En Europe, l'innovation passera par une meilleure collaboration

Par 26 janvier 2011 1 commentaire
Mots-clés : Smart city, Europe
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La mise en place d'un attirail 2.0 renforcera une culture du partage au sein de la communauté scientifique européenne. En développant l'écosystème high-tech et en transformant les processus de publication.

Pour favoriser en Europe l’émergence d’une culture scientifique fondée sur la transmission du savoir et développer par là même l’écosystème high-tech, il faut considérer toute la chaîne, en partant de la stimulation de l’innovation jusqu’à la publication des ouvrages de référence. Voilà le point central de l’initiative soutenue par l’institut technologique de Zurich, et baptisée "visioneer". L’objectif des chercheurs est d’encourager la mise en place d’un processus global - un "accélérateur" - permettant d’établir de nouvelles règles au sein de la communauté scientifique. Il faut, selon les responsables du projet, développer des outils plus interactifs pour créer une dynamique de recherche et de partage des ressources. Un système d’archivage plus intelligent pourrait ordonner les travaux des scientifiques européens dans le secteur des nouvelles technologies, en intégrant un dispositif interactif, donnant aux scientifiques la possibilité de voter, par exemple.

Un portail collaboratif à l’échelle européenne

L’ensemble des documents pourrait par ailleurs être accessible sur un portail en ligne, ce qui favoriserait la discussion scientifique. D’autres outils - allant du simple calendrier au gestionnaire des ressources, en passant par un système de recommandation, ou encore un module de réseautage social -, méritent aussi, selon les responsables, d’être implantés. De même, la mise en place de modules de conférence virtuelle permettrait d’organiser des Web séminaires plus régulièrement. Autre chose encore : des outils de crowdsourcing pourraient, selon les auteurs du rapport, doper l’innovation technologique. Un "tableau de bord public" où les travaux suivis par différentes équipes sur tel ou tel sujet seront affichés aurait l’avantage de stimuler la collaboration et éviterait que plusieurs chercheurs ne travaillent sur le même sujet sans le savoir.

Modifier en profondeur la culture de partage

La transparence est ainsi essentielle, et les outils existent d’ores et déjà, selon les chercheurs. Mais il est nécessaire de changer l’approche actuelle, où la plupart des scientifiques sont contraints aux résultats dans leurs recherches. Et ne sont pas encouragés à reconnaître leurs erreurs, ou à admettre que telle expérience n’a pas porté pas ses fruits. "Des générations d’étudiants et de doctorants sont gâchées parce qu’elles empruntent des voies de recherche qui s’avèrent sans issue", soulignent les auteurs de l’étude. La mise en place de plates-formes collaboratives dédiées à la communauté scientifiques pourrait du coup accélérer le processus d’innovation, concluent-t-ils.

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1 Commentaire

Intéressant, et très juste. Cela m'a fait penser à un article récent d'Armand Hatchuel dans le Monde :

L'innovation de rupture exige la coopération
par Armand Hatchuel (article publié dans Le Monde)

En 1965, Gordon Moore, le cofondateur d'Intel, énonce sa célèbre "loi" : le doublement, tous les deux ans, du nombre de composants par puce électronique. Il prophétise ainsi la puissance exponentielle des
ordinateurs et la baisse de leur coût. A l'époque, il ne se doute sûrement pas qu'un tel défi conduira l'industrie des semi-conducteurs à inventer, malgré la compétition qui y règne, un mode de coopération original
centré sur l'innovation collective.

Ce dispositif, l'International Technology Roadmap for Semi-conductors (ITRS), a fait l'objet d'une recherche détaillée qui montre que l'innovation de rupture n'exige pas seulement de choisir de nouvelles normes
industrielles. Elle requiert aussi une exploration des voies techniques les plus audacieuses (Patrick Cogez, Pascal
Le Masson, Benoît Weil, "The management of new common goods for collective growth in ecosystems :
roadmapping for disruptive innovation in the semiconductor industry", Proceedings of the IPDM Conference,
Murcia 2010).

Une société peut développer de nouveaux produits en s'appuyant sur ses compétences et celles de ses fournisseurs. Mais face à une innovation de rupture, elle aura besoin que ses fournisseurs et ses clients se coordonnent avec elle pour explorer ces voies inconnues, voire que des industriels d'autres secteurs s'attaquent à ces pistes.
Ainsi, la conception de voitures électriques demande l'exploration de techniques et de services qui, hier, se situaient hors du secteur automobile. Or, au milieu des années 1980, l'industrie des semi-conducteurs se heurte aux ruptures croissantes qu'implique la loi de Moore et engage moult coopérations qui aboutiront à l'actuel ITRS.
Fondée sur le volontariat et la cooptation, l'association s'est imposée depuis 1993 comme une référence mondiale pour l'identification des nouvelles voies techniques.
Outre le soutien des associations industrielles nationales (Etats-Unis, Europe, Asie), elle doit son succès aux règles originales de son fonctionnement. Car elle ne veut pas être un organisme de normalisation, mais un espace d'échanges et d'innovation. En effet, pour identifier les techniques qui permettront de suivre la loi de Moore, il
faut cerner les "verrous" pour lesquels des solutions audacieuses doivent être favorisées. Ainsi, les propositions de l'ITRS serviront de repères à l'industrie et à la recherche universitaire, créant un cercle vertueux entre la formulation de concepts et la production des connaissances fondamentales adaptées à leur mise en oeuvre.

Explication d'un paradoxe

Une telle coopération dans l'innovation peut surprendre. Chacun ne pourrait-il y trouver des idées à bon compte ? Et, pourquoi partager les idées les plus intéressantes ? En pratique, l'ITRS repose sur des groupes d'experts où le mauvais joueur sera vite repéré. Surtout, la loi de Moore exige une telle maîtrise des interdépendances techniques qu'un industriel ne pourra valoriser ses idées sans l'accord et le travail de ses
partenaires.
Mais, l'ITRS ne désigne pas "les gagnants ou les perdants" et ses publications présentent toutes les voies techniques, en précisant leur part d'inconnu et en laissant chacun conduire les développements commerciaux de son choix.
Au fondement de l'ITRS, il y a un bien commun à tous : les promesses de la loi de Moore. Mais, la réalisation de ce potentiel exige que les idées les plus inédites et les recherches les plus avancées soient partagées. Ainsi s'explique le paradoxe d'une innovation coopérative proche des guildes du Moyen Age, au coeur du capitalisme le plus high-tech et le plus concurrentiel du XXIe siècle.

Soumis par Lomig Unger (non vérifié) - le 27 janvier 2011 à 09h15

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