vise un intérêt environnemental et l’une des clés de l'économie collaborative est l'agilité. Comme le disait Emily Castor, Director of Community Relations chez Lyft, l'économie de partage déconnecte les gens des biens immobilisés grâce à la possibilité de payer nettement moins cher, de créer des connexions sociales et de se déplacer de façon plus abordable. Alors qu'auparavant les gens dépensaient beaucoup d'argent pour leur voiture personnelle, dépenses qu'ils devaient justifier en l'utilisant beaucoup, ce nouveau marché permet aux gens de se sentir plus à l'aise, qu'ils soient propriétaires ou pas. Et l'étendue des options proposées aujourd'hui permet aux gens de se sentir plus libres et de disposer d'un plus grand choix :" Ensemble, les gens ont tendance à réfléchir à deux fois"  déclare Emily Castor.

Rachel Barge, Director of Growth chez Yerdl, un magasin en ligne où les gens peuvent donner ou recevoir des objets gratuitement, explique que nombreux sont ceux qui ne comprennent pas bien le principe. Pour beaucoup, le bénéfice mutuel constitue l’un des pivots de l'économie de partage et l'économie collaborative a besoin de se développer. Dans ce cadre, Yerdle a décidé de supprimer l'intermédiaire (le commerçant) pour gagner du temps et permettre aux utilisateurs de « vendre » directement leurs biens. Ayant constaté que les gens ne sont pas à l'aise quand ils obtiennent quelque chose sans contrepartie, l'entreprise a introduit une monnaie alternative, les "crédits yerdle" mettent les gens plus à l'aise quand ils acquièrent un bien.

Pour décrire l'économie de partage, Jeremiah Owyang a utilisé la métaphore des alvéoles de la ruche (voir l'illustration ci-dessous), ajoutant qu'elle est en plein développement et que "notre nouveau marché regorge de miel ". Il s'agit d'un mouvement économique dans lequel des technologies communes permettent aux gens d'obtenir l'un de l'autre ce qu'ils cherchent. La masse se transforme en entreprise capable de s'autofinancer, de produire et de partager ce que les gens possèdent déjà. Le nid d'abeilles décrit parfaitement l'économie collaborative car il rappelle des structures efficaces et résistantes, qui permettent aux individus de se connecter, de partager et de développer, ensemble, les ressources, tout comme les abeilles nourrissant leur progéniture pour développer la colonie.

L'idée qui sous-tend l'économie de partage

 Le partage est la nouvelle propriété et son ampleur est également différente dans le sens où il s'agit d'une relation argent-foule-personnes. Pour pérenniser la sécurité de leur  quotidien et, dans une moindre mesure, de leur emploi, nombreux sont les individus qui veulent être plus responsables, en étant leur propre patron et en gérant leur propre façon de travailler.  Gagner de l'argent sur une plateforme de partage est très attirant parce que cela donne à l'individu non seulement le sentiment de proposer un service mais aussi d'en profiter et d'apporter sa pierre à l’édifice, de gagner de l'argent par le partage et d'aider les autres.

Vu sous  ce prisme, le partage ou la collaboration semblent exclus des modèles proposés par Lyft et Uber  car ces derniers vendent un service à une personne. Et pourtant, ce concept change quand vous empruntez un UberPool ou une LyftLine, un service partagé entre les différents "participants" d'une course.

 

 

 

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2 Commentaires

étrange comme on découvre l'eau chaude.

L'économie du partage existe dans les pays émergents, pour amortir le capital immobilisé... son logement, sa voiture, sa mobylette, sa force de travail, sa machine à coudre, ses casserolles...

c'est social, en ce qu l'on aide ses voisins à travailler avec son capital, mais on n'a pas l'outrecuidance de le faire gratuitement.

oui l'économie est passé de l'esclavagisme réciproque du salariat à la génération de l'indépendant... très mal géré dans notre système à bout de soufle...

le salariat est basé sur le cout de transaction énorme de trouver un client.
avec des plates formes comme uber ou blablacar, pourquoi avoir un patron qui vous trouve du boulot...

en afrique, au kenya, vous pouver commander un camion pour transporter 2 tonne de gravats comme on command eun taxi uber pop...
le gars arrive devant vous, et emène votre marchandise au prix indiqué, à la ville d'a coté...

le salariat n'aura été qu'une pause.
pour le système social, un revenu de base, ponctionné sur les paiements et surtout les transactions sécurisées par une autorité, sur les assurance police, armée, justice, pourraient pousser comme c'est observé en Inde avec les test de revenu de base, à augmenter le taux d'entrepreneuriat, l'investissement éducatif...

stratégie "barbell" comme dit nassim taleb, d'un socle de sécurité inattaquable et de risques énormes... en évitant les risques moins modérés qu'on ne le croit.

le monde change, et c'est un monde économique, par de bisounours.

Soumis par Alain Coetmeur (non vérifié) - le 09 mars 2015 à 23h08

Bel article, bon commentaire...
Avec notre journée du 14/11/14 "Sans argent, 100 ressources !" nous avons démontré la réalité du "partage lucide de ressources" dans la joie et la bonne humeur. La prochaine journée, au même endroit, le vendredi 13/11/15 aura pour titre "Sans argent, 100 ressources, 1000 métamorphoses !" tout un programme ! Si vous voulez ...partager, dites-le nous.

Soumis par André BROUCHET (ECO Business Angel) (non vérifié) - le 10 mars 2015 à 08h14

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