[Enquête] Quand les drones survoleront nos villes

Par 17 septembre 2015 1 commentaire
Mots-clés : Smart city, Amériques, drones, Asie, EMEA
Drone

Si les drones feront certainement partie de notre avenir, de nombreux obstacles techniques et législatifs doivent encore être surmontés avant leur incorporation à la ville de demain.

Nos deux enquêtes précédentes se sont penchées sur la collecte des données pour améliorer la mobilité urbaine, et sur les caractéristiques potentielles du véhicule du futur. Ce troisième volet se propose d’étudier l’incorporation des drones à la ville de demain, et les défis qu’une telle révolution soulève.

Quelle que soit la manière dont on imagine la ville du futur, nul doute que les drones auront un rôle important à y jouer. Pas une semaine ne passe sans que ces objets volants (pas toujours) identifiés ne défraient la chronique, que l’un d’entre eux pénètre par effraction dans les jardins de la Maison Blanche ou qu’un fan inconditionnel de Game of thrones utilise l’un de ces petits appareils pour filmer discrètement le tournage de la saison 6. En France, la SNCF vient de déployer une flotte de drones pour assurer maintenance et surveillance de ses lignes ferroviaires, tandis qu’en Californie, Google, GoPro et Amazon viennent de remporter une bataille juridique en obtenant la censure d’un texte de loi restreignant le développement de drones à usage commercial. Intel, de son côté, vient d’investir 60 millions de dollars dans cette industrie, au bénéfice du fabricant chinois Yuneec.

Drones
 

Si les drones font couler beaucoup d’encre, ce n’est pas seulement pour les inquiétudes qu’ils suscitent quant à la protection de la vie privée, mais aussi pour les bénéfices qu’ils pourraient apporter au sein de l’économie réelle. Le site Venturebeat liste ainsi trois secteurs où ces engins pourraient apporter une petite révolution. Les énergies renouvelables, d’abord, où les drones permettraient de détecter et réparer facilement panneaux solaires et éoliennes défectueux. Ces deux types d’installation sont en effet souvent déployés massivement en pleine nature, rendant difficile une surveillance humaine minutieuse, et donc la détection de défaillances individuelles, qui représentent à la longue un coût important. Les activités minières, ensuite, où les drones pourraient permettre de découvrir de nouveaux gisements et assurer la surveillance des travailleurs pour garantir leur sécurité. Dans le domaine des transports, enfin, comme l’illustre la récente initiative de la SNCF : des drones patrouilleurs repérant en amont les petits dommages qui affectent voies ferrées, routes et ponts suspendus permettraient de prévenir des dégâts de plus grande ampleur, potentiellement coûteux et dangereux.

Autre usage potentiel : lutter contre la fracture numérique, en apportant une connexion internet dans les zones reculées, comme l’expliquait récemment Arvind Satyam à L’Atelier. Irrigation agricole, prévention des incendies…. l’usage des drones est potentiellement infini, comme le résume Roger Sollenberger, de l’entreprise californienne 3D Robotics : « Ce qu’il y a de fascinant avec les drones, c’est qu’ils peuvent utilisés pour satisfaire n’importe quel besoin. »

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De nombreux obstacles à surmonter

Si le potentiel des drones semble infini, de nombreux obstacles se dressent encore devant leur adoption massive. Plusieurs détails techniques doivent d’abord être réglés afin que leur incorporation à la ville de demain puisse se faire sans danger pour la sécurité des habitants, comme l’explique Ryan Chin, du MIT Media Lab : « Si l’on imagine des milliers de drones sillonnant le ciel d’une ville, comment s’assurer qu’avec les vents, qui deviennent particulièrement puissants en altitude, ils ne se percutent les uns les autres et ne tombent sur la tête des gens ? » L’ingénieur Pascal Barguidjian exprime une inquiétude similaire dans les colonnes d’Atlantico, pointant le risque que la batterie d’un drone ne surchauffe et ne s’éteigne brutalement, entraînant la chute de celui-ci.

D’autres interrogations demeurent quand à la nécessaire réorganisation qu’imposerait l’introduction massive de drones dans nos municipalités, pour éviter que la situation ne vire au chaos pur et simple : « Des contrôles aériens sophistiqués seront nécessaires pour s’assurer que les drones ne volent pas n’importe où, notamment dans des zones où ils sont interdits. Il faudra également prévoir des infrastructures adaptées : où se poseront-ils ? Sur les toits ? Seront-ils également autorisés à se poser au sol ? Si oui, comment s’assurer qu’ils ne perturbent pas le trafic ? » s’interroge Ryan Chin. Le chercheur s’inquiète également du risque que certains décident d’assurer eux-mêmes la protection de leur vie privée face aux drones et ne leur tirent tout simplement dessus, une inquiétude partagée par Arvind Satyam. Qui s’interroge également sur les nuisances sonores potentielles provoquées par l’introduction des drones.

 

A ces multiples difficultés techniques s’ajoute un certain flou juridique sur le sol américain. La régulation de l’espace aérien est entièrement assurée par la Federal Aviation Administration (FAA), à qui les entreprises cherchant à utiliser les drones doivent demander une exemption. Une solution de court terme qui n’incite pas vraiment à investir massivement dans ce domaine : un feu vert plus formel permettrait aux startups de lever davantage de fonds. La FAA travaille actuellement avec la NASA et des capitaines d’industrie pour mettre en place une infrastructure du gestion du trafic aérien non humain. De multiples incidents continuent malgré tout de refroidir les ardeurs, telle la récente livraison de drogue par un drone à un détenu de l’Ohio.

Des solutions en cours d’élaboration

Si tous ces obstacles sont réels, ils sont loin d’être insurmontables, selon Roger Sollenberger, qui explique que si aucune solution miracle n’existe pour le moment, beaucoup sont en cours d’élaboration. Pour permettre aux drones de recharger leurs batteries, certaines entreprises ont pensé à un un camion mobile sur le toit duquel les drones pourraient se poser ; d’autres songent aux lignes électriques. Afin d’éviter les chocs, un transpondeur intégré à chaque drone lui permettrait de repérer ses homologues environnants pour prévenir toute collision. Concernant la crainte qu’un drone ne nous tombe sur la tête, l’incorporation d’un petit parachute permettrait de freiner la descente de l’appareil en cas de pépin…

Surtout, la balle est pour lui dans le camp des régulateurs, qui doivent impérativement mettre en place un cadre législatif qui permettra aux constructeurs de drones d’y voir plus clair : « La régulation est indispensable afin que nous sachions quelle partie de l’espace aérien nous pouvons utiliser, quelle est la taille réglementaire pour un drone, quelles zones ils doivent éviter de survoler...» Une idée partagée par Jesse kallman, Director of Business Development & Regulatory chez Airware, pour qui « L’un des principaux facteurs bloquant l’adoption massive des drones est le manque de régulation. » Outre l’adoption d’un cadre législatif adapté, il souligne l’importance de technologies comme le système UTM, développé par la NASA, pour s’assurer que les drones puissent se partager l’espace aérien sans heurts. Imposer aux constructeurs de drones l’obtention d’une licence et la mise en place d’une assurance consommateurs sont également pour lui des pistes à explorer.

Mais selon Roger Sollenberger, tout le travail ne doit pas venir des autorités : c’est aussi le rôle des fabriquants de drones que d’éduquer leurs clients, s’assurer qu’ils fassent bon usage de leurs produits : « Nous ne souhaitons pas que nos clients utilisent nos drones de manière inconsidérée, c’est pourquoi nous leur permettons de s’informer sur ce qu’ils ont le droit de faire ou non avec ces derniers, via le manuel, notre site, notre blog… tous les moyens à notre dispositition. » Y compris le logiciel du drone, qui peut par exemple être configuré pour que le pilote reçoive une alerte lorsqu’il s’apprête à survoler une zone interdite, voir pour que le drone ne puisse tout simplement pas y pénétrer (option non retenue par 3D Robotics). Une éventualité qui renvoie à la mise en place de No fly zones, déjà effective sur le territoire américain. Toutefois, pour Roger Sollenberger, l’information doit prévaloir sur la contrainte : « Nous ne souhaitons pas surveiller nos clients, nous préférons leur donner toutes les clefs en main pour piloter consciencieusement leur drone que garder en permanence un oeil sur eux. » affirme-t-il. Pour lui, les No fly zones comprennent en outre de nombreux inconvénients, comme celui de couper la route aux drones ayant une mission urgente à effectuer (du secourisme, par exemple), ou de risquer d’interdire accidentellement l’accès à des drones autorisés. Quant à ceux qui ne croient ni aux vertus de l’information pour éduquer le consommateur, ni à l’efficacité des No fly zones, reste la solution plus radicale du canon laser anti-drones. Non, il ne s’agit pas de science fiction.

 
 
 

 

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1 Commentaire

Votre article est intéressant mais n'a pris en considération que les drones dévolus aux entreprises privées et quelques services publics anodins.
Le vrai danger réside actuellement dans les drones spécialisés dans la surveillance de masse, ceux de la police. Ces derniers pourront être, à moyen ou long termes en Europe, armés de bombes à poivre, voire de tasers (comme dans l'Ohio, USA). Ils seront de plus en plus autonomes car disposant d'accès à des bibliothèques de scénario de mouvements et reliés à des bases de données de recherche d'individus. Ils pourront, dès lors agir seuls, sans la présence d'un homme (pilote, officier de police) mais prendront leurs décisions de façon autonome pour agir et intervenir en fonction des scénarios pré-enregistrés.
Des expériences avec des paintballs ont déjà eu lieu au Pérou lors de manif de mineurs qui ont permis d'identifier et "marquer" des leaders syndicaux puis les arrêter le lendemain, grâce à des peintures indélébiles...
Il y aura aussi les drones briseurs de codes informatiques qui viendront directement intercepter les ondes WiFi et pomperont les données en détournant les PC...
Tout cela fait aussi partie du futur paysage urbain. Ce n'est pas de la science fiction mais la réalité.
L'Institut International pour la Paix, la Justice et les Droits de l'Homme (Genève) travaille sur ces parties depuis plus d'un an et ne cesse d'alerter les médias, les autorités et les citoyens sur ces futures atteintes à nos libertés.

Soumis par FECHINO (non vérifié) - le 17 septembre 2015 à 09h41

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