"Evaluer l'activité numérique d'un salarié peut mener à des dérives"

Par 30 juin 2011 1 commentaire
Mots-clés : Smart city, Europe
Ordinateur et marteau

Si les sociétés sont amenées à mettre en place des outils d'évaluation des employés basés sur ceux évaluant les performances d'un individu sur les réseaux sociaux, cela posera forcément des interrogations juridiques.

Entretien avec David Métin, avocat spécialiste en droit social pour la défense des salariés.

L'Atelier : Qu'est-ce qui vous fait dire qu'envisager d'évaluer les salariés avec des outils analytiques sur leur activité numérique peut poser des problèmes ?

David Métin : Il faut d'abord partir du droit, à savoir du code du travail qui précise que le salarié peut être évalué sur ce qu'il fait, et non ce qu'il est. Si l'on prend l'exemple d'outils qui analysent l'audience d'un individu sur un réseau social, on prend le risque d'évaluer son savoir être, et non son savoir-faire. Ces outils sont d'ailleurs uniquement statistiques et ont donc une pertinence limitée. Ils peuvent de plus encourager les déviances comme le spamming ou l'auto spamming, si le contenu n'est pas contrôlé.

Mais cela peut cependant les motiver davantage...

Certes, mais peut-on analyser la productivité d'un salarié en fonction de son nombre de connexion ? Je ne le pense pas. Il peut être amené à privilégier son activité numérique, que ce soit sur l'Intranet, les réseaux sociaux d'entreprises ou Internet pour être mieux évalué, et cela au détriment du travail de fond. Le danger, c'est que ces types d'outils deviennent des critères, surtout s'ils évaluent l'individu à son insu. Un encadrement juridique est donc indispensable, et quoi qu'il en soit, toute méthode d'évaluation doit passer par le CHSCT* et le CE.

Vous estimez donc que cette approche d'évaluation est risquée ?

Oui et plusieurs facteurs m'amènent à dire cela. D'une part les réseaux sociaux internes remplacent la pause café, ce qui réduit les liens sociaux, et par ailleurs cette méthode risque de piéger les salariés. Certains feront alors tout pour être bien évalués et d'autres sont clairement réfractaires au numérique. De plus, avec la mobilité croissante des employés, ils vont avoir tendance à chercher à optimiser leur évaluation une fois avoir quitté leur le lieu de travail, ce qui génèrera du stress et constituera une atteinte à la vie privée. Enfin, le risque est d'autant plus fort pour l'entreprise que l'employé pourra revenir lui demander les heures supplémentaires effectuées.

* Le Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail
 

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1 Commentaire

"Cela génèrera du stress": je crois que c'est un peu exagéré. par contre, les employeurs ont eux un stress permanent, pendant les heures de travail, le soir, la nuit, le matin, le WE, pendant les vacances. ce n'est pas du même stress qu'on parle.
pour ce qui est de l'atteinte à la vie privée... cettte notion protège tellement l'employé, que celui-ci peut vous menacer, harceler, discréditer dans un e-mail entre collègues sans que vous puissiez faire quoique ce soit.... la loi française est devenue tellement protectrice des employés, que toutes les affaires aux prud'hommes sont perdues par les employeurs... il n'y a même pas besoin de se déplacer. attendez sagement la décision du tribunal et payez.

Soumis par Louis (non vérifié) - le 01 juillet 2011 à 13h40

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