L’écosystème du véhicule autonome se prépare lentement mais sûrement

Par 12 octobre 2016
 Ecosystème de la voiture autonome

D’ici quelques décennies, les voitures sans conducteurs envahiront les routes et transformeront la mobilité. Quels seront les impacts indirects de cette révolution et comment s’y préparent les acteurs de l’écosystème ?

Le véhicule autonome sera bientôt une réalité. Google Cars, voitures-taxis à Singapour ou dans la flotte d’Uber à Pittsburgh... les annonces se multiplient même si la technologie n’est pas encore au point. Et les constructeurs ne sont pas les seuls concernés par ces voitures sans conducteurs qui arrivent progressivement sur le marché. Une fois construits et en état de marche, les véhicules autonomes devront aussi être entretenus, réparés, et même recyclés. En effet, le véhicule autonome ne révolutionnera pas seulement la mobilité mais également un certain nombre de secteurs connexes. Quelles seront les entreprises impactées ? Comment se préparent-elles au changement ? L’Atelier s’est intéressé à l’activité et la vision d’un constructeur, Renault, à celle d’une société de location automobile longue durée, Arval (Groupe BNP Paribas) et d’une entreprise de réparation, Feu Vert, pour mieux cerner les enjeux de cette révolution à venir.

La commercialisation de ces modèles n'interviendra pas avant encore quelques années mais les problématiques qui sont nécessaires au développement de cette forme de mobilité nous intéressent dès aujourd’hui.” Stefano Berlenghi, Directeur Business Engineering chez Arval Italie, résume ainsi un point de vue partagé chez Feu Vert. L’arrivée du véhicule autonome n’est pas imminente mais attendue. Et pour comprendre ce qui va changer, Stefano Berlenghi se réfère à l’ouvrage “la révolution de la mobilité” du futurologue Lukas Neckermann. “Il parle des trois zéros, la voiture de demain aura zéro émissions de CO2, elle sera électrique, elle aura zéro accident puisqu'elle sera autonome et que l’erreur humaine va disparaître et le 3e élément c'est zéro propriété”, plus besoin d’être propriétaire de sa voiture. “J'ajoute un quatrième changement qui viendra avec la voiture autonome, le zéro stress. Aujourd'hui conduire une voiture peut représenter une peur de l'accident, du PV, de ne pas trouver où se garer, d'être en retard... qui va disparaître en même temps que les émotions positives liées au plaisir de conduire.”

Partant de ce constat, chacun imagine les répercussions possibles sur son activité. Les constructeurs automobiles sont évidemment directement concernés, d’autant plus qu’ils subissent la concurrence d’acteurs technologiques sur la question. Alors pour contrer Apple, Google et autres GAFA, des alliances se créent. Volkswagen (de la maison Audi), BMW et Daimler vont alimenter le logiciel de cartographie HERE WeGo (qui leur appartient) avec les données de leurs voitures connectées pour proposer un meilleur service d’informations sur l’état du trafic. Dans la même veine, Volkswagen s’est aussi associé avec Nissan et General Motors pour utiliser les données issues des caméras Mobileye installées sur les voitures de leurs clients. Des informations fiables et précises dont auront bientôt besoin les constructeurs automobiles pour rendre leurs véhicules autonomes.

La course des constructeurs automobiles vers la voiture autonome

Les fabricants de voitures vont au plus près de l’innovation pour réussir la transition. Volvo inaugure bientôt son centre de recherche dans la Silicon Valley et prend ainsi exemple sur General Motors, Volkswagen, BMW et d’autres qui s’y sont installés il y a des années. Renault en fait également partie. En 2011, l’entreprise lance Renault Innovation Silicon Valley qui devient en 2013 un laboratoire de recherche mais pas seulement. Shad Laws qui y travaille, en tant que Innovation Projects Manager, raconte que l’emplacement stratégique ne sert pas seulement à recruter des talents mais “à interagir avec l’écosystème alentour”. Il y a quelques jours, Renault Nissan a ainsi annoncé collaborer avec Microsoft pour développer un service de cloud pour véhicules. Encore un pas effectué vers le véhicule autonome alors que l’entreprise annonce pour l’instant dix premiers modèles pour 2020.

En plus des entreprises technologiques, Renault Silicon Valley coopère beaucoup avec les universités de la région à propos du véhicule autonome et sur certaines priorités en particulier. “On travaille sur l’amélioration de la conduite dans la voiture autonome. Typiquement quand on pense au véhicule robotisé, on pense à des véhicules sans finesse, qui ne sont pas très souples. On cherche à faire en sorte que le véhicule robotisé fasse aussi bien voire mieux que le pilote en évitant 100% des obstacles, tout en douceur. Et on travaille pour cela avec Stanford et le professeur Gerdes.

L'intelligence artificielle au volant de la voiture autonome

L'intelligence artificielle au volant du véhicule autonome.

Autre axe développé par les équipes et collègues de Shad Laws : les interactions homme-machine (IHM). “On se penche surtout sur les IHM implicites. On cherche de nouvelles modalités pour mieux expliquer aux occupants du véhicule ce qu'il se passe avec le système autonome. On essaie aussi d’améliorer ce qui existe en la matière avec les écrans tactiles. La méthode adoptée est celle de la Silicon Valley : try, fail, learn.

Les constructeurs ont donc un certain nombre de défis à relever pour présenter une technologie sans faille. Quand ce sera le cas, loueurs, parkings, sociétés de paiement, assureurs, services d’entretien et de maintenance feront partie des secteurs impactés. Et les piétons devront également s’y adapter. Certaines entreprises commencent déjà à s’y préparer comme la suédoise Semcon qui a pensé à une interaction homme-machine en dehors du véhicule. Un sourire se dessine sur sa “smiling car” autonome à l’arrêt pour prévenir les passants qu’ils peuvent traverser en toute sécurité. Et pour les policiers chargés de la circulation ? Le professeur Joseph A. Schafer pense qu’ils n’auront plus lieu d’être dès lors qu’une intelligence artificielle est le réel conducteur et pas le propriétaire du véhicule.

La voiture autonome, une aubaine pour les loueurs ?

Quand les voitures seront autonomes, elles seront aussi partagées, les experts en sont convaincus. Une prédiction qui arrange bien les loueurs mais pose de nombreuses questions. “Avec 0 propriété on est confronté à des questions de free-floating (ndlr : la possibilité de laisser la voiture à un différent endroit de la ville que celui où on l’a prise). Ces voitures sans conducteurs devront se garer toutes seules mais aussi payer le parking toutes seules”, remarque Stefano Berlenghi. Puisque les voitures autonomes seront partagées, est-ce que cela signifie qu’il y en aura moins mais qu’elles seront plus utilisées ? Cela va-t-il libérer des emplacements de stationnement et fluidifier le trafic ? Quels aménagements devront faire les sociétés de parking pour les accueillir ? Quelles opportunités cela créera pour les entreprises spécialisées dans le paiement ? Les conséquences sont multiples. Certaines sont déjà envisagées, comme pour le paiement. Des voitures sont déjà équipées de la technologie embarquée, qui rappelle également ce qui se fait depuis plusieurs années à Singapour pour payer le péage routier.

La voiture autonome promet aussi un avenir différent aux assureurs. Les données collectées par le véhicule connecté en disent déjà long sur la conduite des conducteurs. “Si elles étaient mises en ligne, elles pourraient permettre aux assureurs de proposer des offres personnalisées à leurs clients“, imagine Stefano Berlenghi. Au Royaume-Uni, des assureurs prévoient d’aider leurs clients à se prémunir contre les nouveaux risques liés aux nouvelles technologies : comme les piratages de logiciels. Et en cas d’accident ? “Ce n’est pas parce qu’on supprime le facteur humain qu’il n’y en aura plus”, prévient Shad Laws. Les assureurs devront déterminer la responsabilité, ce qui risque de poser de nombreuses questions éthiques.

La maintenance du véhicule autonome, une question de réassurance du client

Une collision avec une voiture autonome entraîne aussi des questions quant à la réparation. Les mêmes qui se posent pour la maintenance au quotidien. Pour Stefano Berlenghi, “en passant du moteur à combustion à un moteur électrique, la dépense en mécanique va être considérablement réduite. Mais il y a quand même des plastiques qui s'abîment avec le temps, les pneus s'usent... La voiture sera un énorme ordinateur sur quatre roues qui pourra prendre rendez-vous directement pour se faire réparer voire s’y rendre d’elle-même”.

D’autant plus que la voiture étant partagée “cela veut dire que la voiture va plus rouler et donc avoir besoin de compétences comme les nôtres au travers de l'entretien, de l'équipement etc.”, relève Jean-Philippe Hénaff, Directeur Communication et Marketing Clients chez Feu Vert. “Il y aura peut-être moins de réparations lourdes“, concède-t-il, “mais demain on aura d'autres éléments importants du véhicule qui nécessiteront d'autres interventions, sans doute plus complexes. Il y a de fortes chances que le baricentre de notre activité change et aille sur des choses peut être un peu plus pointues. Nous devons continuer à faire monter nos équipes en compétence, comme on le fait aujourd’hui au sujet de l’électronique embarqué.

Jean-Philippe Hénaff pense aussi que pour que les passagers aient confiance en la voiture et son pilotage automatique, “il faudra qu’il y ait encore plus d'attention porté à l'entretien, à la qualité de la prestation”. Pour lui, ce n’est pas seulement un sujet technique, le défi sera surtout dans la maitrise de la relation-client. “On se demande : qu’est-ce qu’on peut proposer en terme d’usage au client ? J'imagine assez aisément que demain la prise en charge des clients équipés de ce genre de matériel sera fondamentalement différente de la prise en charge des clients actuels. Ce sont des personnes qui ne feront presque rien derrière leur volant. Nous devrons proposer des services liés à leur façon de penser le véhicule : en simplicité et rapidité.

Le tout, en restant multitâches. Pas sûr en effet que tout le monde passe à la voiture autonome une fois la technologie au point, “l'analogie que je ferais serait celle entre la voiture automatique et puis la voiture avec des vitesses classiques. Il y a un confort incroyable à conduire une voiture avec une boîte à vitesses automatique, et pourtant il y a des réfractaires qui préfèrent passer les vitesses, rétrograder etc. manuellement”. Ce qui pose aussi la question de la cohabitation entre véhicules autonomes et non-autonomes, saurons-nous nous y adapter ? “C'est plutôt la technologie qui va faire avancer les usages et les comportements que les usages qui font avancer la technologie”, considère le directeur communication de Feu Vert. Quant à savoir dans combien de temps nous y serons confrontés, les acteurs du secteur semblent optimistes. “Je pense que le processus d'innovation est toujours beaucoup plus rapide qu'on ne veut bien le croire… Et on sait que les grands acteurs investissent massivement (Apple, Google, Tesla...)”, note Stefano Berlenghi. “La vitesse d’avancement est incroyable”, confirme Shad Laws, “et il y a beaucoup d'échange entre les membres de l'écosystème”.

Ces différents acteurs ont également en commun une vision positive du changement en marche. “Cela va nous permettre de nous réapproprier la ville” : “grâce à l’électrique et en limitant la vitesse des voitures autonomes on va réduire le bruit et la pollution”, espère le directeur Business Engineering chez Arval Italie. “Aujourd’hui la voiture a des limites structurelles importantes, il y a des gens qui ne veulent plus l’utiliser parce que cela pollue ou que c'est difficile de se garer. Mais le jour où la voiture sera autonome, électrique et sûre, ces difficultés seront réglées et la voiture aura de plus beaux jours devant elle." Et de conclure : "l'automobile n'est pas morte elle fait juste sa mutation.

 

Mentions légales © L’Atelier BNP Paribas