"Les entrepreneurs israéliens ont le sens de l'innovation, moins du marketing"

Par 05 décembre 2011
Mots-clés : Smart city, Moyen-Orient
innovation

Le pays est réputé pour innover, notamment au niveau des hautes technologies. Mais ses entrepreneurs ont encore des efforts à fournir au niveau de la visibilité de leurs projets.

Entretien avec Yaniv Feldman, associé de l'accélérateur Venture Geeks, et rencontré lors de la journée de l'innovation France/Israël, qui se tenait aujourd'hui au Ministère de l'Economie, des Finances et de l'Industrie.

 

L'Atelier : Comment qualifieriez-vous l'écosystème technologique israélien ?

Yaniv Feldman : Le pays fait partie des pionniers sur le plan technologique mais a un peu moins développé les modèles du capital risque et sa capacité d'adaptation politique et culturelle. Nous nous distinguons en particulier sur le plan des hautes technologies. Surtout depuis les années 90, qui a représenté un véritable tournant, avec de grosses sommes d'argent investies dans le secteur. Beaucoup de choses sont inventées chez nous, même si elles ne sont pas forcément visibles. 60 à 70 % des processeurs d'Intel ont été inventés et développés en Israël. ICQ, la messagerie instantanée, est aussi née sur le territoire.

 

Vous dites que beaucoup d'initiatives existent, sans qu'on soit forcément au courant. Comment expliquez-vous ce manque de visibilité ?

Les entrepreneurs israéliens sont très bons pour les idées, pour leur exécution. Mais beaucoup moins efficaces en ce qui concerne le marketing de leurs projets. Un nombre important des acteurs de cet écosystème ont tendance à penser qu'ils ont la capacité de tout faire tous seuls, et que les choses fonctionneront. Etre sûr de soi comporte de nombreux avantages, mais aussi sa part d'inconvénients. S'ils ont la capacité d'exécuter et avec talent, il ne faut pas oublier qu'une part importante du succès tient dans le marketing de son projet. Les start-up qui partent aux Etats-Unis notamment s'adaptent. Mais celles qui restent sur le territoire ont encore souvent du mal à savoir se vendre. Et c'est dommage car Israël est un petit pays. Si vous ne pensez pas global dès le début, vous aurez du mal à étendre votre entreprise et à lever des fonds.

Une autre chose est que les entrepreneurs israéliens ont un véritable sens de l'innovation, mais ont plus de difficulté à se projeter sur le long terme. Cela tient notamment à la culture du pays. Il y a des exceptions, bien sûr, mais les individus ont tendance à penser court terme et efficacité. Beaucoup d'entrepreneurs ont une idée, et pensent immédiatement à comment la mettre en place puis à la vendre, souvent à des compagnies étrangères.

 

On a l'impression à vous entendre que penser global, c'est encore majoritairement penser Etats-Unis.

Les US attirent en effet beaucoup les start-up israéliennes. Mais cela n'est pas une particularité propre au pays ! L'une des raisons est que ce marché, qui est aussi le plus large, reste assez facile à cibler. Se lancer en Europe est plus complexe : chaque pays a ses usages, cela demande souvent de recalibrer son offre par marché. Cela est cependant en train de changer.

Mais de toute façon, à mon sens, le concept de marché intérieur va devenir obsolète sur le long terme. Plus tôt les entrepreneurs réaliseront cela, plus ils arriveront facilement à se développer. L'idée de s'implanter sur un marché donné sera toujours nécessaire, mais il faudra trouver les moyens d'être "local" aussi ailleurs. Et là, la collaboration avec des entreprises et les acteurs d'un pays prend tout son sens, afin de s'ouvrir aux usages.

 

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