"Les entreprises ont encore du mal à se résoudre à s'ouvrir pour innover"

Par 27 mai 2011
collaboration

Faire appel à un public plus large pour trouver des idées et processus : le principe de l'innovation ouverte commence à se diffuser mais se heurte encore à des préoccupations, notamment liées à la propriété intellectuelle.

Entretien avec Franck Escoubès, directeur principal, conseil en stratégie, chez Deloitte Canada. Il est spécialisé dans le domaine de l'innovation partagée d'un point de vue industriel.

Les entreprises sont-elles déjà familières avec une démarche d'innovation ouverte ?

Non, le projet est encore nouveau dans la pratique et a un peu de mal au démarrage. On se réfère souvent aux living labs, qui en sont la manifestation concrète. Mais même là ce n'est pas toujours évident : chacun a sa propre définition. Sur le web, il y a des plates-formes comme Innovation Exchange et Innocentive, qui font des choses bien. Mais si on voit le challenge, les primes associées, on ne voit pas les réponses. Idem pour les entreprises,  elles ne communiquent pas non plus sur leurs résultats. L'information qui passe, en général, c'est qu'on dit que l'usager est au centre de l'innovation, mais même cela reste flou !

Mais une telle approche peut faire peur aux entreprises...

Oui, les compagnies ont encore souvent ce réflexe de fiscaliste : elles sont ouvertes à partir du moment où elles conservent la propriété intellectuelle de ce qui est produit. Or ceci est un piège. On a encore du mal à se résoudre à ouvrir. Chez Deloitte par exemple, on a des plates-formes d'innovation ouverte, mais elles sont en interne. C'est bien, c'est un point de départ. Mais rester enfermé au sein du périmètre de l'entreprise est en même temps une négation du principe.

Alors comment encourager l'ouverture des compagnies vers l'extérieur ?

Si on arrivait à évangéliser les entreprises de manière collective, sous l'angle des clusters ou des pôles, on ferait déjà un grand pas. C'est par ce biais que l'on peut rassurer, montrer l'intérêt, voir les modèles à inventer. Au moins pour permettre d'assurer la sécurisation intellectuelle. Ce qu'il faudrait aussi envisager serait une convention juridique collective, une convention simplifiée qui inciterait les sociétés à tester le concept.

Si l'innovation ouverte est encore en mue aujourd'hui, c'est peut-être parce que celui-ci n'est pas encore finalisé ?

L'écueil dont il faut se méfier, c'est de se dire que l'innovation collaborative s'arrête au fait de se dire : "on ouvre et puis on verra". On est en train de revenir de ce mythe, et on voit qu'il est nécessaire de plus structurer les projets, avec des étapes, des délais. Un bon exemple est OpenIDEO, qui lance des challenges d'intérêt général et qui a mis en place une architecture permettant d'éviter toute déperdition d'intérêt et de contenu. Il y a une phase de séquençage, d'idéation, de sélection avec critères, etc. C'est tout à fait les modalités de gestion de l'intelligence collective vers lesquelles il est indispensable de se diriger.

Il faut aussi trouver des mécanismes d'engagement.

Oui, et qui ne passent pas forcément par une rémunération. Reste que nous n'avons pas encore réussi à trouver les mécanismes de réputation stables permettant de créer une monnaie sociale pour monétiser cette réputation. OpenIDEO a créé un quotient Design, avec un mode de visualisation de la reconnaissance de la communauté. Il s'agit d'une sorte de carte d'identité pour mettre en avant telle ou telle compétence : créativité, veilleur... On est au début de ce type d'unités de valeur. Et plus ces modèles de monétisation de la compétence vont se développer, et plus on pourra mobiliser durablement des communautés.

 

 

 

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