Elections américaines : « And the winner is… les blogues !! »

Par 15 octobre 2004

Les élections américaines, dont les résultats seront normalement connus le mardi 2 novembre (s'il n'y a pas de recomptage à effectuer comme pour les élections de 2000), nous promettent un fort suspens. Au lendemain des trois débats télévisés qui ont opposé le Président sortant George W. Bush à son compétiteur...

Les élections américaines, dont les résultats seront normalement connus le mardi 2 novembre (s'il n'y a pas de recomptage à effectuer comme pour les élections de 2000), nous promettent un fort suspens. Au lendemain des trois débats télévisés qui ont opposé le Président sortant George W. Bush à son compétiteur, le Sénateur John Kerry, le suspens demeure entier, et l'écart entre les deux hommes est de quelques points...
Au-delà de ces traditionnels débats télévisés, minutieusement arbitrés, un nouveau media s'impose clairement dans la discussion, qui ouvre une nouvelle forme d'expression démocratique : les blogues : ces fameux journaux collaboratifs publiés très simplement sur Internet par tout un chacun. En effet, alors que tous s'inquiètent de l'écart persistant entre les votes populaires et l'élection finale (nous sommes ici dans un système d'élection au suffrage universel indirect, à l'image de celui des systèmes français avant la cinquième république), l'expression populaire n'a jamais été aussi importante.
Plusieurs étapes ont marqué l'émergence des blogues dans l'expression de l'opinion politique aux Etats-Unis :

La création de Pyra Labs…

C'est en 1999 que la première société proposant une solution « clé en main » de création de blogues a été crée, à San Francisco. Pyra Labs a su rebondir sur le phénomène des pages personnelles, et proposer une solution encore plus simple, ne nécessitant aucune compétence informatique, sur un modèle purement collaboratif. Rachetée par Goggle en 2003, la société a été rebaptisée blogger.com. Cinq ans après leur apparition, on compte plusieurs millions de blogues dans le monde. Blogger recense plus de 1,5 million d'utilisateurs…
La campagne d'Howard Dean.

C'est la campagne originale d'Howard Dean, le perdant de l'investiture démocrate contre John Kerry, qui a lancé définitivement le phénomène des blogues dans le monde politique américain. Joe Trippi, le directeur de campagne d'Howard Dean ( www.joetrippi.com ) a réussi à imposer ce media original, et à lever plus de 100 millions de dollars de financement on-line. Le sous-titre du blogue de Trippi est évocateur du phénomène : « The revolution will not be televised ». Et pourtant…
La « bourde » de Dan Rather, présentateur vedette de CBS.

En effet, c'est la télévision qui a révélé aux américains l'importance des blogues, bien malgré elle d'ailleurs. Le fameux talk show « 60 minutes » de CBS, animé depuis plus d'une décennie par le journaliste Dan Rather, annonce le 8 septembre que – selon un document dactylographié – le lieutenant George W. Bush a désobéi à un ordre lors de son service au sein des National Guards pendant la guerre du Vietnam.

Le document est un faux, et l'équipe de Dan Rather a été flouée. Les blogues se déchaînent quelques minutes à peine après la diffusion de la nouvelle et révèlent en quelques heures sur le net que le document est un faux : la machine à écrire qui a servi a son exécution n'existait pas à cette époque. Les sites des Républicains s'en sont donnés à cœur joie. Une visite de certains d'entre eux est éloquente : http://www.freerepublic.com ou http://powerlineblog.com par exemple. Les Démocrates sont nettement moins bien organisés, comme nous pouvons le constater à la visite du blog démocrate le plus important : http://blog.johnkerry.com .
Une équipe républicaine très structurée pour suivre les blogues, contre un parti démocrate moins actif

L'équipe de campagne du président Bush a vite compris que l'organisation de Howard Dean demandait une réaction attentive. Plusieurs membres de l'équipe sont spécifiquement affectés au suivi des blogues, et des outils d'alertes ont été mis en place pour détecter les signaux faibles susceptibles de lancer la rumeur inéluctable du web.

Les démocrates, plutôt que de s'occuper des blogues, se sont concentrés sur les pouvoirs d'Internet pour lever des fonds pour leur campagne – avec un certain succès d'ailleurs – et le candidat Kerry a systématiquement fait référence à son site web pendant les débats télévisés pour approfondir les détails de son programme*. Mais pendant ce temps, elle court, elle court, la rumeur sur les blogues…
L'affaire de « l'oreillette » du Président Bush au cours du premier débat

Pourtant un ultime rebondissement a redonné quelques couleurs aux équipes démocrates. Là encore, il a été reporté par les blogues. Pendant le premier débat qui a opposé les deux candidats, plusieurs blogues ont fait courir le bruit que le faux pli du costume du Président masque en fait une oreillette lui dictant les réponses aux questions des journalistes.
Faux procès, mais le mal est fait et la presse s'empare immédiatement de « l'information ». Car il y a bien du meilleur et du pire à prendre dans ces blogues. A l'internaute de ce faire sa propre opinion. Ceci ne facilitera pas le choix des indécis, qui sont susceptibles à ce jour de faire basculer le vote d'un côté ou de l'autre…
Au total, le grand gagnant de cette élections sera certainement le débat démocratique, au détriment de la presse traditionnelle, plus lente et qui a montré lors de cette campagne des faiblesses que plus personne ici n'est prêt à pardonner. Pourtant, même si la presse commet des erreurs, et que les blogues peuvent lui servir de nouveau contre-pouvoir, il ne faut peut-être pas oublier que le journalisme est un vrai métier, avec ses règles, sa déontologie.
Si l'émergence des blogues est un signe fondamental de besoin d'expression démocratique, elle ne remplacera pas - du moins c'est à espérer – une vraie presse de qualité. Espérons que le Washington Post de la grand époque (ou de la triste époque du Watergate…) a encore de beaux jours devant lui ! Katharine Graham (qui a fondé le journal avec son mari et l'a dirigé après son décès), vous nous manquez…

* http://www.johnkerry.com pour le site de John Kerry, et http://www.georgewbush.com pour le site de George W Bush

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