"Evaluer via les réseaux ne doit pas signifier observer en permanence"

Par 04 juillet 2011
Mots-clés : Future of Retail, Europe
Daniel de Segovia Gross

Mettre en place des outils d'observation de l'usage qu'a un salarié d'un réseau social interne est intéressant, si ces derniers ne scrutent pas chacune des activités et valorisent plutôt un résultat final.

Entretien avec Daniel de Segovia Gross, PDG d'Hypios, et qui travaille notamment sur hy.Inside, un outil de résolution de problèmes en interne qui intègrera un module d'évaluation des activités des collaborateurs.

L'Atelier : L'usage fait des réseaux sociaux en interne doit-il faire partie des critères d'évaluation d'une personne ?

Daniel de Segovia Gross : L'idée n'est pas inintéressante, mais elle risque de ne pas fonctionner si l'entreprise continue à considérer qu'elle a le droit d'étudier et analyser en permanence l'ensemble des données qu'elle héberge. Si l'on part du principe que les gens seront observés sur le nombre d'idées qu'ils partagent sur ces plates-formes, de documents qu'ils envoient ou de messages qu'ils transmettent, j'ai peur que cela ait un effet plus négatif qu'autre chose. La performance d'une personne dans une équipe dépend de beaucoup d'autres choses que sa performance sur un outil. La valeur d'un être humain n'est pas une vérité statistique et ne doit pas le devenir.

Le but est pourtant d'aider les personnes à être plus performantes sur ces plates-formes. Cela a donc aussi un lien avec la capacité d'innovation d'une entreprise...

Je crois que certaines idées ont besoin de venir à la lumière, notamment celles dites transformatrices, et pour cela elles doivent partir de l'obscurité. Je ne veux pas dire qu'elles doivent l'être en coulisses par les éminences grises des entreprises, mais par de petits groupes de personnes qui doivent pouvoir échanger jusqu'à ce que le projet qu'elles ont élaboré puisse être présenté. Si tout est en permanence visible et mesuré, on court le risque d'arracher des brouillons non finalisés. Et dans ce cas, pour moi, cela devient plus un frein à l'innovation qu'autre chose.

Il faut arrêter de toujours penser à la solution. Il y a foule d'innovations qui sont nées d'erreurs, d'errements, comme le post-it. Je pense qu'il est moins facile de transposer cela en ligne, où tout est vectorisé. Internet, et surtout la notion de canalisation des flux d'expérience en ligne me semble toxique, cela nous force à être obsédé par un objet prédéfini. L'art de la dérive qui canalise la réussite ne correspond pas à ce système.

Mais pourtant avoir recours à des outils de mesure peut tout simplement permettre à quelqu'un de mieux maîtriser l'usage qu'il a d'une plate-forme collaborative ?

C'est vrai, et il peut donc être intéressant d'en utiliser, mais sans oublier l'humain. Pour moi, c'est le seul gabarit d'évaluation véritablement valable. Ce qui veut dire qu'il ne faut surtout pas s'arrêter à ces critères. Si une entreprise déploie de telles solutions, elle doit avoir en tête qu'il faut que les plates-formes collaboratives sur lesquelles elles se basent restent des espaces de liberté. C'est seulement à cette condition je crois qu'elles pourront les faire fructifier. Sinon, ces interfaces risquent de devenir des promesses brisées. Il faut ainsi valoriser le temps de créer, l'intimité, l'innovation ouverte, en interne ou en externe. Cela implique un déploiement autant technique que culturel. Mais si on donne aux gens trop de contraintes, ils trouveront les moyens de s'en défaire.

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