"Les événements sportifs sont les plus gros déclencheurs d'investissements en matière de réseau"

Par 13 août 2012
Vincent Morin - Ciena

Avec l'évolution des habitudes numériques du grand public et de l'essor des smartphones et des tablettes, les utilisateurs sont devenus de plus en plus exigeants sur la qualité des services web et notamment de la vidéo. Les grandes épreuves sportives seraient un véritable déclencheur dans l'optimisation des télécoms.

Interview avec Vincent Morin, Vice-Président du Field Systems Engineering chez Ciena.

L'Atelier : Comment s'adapter à l'évolution des nouveaux usages web et mobile ?

Vincent Morin : Les grandes compétitions sportives sont toujours un excellent biais pour cela, car c'est le meilleur révélateur que l'on puisse imaginer pour montrer le niveau de préparation d'un réseau pour supporter des événements pareils. Aux Etats-Unis, l'un des chiffres qui ont marqué lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques, c'est le nombre de téléspectateurs ; plus de 40 millions d'Américains en direct. C'est une cérémonie qui a eu lieu à 14h un jour de semaine. Donc, ces Américains regardaient depuis leur lieu de travail depuis leur tablette, sur leur portable, sur des éléments mobiles et non fixe comme la télévision. C'est un exemple intéressant qui montre l'évolution des usages.

L'Atelier : Quelles sont les attentes des utilisateurs en matière de numérique?

Vincent Morin : Avec l'essor des nouveaux périphériques, tels que les smartphones et les tablettes qui offrent une qualité HD, voire des capacités 3D, les utilisateurs sont de plus en plus exigeants sur la qualité des services vidéo en ligne. L'attente en termes de qualité est donc énorme et le débit nécessaire est absolument monstrueux pour supporter quelques milliards de spectateurs mobiles. Toutefois, c'est une dimension qui est difficile à prévoir parce qu'on ne sait pas où sont les gens et sur quoi ils vont se connecter. La demande de trafic est énorme, il y a vraiment un premier problème qui est la collecte du trafic et la diffusion du trafic. Et puis un deuxième problème pour les opérateurs dans les différents pays, c'est le problème de la diffusion de ce trafic sur des contenus.

L'Atelier : Comment les fournisseurs de service et les opérateurs de service peuvent-ils faire face à la demande, notamment lors de grands événements sportifs? Quelles sont les solutions pour faire face à ces problèmes?

Vincent Morin : Ce qui est proposé en général, ce sont des solutions spécifiques, programmables et temporaires. On installe des capacités spécifiques qui sont désinstallés à la fin des événements sportifs. Surtout que la quantité d'information qui doit être transportée durant ces événements est impressionnante. Mais de plus en plus, on observe que les opérateurs installent des solutions un peu plus permanentes et qui assurent une couverture à haut débit aux spectateurs. L'infrastructure backhaul, qui connecte les stations de base au cœur du réseau, présente un fort impact sur la qualité de service et devrait pouvoir faire face à la demande croissante de bande passante, tout en maintenant des faibles coûts.

L'Atelier : Peut-on considérer que les grands événements sportifs poussent les pays à améliorer leur système réseau?

Vincent Morin : Je dirais que non seulement ils poussent, mais c'est sûrement le plus gros déclencheur d'investissements. Le cas du Brésil l'illustre. Depuis qu'il y a eu l'attribution des Jeux Olympiques d'été pour 2016 et de la Coupe du monde de football à Rio en 2014, les opérateurs Brésiliens ont décidé d'investir massivement dans des mises à jour et dans des renouvellements complets de leur cœur de réseau télécom. L'attribution à un pays d'un grand événement sportif est le déclencheur principal comme cela a été le cas en Pologne, en Ukraine avec l'Euro 2012. Il n'y a pas grand-chose qui donne une fonction d'escalier aussi importante au débit réseau d'un opérateur. On peut considérer que si les Jeux Olympiques d'été 2012 avaient été attribués à Paris, cela aurait eu un impact absolument dimensionnant pour les opérateurs. Cela aurait accéléré un certain nombre de choses.

L'Atelier : Quelles sont les innovations qui sont nécessaires pour que le système puisse fonctionner et améliore l'expérience de l'utilisateur à l'avenir?

Vincent Morin : Je vois trois axes principaux. Le premier axe se rapproche de la construction d'un réseau autoroutier. Quand vous construisez un stade, vous construisez des nouvelles routes, des nouveaux parkings pour accéder au stade, vous augmentez le nombre de voies d'accès. D'un point de vue télécom, c'est la même chose qui se passe. Il faut augmenter la taille des tuyaux pour éviter le bouchon. Le deuxième axe qui est important, c'est la partie cœur de réseau que l'on peut comparer à l'autoroute également, ou au périphérique. Il s'agit de garder des voies disponibles pour faciliter le trafic. C'est une réponse sur la capacité du réseau dans la partie d'accès du réseau et cœur de réseau.

Mais en plus, il y a une attente en termes de qualité qui est également capitale à ce moment-là. En temps normal, on peut accepter un temps de latence lors d'un appel. Mais si vous regardez la finale du 100 mètres qui dure moins de 10 secondes par exemple et que pendant deux secondes vous n'avez plus d'images, vous ratez réellement l'événement. En dehors de la capacité, il y a donc une composante fiabilité et de prévision de la fiabilité qui est extrêmement importante. Cela peut-être par la futurisation du réseau, cela peut être par la protection du réseau que ce soit par l'attribution de capacité supplémentaire, d'une protection logicielle en cas de panne capable de switcher vers un circuit court le plus rapidement possible.

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